Assassinat du juge Sévérin Coovi/ 4e journée du procès (15e dossier): Des témoignages poignants sur les trois accusés du crime barbare

Par Claude Urbain PLAGBETO,

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Le procès de l’assassinat du juge Sévérin Coovi s’est poursuivi hier mercredi 22 juillet avec la lecture des pièces au dossier. Au nombre de celles qui ont retenu l’attention de l’assistance, il y a le rapport d’expertise médicale sur le cadavre de la victime et les rapports d’enquêtes de moralité réalisées sur les inculpés. Des témoignages pathétiques.

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Les appréciations sur les trois accusés sont diversifiées et parfois mitigées. Dans le cas de Clément Adétona, 43 ans, apprenti chauffeur et apprenti tôlier-peintre, célibataire sans enfant, c’est un personnage controversé qui apparaît dans le rapport d’enquête de moralité. Ses codétenus interrogés le présentent comme faisant partie des sages de son bâtiment. Il est effacé, n’est pas de nature agressive et entretient de bons rapports avec tout le monde. Il est attaché à une église évangélique et en est un responsable en prison. Il fume tout de même la cigarette, témoignent des pensionnaires de la maison carcérale. Aussi, son passé ne plaide-t-il pas en sa faveur. Un ancien voisin de son domicile souligne qu’il «n’est pas un exemple à suivre». «C’était un redoutable voleur. Il faisait usage de la drogue. Il a été rejeté par ses propres parents pour ses mauvais comportements, notamment par son feu père qui l’a traité d’enfant bâtard», signale l’enquêté. Avant d’être inculpé d’assassinat, il avait passé plus de huit ans en prison pour vol d’effets vestimentaires, vol de traverses de rails, vol de véhicule, et s’est évadé une fois de prison, avant d’être repris. A en croire certains enquêtés, Clément Adétona est en mesure de poser cet acte pour lequel il est aujourd’hui devant la Cour d’assises.
Quant à Raïmi Moussé, 49 ans, commerçant et entrepreneur, marié et père de quatre enfants, il serait un homme réservé, qui n’a d’accointance avec ses voisins à Parakou. Pour beaucoup, c’est un homme calme, gentil qui fait des cadeaux à son entourage à l’occasion des fêtes. Dynamique depuis son jeune âge, il était déjà intéressé par le commerce auprès de sa grande sœur. Il est respectueux envers ses chefs. Par contre, un agent témoigne qu’il aurait fait preuve de gestion peu catholique quand il était en service à la CLCAM à Natitingou, qu’il aurait fait aussi usage de gris-gris enterré dans les locaux du service. Ce qui aurait amené le Conseil d’administration à le rétrograder et à l’affecter à Kouandé et à ordonner son licenciement purement et simplement plus tard. Raïmi Moussé ne fume ni cigarette ni drogue, mais boit de la bière de façon occasionnelle. «C’est aussi un homme qui a un cœur dur, courageux, exigeant, qui se donne tous les moyens de parvenir à ce qu’il veut avoir», témoigne un des enquêtés. Celui-ci dit ne pas être surpris qu’il soit mêlé à l’affaire d’assassinat.
En ce qui concerne Ramane Amadou, 50 ans, opérateur géomètre, l’enquête de moralité lui est d’office favorable : toutes les personnes interrogées ont parlé bien de lui. Ses camarades de classe et ses collègues de service disent qu’il fut un élève et un étudiant exemplaire, brillant, qu’il est un agent aimant le travail, un homme pondéré, courtois, quelqu’un qui se comporte dignement et n’a pas de mauvaises fréquentations. Ses codétenus à la prison civile de Parakou disent qu’il est l’un des sages de la maison carcérale auprès de qui, nombre de personnes vont chercher des conseils. Musulman pieux, il prie beaucoup et est souvent plongé dans la lecture. Cependant, il convient de souligner qu’il a été condamné une fois à trois mois d’emprisonnement dans une affaire d’escroquerie autour d’une parcelle. C’est d’ailleurs à cette occasion qu’il a été cité à Lokossa par Clément Adétona comme l’un de ceux qui sont venus au domicile de feu Sévérin Coovi le jour du crime.
Réaction de la défense de Raïmi Moussé

