Benin Cashew Day 2021:Les leviers pour une filière cajou résiliente et compétitive

Par COMLAN ERIC,

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Sous le thème « Agir pour une filière compétitive », s’est tenue, les 11 et 12 février derniers à Cotonou, la deuxième édition de la Journée du cajou du Bénin dénommée « Benin Cashew Day ». Deux jours durant, les acteurs ont exploré les stratégies devant booster la production et la transformation des noix ainsi que la résilience de la chaîne de valeur aux chocs exogènes.

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En 2020, le Bénin a produit entre 140 000 et 150 000 tonnes de noix de cajou brutes, illustrant une fois de plus la croissance progressive notée au cours des dernières années, note Nicholas Mancus, chef de mission du projet BeninCajù de TechnoServe Bénin. Cependant, cette filière qui nourrit quelque 200 000 familles béninoises, a du mal à se remettre des effets néfastes de la crise engendrée par la chute des cours mondiaux de l’anacarde en 2018. La crise économique et sanitaire de la Covid-19 a perturbé les chaînes d’approvisionnement, alors que plusieurs unités de transformation avaient fermé du fait de la volatilité des prix des noix brutes et de l’absence du financement adapté.
Ainsi se présente la problématique de la compétitivité de la filière cajou qui était au cœur de la deuxième édition de la Journée du cajou du Bénin dénommée «Bénin Cashew Day ». Les travaux lancés par Micaël Bassabi Djara, directeur de cabinet du ministre de l’Industrie et du Commerce, ont connu la participation de toutes les familles d’acteurs réunies au sein de l’Interprofession de la filière anacarde du Bénin (Ifa-Bénin).
« Si la première édition nous a permis de faire l’exercice de repenser la stratégie de promouvoir la filière anacarde en regardant de près les expériences de certains pays proches, cette édition est plus ambitieuse à travers son thème ‘’Agir pour une filière compétitive’’ », selon Edouard Assogba, président de l’Ifa-Bénin.
Le Bénin est le 8e pays producteur de cajou dans le monde, rappelle Jim Fitzpatrick, spécialiste des marchés de cajou, lors de la conférence inaugurale sur «La dynamique des organisations et du marché du cajou dans la sous-région et dans le monde ». Avec un rendement en amandes (valeur Kor) entre 47 et 49 Ibs, les noix du Bénin ont une réputation mondiale pour leur qualité et leur goût exceptionnels, fait-il remarquer, avant d’ajouter qu’elles sont très prisées en Inde qui consomme 40 % des noix de cajou du monde.

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La transformation, le hic

Que se passerait-il si les Indiens délaissaient les produits du Bénin au profit d’autres pays qui œuvrent non seulement à augmenter la production mais aussi la qualité de leurs noix ? Tel est le fil d’Ariane des réflexions suggéré par le spécialiste, en insistant sur la « trop forte dépendance » de la filière du Bénin de l’exportation.
En réalité, la transformation des noix constitue le maillon faible de la filière cajou, deuxième pourvoyeur de devises au Bénin après le coton, contribuant à hauteur de 7 % au produit intérieur brut (Pib) agricole et de 3 % au Pib global. Pour une capacité des usines estimée à 65 000 tonnes, souligne Nicholas Mancus, la transformation réelle des noix sur place ne dépasse guère les 20 000 tonnes, soit moins de 15 % de la production nationale totale.
Les écueils de l’industrialisation ont pour noms : multiplicité d’intermédiaires rendant peu compétitifs les prix, difficultés d’approvisionnement des usines, non-respect des normes post-récolte et baisse de la qualité des noix parfois mélangées à celles d’ailleurs, crédits à taux d’intérêt élevés, baisse de prix des noix sur les marchés, non-respect des règles de la commercialisation.
L’ambition du gouvernement est de porter la production à 300 000 tonnes et d’en transformer la moitié à court terme. Cela passe par une meilleure organisation de la commercialisation avec des attributs permettant de régler les problèmes cruciaux, notamment le financement de la transformation, l’accroissement des capacités de transformation, la transparence des transactions sur le marché intérieur, indique Micaël Bassabi Djara. Le respect des exigences environnementales et sanitaires, la qualité des emballages utilisés, la traçabilité des produits, la mise en place d’un bon système d’information commerciale, sont également des défis à relever, ajoute Abdoulaye Toko, directeur adjoint de cabinet du ministre en charge de l’Agriculture.
La transformation à une plus grande échelle s’avère une solution compétitive pour les entreprises locales afin de se couvrir contre les risques de volatilité des prix sur le marché, estime Nicholas Mancus. Pour ce faire, préconise-t-il, les politiques devront encourager les transformateurs locaux à augmenter leur capacité actuelle, par l’exemption des exigences relatives à l’acquisition des équipements. Il évoque par ailleurs les certifications biologiques et équitables qui contribuent à sécuriser les chaînes d’approvisionnement de manière durable.

