Antonin Hinkatin: Le dernier rempart d’Asso Kotato

Par Sabin LOUMEDJINON,

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Bien qu’il soit venu au football sur le tas, à la fin de la décennie 60, Antonin Hinkatin a néanmoins réussi à graver son nom parmi les grands gardiens de but qui ont marqué l’histoire du football béninois dans les années 70. Ancien international, le septuagénaire exerce aujourd’hui dans une société de sécurité pour joindre les deux bouts.

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« Je n’ai rien gagné dans le football, mais je n’en nourris aucun regret ». La rengaine est d’Antonin Hinkatin, ancien gardien de but qui a fait les beaux jours de plusieurs grands clubs du Dahomey au cours de la décennie 70.
Colosse au physique de rugbyman, le regard fuyant, Antonin Hinkatin a, en réalité, hérité du virus du football de son géniteur.
En effet, son père, Raymond Hinkatin, agent de la société John Holt, a été dans les années 60, un grand aficionado de football ayant même présidé aux destinées du club La Renaissance de Bohicon.
Au quartier Zongo, l’un des plus animés de la ville de Bohicon, à l’époque, Antonin, adolescent turbulent, a commencé à taper dans des ballons de fortune sur le tas et taquinait ses camarades dans la cour de récréation à l’école laïque de la même ville. Sans forcer son talent, le jeune gardien de but s’est très tôt fait remarquer par les dirigeants de la Renaissance de Bohicon. Ces derniers l’ont aussitôt fait enrôler dans leur effectif. Une bonne prise, en somme, pour ce club, puisque et supporters et dirigeants des Jaunes étaient unanimes sur le talent de leur géant portier.
En tout cas, au sein de ce club, Antonin reconnait avoir fait l’apprentissage du football d’élite aux côtés de certains joueurs de renom comme Aspro, Jean Jacques Dinalo, Abass…
Toutefois, l’idylle avec le club de la ville du Centre n’aura duré qu’une saison sportive. Le goût pour l’aventure a conduit le jeune portier à prendre le chemin de Cotonou, la capitale économique où il a été aussitôt incorporé dans l’Armée en 1967.
Nouvelle recrue militaire, le désormais ex-gardien de but de la Renaissance de Bohicon intègre rapidement l’effectif de l’équipe militaire : les Forces armées dahoméennes (Fad). C’était la période de gloire de ce club dont certains de ses joueurs Mamadou Sikirou, Etienne Same, les frères Dominique et Augustin Ahogni,Adam
Souleymane, Valère Tchidikofan, Emmanuel d’Almeida, Adolphe Ahouangonou y faisaient fureur…Leur club était simplement, en ce moment, une redoutable machine à gagner. Il a eu à remporter dans le temps les trois trophées: le Championnat, la Coupe du Dahomey et la Coupe de la municipalité en 1968, 1969 et 1970.
C’est au cours de son séjour au sein de l’Armée que cette armoire à glace et araignée des Fad a été convoquée en équipe nationale. Il n’y a fait qu’une seule saison.
Au terme de ces époustouflantes saisons, l’insatiable portier des Fad qui nourrit l’ambition de se « Faire un nom aux côtés de ses respectables aînés Anah Charles, Germain Kpokpo Ola, Françis Yêkêdo, Clovis Favi et Yaovi Ahanmada», ne résiste pas à l’appel de la capitale. Ainsi, le footballeur-soldat de 2è classe démissionne de l’Armée en 1970 pour rejoindre le mythique club Asso Kotato de Porto-Novo dirigé, à l’époque, par un expatrié du nom de Guy Fabre.
Très enthousiaste d’être parvenu à « réaliser son rêve de jouer à Porto-Novo, au sein d’Asso », Antonin se met aussitôt au service de son nouveau groupe. Coïncidence, son arrivée concorde avec les heures de gloire du club Blanc et rouge de la ville. Ainsi, pendant deux saisons, Antonin Hinkatin et ses coéquipiers ont fait parler la poudre. Ils ont « contribué à faire écrire les plus belles pages de l’histoire du club Asso Kotato de Porto- Novo ».
Durant cette période, leur génération a réussi à faire tomber dans l’escarcelle de leur club les trois trophées (Championnat, Coupe du Dahomey et Coupe de la municipalité), au grand bonheur des dirigeants.
Pour raconter sa courte mais enrichissante saison (70-71) passée au sein de ce club, en réalité le troisième pour lui, après les épopées de la Renaissance de Bohicon et des Fad, c’est toujours avec beaucoup d’émotions et la voix enjouée que le colosse noir à la mine réjouie cite: Bello Nourou, Emmanuel Tchêtchê, Maroufou Adéchokan, les frères Cosme et Damien Tronnou, Wabi Gomez….comme les noms des coéquipiers avec qui il a fait cette aventure. « Une belle époque, de bons moments au sein d’un grand club », se souvient-il avec un brin de nostalgie et un sourire en coin.
Le parcours qui inscrit désormais Antonin Hinkatin au rang des meilleurs gardiens de but du pays, il le doit à sa volonté de réussir, son abnégation et son assiduité au travail. Pour lui, seul le travail fait grandir. «Lorsque je reviens des séances d’entraînement, je m’attache dans mon salon et je lance le ballon contre le mur pour l’attraper. Je m’exerce seul pour être en forme », confie-t-il. Il croit et soutient mordicus que seule la vertu du travail compte.
« Le jour où nous avons gagné (2-0) l’Etoile de Ouagadougou, chez eux au Burkina Faso, ils ont estimé que j’avais des amulettes sur moi. Archi-faux, ai- je rétorqué. Moi, je ne crois qu’au travail ! ».
Adepte du travail bien fait, chaque défaite de son club a toujours sonné pour lui comme un moment de remise en cause. « Des moments de tristesse pour moi », confie-t-il. Il répète à tue-tête que le jour le plus triste de sa carrière, il l’a vécu à Lomé au Togo. « J’ai été très malheureux, ce jour où j’ai encaissé 3 buts à Lomé au Togo, lorsque le club Modèle de cette ville nous a battus ».
Les rivalités entre son club Asso Kotato et Etoile de Porto- Novo, donnant lieu souvent à des rencontres très relevées et parfois difficiles sont, entre autres souvenirs qu’il garde de sa carrière de footballeur.

