Avortements provoqués: Les risques auxquels s’exposent les femmes

Par Désiré GBODOUGBE,

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Conformément à l’article 14 du Protocole à la Charte africaine des droits de l’Homme et des Peuples relatif aux Droits de la femme en Afrique (Protocole de Maputo) ratifié par le Bénin, l’avortement est autorisé dans des circonstances bien définies. Est en effet autorisé l’avortement, lorsque la grossesse est la conséquence d’un viol ou d’une relation incestueuse ou lorsque la poursuite de la grossesse met en danger la vie et la santé de la femme enceinte ou encore sur la demande de la femme lorsque le fœtus est porteur d’une malformation grave. Or « Plus de 97 % des avortements dangereux, clandestins ou non médicalisés ont lieu dans les pays en voie de développement. A lui seul, le continent africain comptabilise plus de la moitié des décès imputables à ces avortements», se désole l’ancien directeur départemental de la Santé du Zou et des Collines, Dr François Kossouoh.
Aujourd’hui, explique-t-il, les relations sexuelles se tiennent entre personnes non mariées ou sans aucun engagement officiel et parfois même sans aucun degré de maturité physique et sociale. Ces rapports sans engagement entraînent parfois des grossesses non désirées ou des grossesses à risques. «Lorsqu’une grossesse intervient dans ces conditions, il se présente deux possibilités. D’abord la garder ou s’en débarrasser», déclare-t-il. L’option la plus usuelle, précise le spécialiste, est la deuxième qui consiste à procéder à l’avortement. Il le définit comme une perte d’un embryon ou d’un fœtus lors d’une grossesse. Il nuance qu’il peut être involontaire comme volontaire ou spontané. Lorsqu’il est spontané, il se rapporte au décès ou à l’expulsion hors de l’organisme maternel d’un embryon ou d’un fœtus de moins de 500 g ou âgé de moins de 22 semaines d’aménorrhée. Cette forme d’avortement se produit suite à une anomalie ou une maladie du fœtus mettant sa vie en danger après la naissance ou entraînant de graves problèmes de santé, lorsque la vie de la mère est en danger ou encore après un viol ou un inceste.
« Cette forme d’avortement ne saurait être condamnée et ne comporte pas trop de danger. Il n’est même plus une honte d’aller se faire soigner dans un hôpital», affirme Adeline Hounguèvou, sage-femme au Cnhu-Kum.
Mais lorsque l’avortement est volontaire, il est non seulement condamnable mais comporte tous les risques, martèle-t-elle. Mieux, les spécialistes définissent ce type d’avortement comme une Interruption volontaire de grossesse (Ivg) qui peut être déclenchée de plusieurs façons, notamment par la prise de médicaments ou par l’aspiration du fœtus. Les avortements clandestins, explique François Kossouoh, sont la cause de complications graves et d’une forte mortalité féminine dans de nombreux pays dont le Bénin.

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Quelques raisons liées à l’avortement volontaire

Les raisons de l’avortement provoqué varient d’une personne à une autre tout comme les méthodes d’avortement. Généralement, les avortements provoqués sont liés à des raisons d’ordre socio-économique. Il s’agit, dira Dr
François Kossouoh, «des conditions précaires de vie et les grossesses non désirées ou précoces. Les autres causes des avortements provoqués peuvent être la peur, le sentiment d’être seule, rejetée par le responsable de la grossesse, la honte, les mauvaises compagnies qui estiment que s’occuper d’un enfant demande beaucoup de sacrifices et donc la meilleure solution serait d’avorter. On ne saurait mettre de côté la déscolarisation que craignent les adolescentes en mettant un terme à une grossesse non désirée. Par ailleurs, certaines femmes préfèrent se faire avorter parce qu’une grossesse peut les amener à perdre leur forme tant convoitée par la gent masculine après accouchement. D’autres pensent être beaucoup trop jeunes pour être mères. Ce sont là quelques raisons qui poussent la plupart des jeunes filles à se faire avorter, ignorant certes, les risques qu’elles courent.