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Technologies et soutiens

Les nouvelles technologies : cartographie par satellite, algorithmes d’intelligence artificielle, formation ciblée de production améliorées, sont également des opportunités à saisir pour accroître la compétitivité, admettent les acteurs de la filière. « Nous sommes prêts à baser tout notre soutien pour aider à construire un secteur de la noix de cajou florissant, en croissance et compétitif », assure le représentant de TechnoServe Bénin, au nom des partenaires techniques et financiers (Ptf).
Ces derniers attendent la mise en place d’une Autorité de régulation de la filière d’ici à la prochaine édition de la Journée béninoise du cajou et d’une bonne politique concentrée sur la fourniture de services à tous ceux qui travaillent le long de la chaîne de valeur, plaide Nicholas Mancus.
Les familles d’acteurs ont fait le point des grandes actions menées sous l’égide des Ptf, notamment celles de TechnoServe, partenaire financier de Benin Cashew Day, qui met en œuvre plusieurs projets dont BeninCajù et Cajulab-Drones, sur financement du département de l’Agriculture des Etats-Unis (Usda).
La stratégie de développement de la filière s’inspirera des expériences de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso, du Ghana, du Nigeria en termes d’organisation et de compétitivité du secteur, ainsi que celles du Brésil, du Cambodge et du Vietnam en matière de coopération et de durabilité des systèmes de commercialisation et de transformation, partagées au cours des travaux. Elle s’alignera également sur les actions de l’Alliance africaine pour le cajou (Aca) pour le développement harmonieux de la filière, qui ont été exposées à l’occasion par son représentant Tola Faseru venu du Nigeria.
BeninCajù, précurseur de l’essor

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Projet inclusif et novateur, BeninCajù privilégie une approche globale pour renforcer les chaînes de valeur du cajou et en faire un secteur plus productif.
D’un coût total de 24 millions de dollars soit environ 12,9 milliards F Cfa, il contribue à la formation pour une meilleure gestion agricole et post-récolte, à l’amélioration de l’accès au financement pour les groupes et ou coopératives de producteurs. Au terme des cinq ans du projet, les rendements et les revenus de quelque 49 000 producteurs de cajou devraient tripler tout comme la capacité nationale de transformation, avec à la clé 3400 emplois créés dont 70 % de femmes.
Le projet met un accent particulier sur le renforcement des capacités des transformateurs locaux à l’instar de Tolaro Global, Afokantan Benin Cashew, Fludor Bénin, Africa Negoce Industries. Ces sociétés sont appuyées dans la mise en place de nouveaux équipements, le développement de marchés de noix et de jus de pomme, l’accès au financement et à l’investissement de leurs unités.
Les meilleurs acteurs primés

La deuxième édition de Benin Cashew Day a été marquée par la distinction des meilleurs acteurs de la filière anacarde. Au titre des producteurs, Adéwalé Adéloui pour l’Ouémé-Plateau, Issa Djankpata pour l’Atacora-Donga, Alassane Mamoudou pour le Borgou-Alibori et Karamatou Chabi Lakou pour le Zou-Collines, ont reçu des tableaux de reconnaissance.
Au rang des acheteurs de produits agricoles et tropicaux, l’honneur est échu à Rachidath Boukari, Solange Atchadé et Liliwanou Ibrahima.
Chez les transformateurs, les mérites des entreprises Tolaro Global S.A.S., Afokantan Benin Cashew, Fludor Bénin, Africa Negoce Industries sont saluées.
Pour les exportateurs, Export Trading Co Bénin, Agro-Benin Exports, H.G.A. Conseils & Associés sont primés pour leur dynamisme.

C. U. P.