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Un après foot calamiteux

Hormis les bons moments de joie intense sur les pelouses et les temps de communion avec le public dans les travées des stades, Antonin Hinkatin n’a pas bénéficié de grand-chose du football si ce n’est la renommée qui est la sienne aujourd’hui. «Je n’ai rien gagné du football…et je n’en nourris aucun regret», confie-t-il, rappelant, au passage, qu’alors qu’il croyait être un oublié de la République, il était étonné, tout récemment, de recevoir une invitation de la part des responsables actuels du football national pour aller supporter les Ecureuils. Malheureusement, il « n’a pu honorer à cette marque de reconnaissance faite aux anciennes gloires. Je n’y étais pas simplement parce que souffrant», regrette l’ancien portier d’Asso Porto- Novo.
Fervent croyant, l’ancien militaire n’a de cesse de rendre grâce à la Providence pour l’avoir maintenu toujours en vie malgré les conditions difficiles qui sont les siennes aujourd’hui. Car, septuagénaire, Antonin, grand gardien de but des années 60 et 70 est obligé, aujourd’hui, de travailler dans une structure de sécurité de la place pour subvenir à ses besoins. Ex-employé de la société de transit et de consignation portuaire (Transcap), autrefois installée dans la zone portuaire de Cotonou, et qui est devenue plus tard Société de transit et de consignation du Bénin (Sotracob), Antonoin a perdu son job en 1987 et s’est retrouvé au chômage, depuis que ses employeurs ont mis la clé sous le paillasson. Ils se sont alors tous «retrouvés au chômage du jour au lendemain, sans nos droits. Le dossier est toujours pendant devant les tribunaux», soupire le septuagénaire.
En tout cas, aujourd’hui, en dépit de son âge avancé, Antonin Hinkati tient bon. Et sa passion pour le football n’a pas pris la moindre ride. Il n’y a que les moyens qui lui font souvent défaut pour se rendre régulièrement au stade.
D’où sa désapprobation pour la manière dont le football est géré aujourd’hui. L’ancien gardien de but d’Asso Porto-Novo aurait souhaité que « quelque chose soit fait pour les anciennes gloires, comme cela se fait au Ghana.»
Même si leur temps est révolu comme aime à le chanter la nouvelle génération, le septuagénaire lance un appel aux autorités pour que les anciens footballeurs du Bénin soient dotés de badges d’accès libre aux stades.
Car pour lui, il y a toujours une vie après chaque moment vécu .