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Les risques d’un avortement volontaire

L’avortement provoqué expose à des risques multiples et multiformes. Au nombre de ceux-ci, François Kossouoh cite les risques d’hémorragie, d’infection, d’échec, d’infertilité, d’ordre psychique. Ainsi, qu’il soit médicamenteux, chirurgical, ou autres, les risques varient d’une méthode à une autre. En d’autres termes, les complications physiques de l’avortement varient selon le stade de la grossesse et le type d’avortement. En général, les risques de complications augmentent avec l’âge gestationnel après huit semaines. Certaines complications se manifestent pendant les premières heures après l’avortement, alors que d’autres peuvent prendre des jours, des semaines et même des années à se manifester.
On assiste parfois à des cas d’hématométrie aiguë lorsque l’utérus se remplit de sang et de caillots. Les symptômes apparaissent d’ordinaire pendant l’heure qui suit l’avortement et comprennent des crampes au bas-ventre et un utérus hypertrophié et douloureux à la pression. La femme doit alors subir une autre intervention pour un nettoyage complet de l’utérus.
La rétention de tissus, dit-il, est le résultat d’un avortement incomplet. Elle peut causer des hémorragies excessives et prolongées. L’endométrite est une infection de la paroi interne de l’utérus. Elle peut provoquer le syndrome du choc toxique, lequel peut être fatal. Les perforations de l’utérus sont très courantes dans les avortements chirurgicaux. Des perforations peuvent être causées par l’usage de tiges de dilatation rigides, de curettes coupantes. Si les instruments utilisés pour l’avortement entrent dans la cavité abdominale, cela peut causer des blessures à beaucoup d’organes entourant l’utérus. L’avortement par succion peut provoquer l’aspiration d’un segment d’intestin dans l’utérus, qui deviendrait stérile par ailleurs. Des saignements abondants et prolongés font suite à l’avortement médical et peuvent être provoqués par un avortement incomplet ou par l’absence de contractions de l’utérus après l’avortement.

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D’autres conséquences

Des blessures cervicales, poursuit-il, peuvent être causées par l’ouverture énergique et forcée du col de l’utérus à l’aide de dilatateurs rigides et de préparations de laminaires. Un nombre faible mais constant de mères meurent à la suite d’avortements, quoique le nombre déclaré soit probablement inférieur à la réalité. La plupart des décès sont causés par des hémorragies, des infections, des embolies ou une myocardiopathie. Les complications faisant suite à une anesthésie générale sont également une cause de décès des mères à la suite d’avortements. L’avortement provoqué peut contribuer à l’infertilité future, car des symptômes apparaissent souvent des années après l’avortement lorsque la femme tente de concevoir un enfant. L’avortement provoqué faisait augmenter les naissances prématurées pendant les grossesses subséquentes. Le risque augmente dans le cas d’avortements multiples.
Magloire Gansou, directeur du Centre national hospitalier et universitaire de psychiatrie, explique que les femmes qui ont subi un avortement provoqué ont plus de chance d’éprouver des problèmes de santé mentale. Ces problèmes peuvent aller de la dépression légère à de graves troubles d’anxiété.
Les femmes qui ont subi un avortement provoqué présentent un taux d’admission à l’hôpital pour des raisons psychiatriques dans les trois mois suivants, cinq fois plus élevé que les femmes qui n’ont pas subi un avortement provoqué.
Celles-ci ont aussi tendance à fumer davantage, à abuser des boissons alcooliques, à connaître des troubles d’alimentation, à maltraiter ou à négliger les enfants nés par la suite et à éprouver des problèmes relationnels.
Elles peuvent éprouver une perte de plaisir pendant les relations sexuelles, une répugnance pour la sexualité ou les hommes en général. Les avortements provoqués ont d’énormes conséquences pour la femme quelle que soit la méthode utilisée. Alors, autant s’abstenir ou utiliser des produits contraceptifs.