Achat du coton graine et cession des intrants: Des prix avantageux pour les acteurs adoptés

Par Ariel GBAGUIDI,

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Suivant la volonté des acteurs du secteur cotonnier, le Conseil des ministres du mercredi 1er juillet dernier, a homologué les prix de cession des intrants aux producteurs, pratiqués au cours de la campagne écoulée. Idem pour les prix d’achat du coton graine. Une telle décision a été prise, d’après le ministre de l’Agriculture, pour amortir les effets du Covid-19 sur le secteur. Cela permettra également au Bénin de maintenir son rang de leader africain en matière de qualité et de productivité. Gaston Dossouhoui s’est exprimé sur le sujet, vendredi 3 juillet dernier, à l’occasion de l’installation des organes de gouvernance du Système national de Recherche agricole du Bénin.

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Les coûts des intrants utilisés pour la culture du coton au Bénin ne subiront pas de changement cette année. Ces intrants seront vendus au même prix que l’année écoulée. Ainsi en a décidé le Conseil des ministres du 1er juillet dernier sur proposition des acteurs eux-mêmes. Ce qui voudrait dire que les insecticides coton sont maintenus à 3 500 francs Cfa le flacon de traitement de demi-hectare, les herbicides (totaux) à 3 500 francs Cfa le litre, les herbicides sélectifs à 5 000 francs Cfa le litre et les engrais (toutes catégories confondues) à 240 francs le kilogramme. De même, les prix d’achat du coton graine sont maintenus au niveau de la campagne précédente. Le coton-graine conventionnel, premier choix, est donc maintenu à 265 francs le kilogramme à payer au producteur et le deuxième choix, à 215 francs net à payer au producteur. Le coton-graine biologique, premier choix, est à 318 francs net à payer au producteur et son deuxième choix est fixé à 258 francs Cfa.
Toutes ces mesures ont été prises, selon le ministre de l’Agriculture, Gaston Dossouhoui, pour encourager les producteurs et maintenir la qualité et la productivité nationale dans un contexte de crise sanitaire due à la pandémie du coronavirus. « La conjoncture, cette année, est particulière parce que depuis les maisons de fabrication, l’engrais a pris de la valeur. Le coût s’est renchéri. La situation s’est aggravée par la difficulté de transport liée au coronavirus, et nous avons eu de la chance avec les quelques premiers bateaux qui étaient venus avant la pandémie. Mais peu après, les coûts ont flambé. Même à l’intérieur du port, le déplacement (frais de carburant et les frets) devrait être plus cher que l’année dernière…», explique le ministre. Compte tenu de la situation de crise, de la doléance des acteurs du coton et des négociations menées, les sociétés de distribution ont concédé certains intérêts. Cela a contribué à reconduire les prix des intrants et coton graine de l’année écoulée. Le ministre rappelle également que les fonctions critiques s’élèvent à 10 francs par kilogramme de coton-graine et la réserve stratégique, 5 francs par kilogramme de coton-graine.
Face aux effets du Covid-19 et à la baisse du cours mondial du coton, le Bénin est le seul pays de la sous-région ouest africaine, à maintenir ses prix à leur niveau de la campagne écoulée. Tous les autres pays ont baissé le prix d’achat aux producteurs. A titre d’illustration, le Burkina Faso est passé de 265 à 240 francs Cfa, le Mali de 275 à 200 F Cfa et le Togo de 265 à 225 F Cfa. Le maintien des prix au Bénin est donc un réel coup de pouce et une marque de reconnaissance du gouvernement aux producteurs.

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Quid des surendettements ?

A ce sujet, le ministre Gaston Dossouhoui explique qu’aujourd’hui, les intrants sont pris à crédit. Ce sont les groupements de producteurs qui les prennent au nom de leurs membres. De plus, l’Association interprofessionnelle du coton (Aic) a mis en place, un crédit spécial d’accompagnement à taux zéro afin que les producteurs puissent effectuer les travaux de récolte et autres activités. Il y a également des institutions de microfinance qui, dit-il, ont négocié des crédits au niveau des producteurs par le biais de la caution solidaire. Ainsi, les représentants des groupements prennent les crédits caution solidaire au nom de leurs groupements.
« Tous ces crédits sont dénoués au moment où on paye le coton. Il se fait maintenant que parfois sans l’avis des coopérateurs, des représentants prennent suffisamment de crédit et surendettent la coopérative au point où quand l’Aic finit de payer les fonds coton, les gens ne sont pas capables de payer à chaque producteur ce qui lui revient », déplore le ministre de l’Agriculture. A l’en croire, il y a un surendettement interne qui oblige plusieurs producteurs à ne pas bénéficier du fruit de leurs efforts. « Si nous ne prenons garde, poursuit Gaston Dossouhoui, de braves producteurs qui n’avaient pas contracté autant de crédits, n’ayant pas bénéficié du fruit de leurs efforts, peuvent baisser les bras et dire qu’ils sont démotivés et qu’ils ne feront plus le coton. A l’interne, nous aurions tué la filière ».
C’est donc au regard de cette situation, explique-t-il, que le gouvernement a pris la décision d’encadrer l’octroi des crédits à travers un arrêté interministériel. En outre, pour les crédits à un groupement, il est important que les requérants adressent une demande à l’Aic. Les bailleurs doivent aussi s’assurer que le groupement en question n’a pas encore atteint son niveau d’endettement maximal, et qu’il est en mesure de rembourser. De son côté, l’Aic dispose d’un maximum de dix jours pour donner suite à la requête des requérants.
Avec cette réforme, « nous espérons décourager tous ceux qui font mettre en place des crédits de façon fantaisiste. De toute façon, si une institution de microfinance passe outre cette disposition, elle aura à payer le prix. Nous n’allons pas lui faire le retrait systématique à la source. Mais elle va se débrouiller pour prendre son crédit auprès de ceux qui l’auront contracté », avertit Gaston Dossouhoui avant d’indiquer que le Bénin vise au moins 850 000 tonnes de coton au terme de la campagne 2020-2021.