Braquages et vindicte populaire: Les gendarmes à la retraite apprécient et accusent

Par Thibaud C. NAGNONHOU, A/R Ouémé-Plateau,

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L’Amicale des gendarmes à la retraite du Bénin (Agrb) a organisé, samedi 10 septembre dernier, une causerie-débats sur le thème : «Braquages et vindicte populaire : quelle place pour les Forces de sécurité et de défense ?». La conférence s’est déroulée à la Maison des jeunes de Porto-Novo en présence du directeur général de la Gendarmerie nationale, Antoine Dansou et du préfet de l’Ouémé, Joachim Apithy, parrain de la cérémonie.

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«La situation des braquages est très complexe et a beaucoup d’enchevêtrement. Si nous voulons que les braquages soient réduits à un niveau d’équilibre supportable, il faudrait qu’on aille chercher la cause. La réaction de la population qui préfère passer au feu les présumés braqueurs est l’effet, mais la cause est interne à la pratique des Forces de sécurité et de défense». C’est en substance l’analyse que fait le colonel à la retraite, Nestor Béhéton, ancien directeur de la Gendarmerie nationale et plusieurs fois ministres sous la période révolutionnaire, de la recrudescence de l’insécurité au Bénin. «Tant que les gendarmes et les policiers vont continuer de faire comme ils le font actuellement, les braquages et les vindictes populaires ne vont jamais cesser», poursuit le communicateur principal qui a introduit le thème : «Braquages et vindicte populaire : quelle place pour les Forces de sécurité et de défense ?» de la causerie-débats organisée par l’Amicale des gendarmes retraités du Bénin.

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Pour Nestor Béhéton, la recrudescence de ces deux phénomènes a ses racines dans la mauvaise formation des Forces de sécurité et de défense et le mauvais fonctionnement de la Gendarmerie et de la Police nationales. «Il y a un véritable problème. La Police et la Gendarmerie ne fonctionnent plus comme elles sont faites pour fonctionner. La population a perdu confiance. Vous allez dénoncer un voleur, le gendarme ou le policier dira à ce dernier que c’est telle et telle personne qui l’a dénoncé», stigmatise l’ex-directeur général de la Gendarmerie nationale sous les applaudissements nourris de l’assistance composée de gendarmes en retraite comme en activité ainsi que d’élus municipaux et locaux de la ville de Porto-Novo.

L’immixtion

Le communicateur principal dénonce par ailleurs l’immixtion directe de la politique tant dans les tests de recrutement à la Gendarmerie que dans les enquêtes préliminaires conduites par les officiers de police judiciaire. Nestor Béhéton a chaque fois étayé ses argumentaires par des cas précis parfois vécus par lui-même au moment où il était en fonction. Aussi, a-t-il mis l’accent sur les contradictions à l’interne à la Gendarmerie et à la Police nationales. Le communicateur principal a souhaité que celles-ci cessent pour permettre aux Forces de sécurité et de défense de jouer convenablement leur mission d’aide et de protection de la population. «Les populations n’ont aucun tort en pratiquant la vindicte. Que les gendarmes jouent correctement leur rôle et ils verront une population collaboratrice qui va leur fournir de vrais renseignements», certifie l’ex-directeur de la gendarmerie à la retraite.
Nestor Béhéton n’a pas manqué d’attirer l’attention de tout le monde et particulièrement du gouvernement, de l’assistance technique française, des magistrats, des préfets, des députés, des élus locaux et communaux, des médias, des leaders religieux sur leurs responsabilités respectives dans le cadre de la réduction de l’insécurité au Bénin. «L’insécurité zéro n’existe nulle part. Mais si on prend des dispositions on peut l’éviter», conclut Nestor Béhéton avant de céder la place à son co-présentateur, Lucien Kpanou, colonel de la gendarmerie à la retraite qui a développé davantage le thème du jour à l’assistance.
Parrain de la causerie-débat, le préfet de l’Ouémé, Joachim Apithy a plaidé pour un partenariat entre les Forces de sécurité publique et de défense et les pouvoirs décentralisés pour enrayer tant soit peu les assauts des malfrats au Bénin. Car, selon lui, ces derniers ne dorment pas en l’air. Ils dorment quel que part dans les maisons. Seule ce retour à la confiance entre les deux parties pourra permettre au Bénin de venir à bout de l’insécurité. Le directeur général de la Gendarmerie nationale, Antoine Dansou, a rassuré l’assistance de ce qu’en dépit des difficultés et des brebis galeuses, ses éléments tant bien que mal essaient de s’acquitter convenablement de leurs missions sur le terrain.