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Après la lecture des pièces, le conseil de l’accusé Raïmi Moussé a sollicité et obtenu du président de la Cour que son client vienne à la barre pour répondre à un certain nombre de questions. Suite à une interrogation d’un de ses avocats, en l’occurrence Me Igor Cécil Sacramento, l’inculpé répond qu’il n’a jamais été poursuivi encore moins condamné pour mauvaise gestion quand il était en service à la CLCAM de Natitingou. Par rapport au témoignage de l’enquête de moralité, le financier Raïmi Moussé fait savoir qu’il est rigoureux dans sa gestion, qu’il ne s’amuse pas avec l’argent d’autrui et pour cela qu’il n’était pas en de bons termes avec ceux qui aimaient le gain facile dont l’agent qui a témoigné contre lui. « Celui qui a parlé dans l’enquête de moralité, j’ai constaté un manquement et je l’ai sonné de faire le reversement de fonds dans un délai donné et il ne l’a pas fait. J’ai pondu un rapport qui a conduit à son licenciement en 1995», laisse-t-il entendre. Ce n’est que plus tard, en 1996, poursuit Raïmi Moussé, suite à de nombreuses interventions que l’agent «indélicat» a été rappelé et lui aurait promis de lui rendre le coup.
A une autre question de son avocat, il dépose qu’il avait trois dossiers devant la Cour d’appel de Parakou et que feu Coovi lui-même avait déjà vidé deux avant son assassinat. Pour le troisième et dernier dossier relatif au domaine querellé à Natitingou, précise-t-il, le processus n’était pas encore allé à son terme : la copie de la décision n’était pas encore signée. Raïmi Moussé insiste qu’il n’avait aucune raison d’attenter à la vie du président Coovi qui, selon ses dires, est plutôt son «messie», celui qui l’a rétabli dans ses droits.
Par ailleurs, Raïmi Moussé soutient que Clément Adétona est entretenu depuis toujours par des gens tapis dans l’ombre, puisqu’il ne prendrait pas toujours sa ration alimentaire mais il a de l’embonpoint, change régulièrement d’habit et ne se plaint pas. A la question de savoir où il trouve de l’argent pour acheter de l’antimoine qu’il met tous les jours et comment il mange en prison, Clément Adétona répond : «C’est l’œuvre de Dieu», suscitant l’hilarité de l’assistance. «C’est des gens qui m’aident», complète-t-il sans toutefois aller dans les détails. Sur insistance du président de la Cour, Ignace Edouard Gangny, il citera par la suite deux co-détenus et évoque d’autres anciens détenus.

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Suspension en attendant les observations, réquisitions et plaidoiries

A la reprise de l’audience hier à 14h25 après une suspension intervenue autour de 12h30, la Cour a épuisé la liste des pièces dont la lecture est sollicitée par le ministère public, les avocats de la défense et de la partie civile. Alors que le président de la Cour Ignace Edouard Gangny donnait la parole à Me Hugues Pognon, avocat de la partie civile, certainement pour ses observations, la défense de l’accusé Ramane Amadou, Me Laurent Mafon, a fait une requête pour «la suspension de l’audience pour un laps de temps», afin de mieux préparer sa plaidoirie. Il sera appuyé par Me Igor Cécil Sacramento, un des avocats-conseils de Raïmi Moussé, qui précise que la défense souhaiterait que l’audience reprenne carrément ce jeudi matin. Me Hugues Pognon s’associera également à cette demande prétextant que le dossier est volumineux et qu’il faut du temps pour agencer les idées. Quant au représentant du ministère public, Delphin Chibozo, il s’en remet à la sagacité de la Cour. Le président de la Cour d’assises, Ignace Edouard Gangny accède à la sollicitation des avocats, suspendant l’audience moins d’une heure après la reprise et en indiquant qu’elle reprend ce jour à 9 heures.

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Un crime barbare et crapuleux

Après la découverte du corps amoché sans vie du juge Sévérin Coovi, lundi 7 novembre 2005, dans la malle arrière de son véhicule, un rapport d’autopsie du cadavre établi par le médecin légiste Clément Padonou fait état d’un cadavre ensanglanté portant de graves lésions. La description de l’expert témoigne de la sauvagerie des agresseurs de l’ex-premier président de la Cour d’appel de Parakou.
En effet, le rapport mentionne un traumatisme sexuel avec une contusion des deux testicules, des brûlures de 2e degré du scrotum et sur d’autres parties du corps, de multiples plaies à la tête, au menton, aux lèvres, la fracture des incisives, un traumatisme crâno-facial avec l’ouverture du crâne et de nombreuses fractures des os de la tête, la langue contuse et déchiquetée. Aussi, une substance noire est-elle décelée au niveau de ses voies respiratoires. L’expert en conclut à un décès de la victime par asphyxie. Feu Sévérin Coovi malgré les graves sévices subis, serait encore vivant quand on a tenté de brûler le véhicule et il a dû respirer du monoxyde de carbone.
Pour rappel, Sévérin Coovi est revenu d’une mission à Cotonou le dimanche 6 novembre 2005. Son corps sans vie a été découvert le lendemain vers 14 heures dans la malle arrière de son véhicule de fonction de marque Terrano 4×4 immatriculé AD 4599 RB abandonné au bord d’une voie pavée au quartier Zongo II dans le 3e arrondissement de Parakou.