Accusé de parricide: Jean-Baptiste Kabadakoun écope de 10 ans de réclusion criminelle

Par Désiré C. VIGAN A/R Mono Couffo,

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Inculpé et poursuivi pour parricide commis sur sa mère, le cultivateur Jean-Baptiste Kabadakoun, âgé de 29 ans, a comparu, hier mardi 12 novembre, au tribunal de première instance de deuxième classe de Lokossa statuant publiquement et contradictoirement, en matière criminelle. L’examen de ce septième dossier inscrit au rôle de cette session, s’est soldé par la condamnation du mis en cause à 10 ans de réclusion criminelle.

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Dix ans de réclusion criminelle pour Jean-Baptiste Kabadakoun, de nationalité béninoise, né vers 1983, et célibataire sans enfant, pour des faits de parricide sur sa génitrice. L’accusé, âgé de 29 ans, séjourne depuis le 24 décembre 2012 à la prison civile de Lokossa, et va devoir y rester jusqu’en 2022. Les faits ont été commis, dans la nuit du 17 au 18 décembre 2012 à Agnito (dans la commune de Lokossa), sur la personne de sa mère légitime, Adanyossi Kingnihoundé. Cultivatrice de profession, la défunte était âgée de 60 ans environ. Son fils l’avait rejointe, dans son domicile, deux semaines avant le drame puisque Jean-Baptiste Kabadakoun et sa mère devraient aller, ensemble, solliciter les prestations d’un féticheur suite aux plaintes de « malchances » du fils.
A la barre, Jean-Baptiste Kabadakoun a expliqué comment, à trois jours de leur déplacement chez le féticheur, il a asséné de coups de coupe-coupe à sa mère avant de l’achever à coups de bâton. « Je lui ai donné des coups sur le visage et elle a crié : ‘’ On m’a tuée’’. C’est alors que je l’ai rouée des coups de bâton », détaille-t-il avant de se justifier : « Je pensais combattre dans le sommeil, dit-il, un animal noir sauvage avant de me rendre compte que c’était ma maman qui était mortellement atteinte ».
L’accusé a aussi laissé entendre que sa feue mère lui aurait confié qu’elle possédait la sorcellerie. « Ma mère a poursuivi que mes sœurs et moi ne serions plus de ce monde sous peu », souligne Jean-Baptiste Kabadakoun.
Au dire du président du tribunal, les mêmes déclarations étaient enregistrées aux étapes de l’enquête préliminaire, de l’interrogatoire de fond tout comme devant le juge instructeur. Sans aucune condamnation pénale antérieure et hors d’état de démence, l’accusé souffre pourtant de troubles psychiques qui ne seraient pas sans lien avec la commission du parricide, révèle le rapport des examens médico-psychologique et psychiatrique. En outre, Jean-Baptiste
Kabadakoun jouit des facultés mentales, intellectuelles altérées et tient des raisonnements illogiques parfois, insiste le rapport.

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Il a frôlé une condamnation à perpétuité

Déclaré coupable des faits mis à sa charge et condamné à 10 ans de réclusion criminelle, l’accusé avait frôlé une condamnation à perpétuité. C’est du moins ce que le ministère public avait requis. « Je vous prie, monsieur le président et messieurs les assesseurs, de retenir dans le secret de votre délibération, l’accusé dans les liens de parricide et de le condamner à perpétuité », avait soutenu Fidèle Iko Afe, procureur de la République près le Tpi d’Aplahoué assurant le ministère public. A la lumière des déclarations de l’accusé et de celles des deux témoins de ce septième dossier, le ministère public développe que le coupe-coupe et le gourdin maculés de sang mis sous scellés constituent, entre autres, l’élément matériel du crime dont la commission, selon lui, fut bien préméditée. L’accusé a assassiné sa mère en réaction aux propos relatifs à la menace de mort qu’il dit tenir de la défunte, insiste Fidèle Iko Afe, déplorant que la véracité desdits propos ne puisse pas être rapportée par d’autres personnes. Pour lui, l’accusé a planifié le meurtre. Et celui-ci ne peut qu’être qualifié de parricide puisqu’il est commis sur la personne de la mère du mis en cause. Le parricide est prévu et puni par les articles 295, 299 et 302 du Code pénal, ajoute-t-il avant de conclure que cet élément légal, associé aux deux précédents à savoir les éléments matériel et intentionnel, conforte la constitution de l’infraction.
Mais à son tour, l’avocat Caster Azia, commis d’office pour la défense, invitera le tribunal à faire fi du réquisitoire qui vise à le conduire à une condamnation coûte que coûte. Plaidant d’une part l’acquittement de son client au bénéfice du doute, la défense prie le tribunal de tenir compte de l’aspect métaphysique des faits soumis à son examen. L’avocat soutient, en outre, cette position, en rappelant les déclarations de son client relatives à l’état psychique bizarre qui l’a caractérisé au moment de la commission des faits avant d’ajouter l’évidence qu’aucun enfant ne peut supprimer volontairement la vie à sa mère. Et de l’autre côté, l’avocat plaide qu’au pire des cas, son client soit condamné pour le temps déjà passé en détention en liant le crime à une légitime défense en réaction à la menace de mort attribuée à la défunte. Cet argumentaire est soutenu par les articles 328 et suivants du Code pénal. « Il n’y a ni crime ni délit, lorsque l’homicide, les blessures et les coups étaient commandés par la nécessité actuelle de la légitime défense », stipule l’article 328.
Le frère de la défunte, représentant la partie civile dans ce dossier, n’a pas jugé utile de réclamer le paiement des dommages et intérêts liés au meurtre.

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Les faits

Dans la nuit du lundi 17 au mardi 18 décembre 2012, à Agnito, dans la commune de Lokossa, le corps de Adanyossi
Kingnihounde, la soixantaine, est retrouvé sur les pas de la porte de son habitat, inanimé et baignant dans le sang. On y observe des traces de blessures et de coups reçus, sur la tête et au dos. Près du corps se trouvaient un coupe-coupe et un bâton maculés de sang.
Jean-Baptiste Kabadakoun, un de ses enfants revenu quelques jours plus tôt vivre avec elle dans le même local, a disparu des lieux et toutes les recherches effectuées durant la même nuit des faits pour le retrouver sont demeurées vaines. Il est retrouvé quelques jours plus tard au cours d’une patrouille de l’ex-Gendarmerie.

Composition du tribunal

Président : Antoine Kocou Houézé

Assesseurs : Bienvenu Sohou, Alain Raoul Agboton, Firmin Amoussou, Gédéon Adjiboye

Ministère public : Fidèle Iko Afe

Greffier d’audience : Innocent Arayé