Adduction d’eau villageoise: L’intérêt d’une gestion déléguée

Par Ariel GBAGUIDI,

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Fournir de l’eau potable à toutes les populations urbaines et rurales du Bénin d’ici 2021. Cette ambition du chef de l’Etat, Patrice Talon, se heurte, en milieu rural, à un mur de mauvaise gestion tant des infrastructures que des ressources générées par le service d’eau potable. La situation est à la limite chaotique et le secteur mérite une refonte totale et durable.

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Bah Gouda Gando, l’un des hameaux du village Beroubouay Est, arrondissement de Beroubouay, commune de Bembèrèkè dans le département du Borgou. Bienvenue sur le site du château d’eau qui fournit de l’eau potable aux populations rurales à travers le réseau local d’Adduction d’eau villageoise (Aev).
Ici, le débit de l’eau dans les canalisations est de plus en plus faible à mesure que l’on s’éloigne du château. Conséquence : seules les populations proches du château ont accès à l’eau. Quant à celles dont les domiciles ou bornes fontaines d’approvisionnement sont distants de l’ouvrage, ce n’est pas le cas. A la station de pompage, le groupe électrogène local est défaillant. En cas de coupure d’électricité, les 2 843 habitants desservis n’ont pas accès à l’eau potable. Il n’y a pas de source d’énergie alternative. Les factures d’eau, version papier, soldées par les clients sont tamponnées du cachet payé, au gré des humeurs du fermier. Des casses sont enregistrées sur les canalisations dont une partie est à ciel ouvert.

A Thio-Agouagon, dans la commune de Glazoué, même si le fermier paraît mieux organisé, il avoue toutefois son impuissance face aux impayés de certains gros bonnets, qu’il n’arrive pas à recouvrer. La station de pompage est dépourvue de groupe électrogène. L’existant est en panne. Le compteur électrique a été emporté par la Sbee, et l’intéressé se contente d’un groupe électrogène que lui a prêté un natif de la localité.
En outre, des gestionnaires de borne fontaine utilisent la recette générée par le service de l’eau à des fins personnelles, et se retrouvent dans l’incapacité de rembourser les fonds. Le fermier n’a que des impayés et quelques manques à gagner. Il est à bout de souffle mais n’entend pas démissionner : « Non, il faut servir les populations, la nation… ».

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L’incroyable perte

Si à Thio-Agouagon le bidon de 25 litres d’eau est cédé à 25 francs Cfa, soit 1000 francs le mètre cube, ce n’est pas le cas à Pahou-Avlékété, dans la commune de Ouidah. Ici, le mètre cube est cédé au fontainier à 400 francs. En plus de cet état de choses, la fermière roule à perte avec un réseau local assez vieux, selon ses propos. Elle perd, en effet, deux tiers de sa production d’eau. « Sur 6 000 litres, elle ne vend que 2 000 litres », ignorant totalement où est passé le reste. Est-ce une fuite ? Un branchement frauduleux ? Elle n’en sait rien du tout. Ses efforts pour détecter l’origine de ce manque à gagner sont restés vains. Elle était à deux doigts de déposer le tablier auprès de la mairie de Ouidah. Mais, par amour pour sa patrie, elle a décidé de poursuivre le service. Par ailleurs, la plupart des fermiers ne payent pas leur redevance à la mairie comme mentionné dans le contrat du service d’eau potable signé entre les deux parties.

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Ce diagnostic sur l’état des Aev ne concerne pas les infrastructures à l’arrêt. En effet, sur 649 Aev, près de 200 sont en panne. Pompe immergée abîmée, groupe électrogène en panne, canalisations cassées et abandonnées,… bref, les raisons du non-fonctionnement des ouvrages sont multiples et variées. Pendant ce temps, les populations retournent s’approvisionner soit à la rivière et au marigot, soit elles se rabattent sur l’eau de pluie. D’autres vont chercher cette denrée, potable ou non, à des kilomètres de chez eux, à pied.

Que faire ?

Face à cette situation, le gouvernement béninois a décidé de restaurer les infrastructures d’Aev, et surtout de réaliser des travaux de mise en conformité pour les anciennes. De nouvelles infrastructures, de dernière génération, sont en construction y compris dans les zones autrefois marginalisées. Les ouvrages déjà réceptionnés, en cours de construction ou encore en projet sont bâtis suivant les normes et standards internationaux. La cerise sur le gâteau, c’est que la taille de la population à desservir à l’horizon 2040 est prise en compte depuis la conception de toutes ces infrastructures hydrauliques. Mais, ce n’est pas tout. Le coût de l’eau sera harmonisé sur l’ensemble du territoire national de sorte que cette denrée vitale soit moins chère tant dans les villages de Malanville qu’à Cotonou. De nombreux châteaux d’eau jumeaux sont construits pour desservir plusieurs villages à la fois. C’est d’ailleurs pourquoi l’acronyme Aev a cédé sa place au Système d’approvisionnement en eau potable multi village (Saepmv). Au total, près de 400 milliards F Cfa d’investissement sont dégagés pour le secteur de l’eau en milieu rural, d’ici 2021.

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Que faire alors pour éviter que cet investissement ne soit encore dilapidé ou qu’un ouvrage en panne ne soit encore abandonné ? Face à cette interrogation, et en prenant l’exemple de la Soneb en milieu urbain, l’Etat béninois a décidé de confier la gestion du Saepmv à des opérateurs internationaux. Ceux-ci sont, en effet, des sociétés privées qui capitalisent plusieurs années d’expérience en matière de gestion efficiente d’ouvrages hydrauliques à travers le monde et surtout en Afrique. Ce sont donc des entreprises averties de la chose. La phase pré-qualificative de l’appel d’offres international est bouclée. La visite de terrain a permis aux quatre entreprises pré-qualifiées de toucher du doigt la réalité de terrain. Celles d’entre elles, qui auront gagné l’un ou tout au plus deux des trois lots (tout le pays a été divisé en trois périmètres) seront connues et prendront service fin 2020 ou début 2021 au plus tard. A l’instar de la Soneb, elles fourniront de l’eau potable en quantité suffisante, sans interruption et à moindre coût à toutes les populations rurales du Bénin, sans exception, tout en faisant de la gestion efficiente des ressources une priorité.