60 ans après l’indépendance: L’envol du secteur du tourisme

Par Josué F. MEHOUENOU,

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« Faire du tourisme un levier pour le développement du Bénin». Cette assertion qui, pendant de nombreuses décennies, s’est révélée comme un simple slogan tend à prendre une autre tournure, soixante ans après l’accession du pays à la souveraineté internationale. Avec les investissements prévus par le Programme d’action du gouvernement, le tourisme se positionne plus que jamais comme un vrai levier pour le développement.

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La maigre contribution de 0,7% du Produit intérieur brut (Pib) que revendiquait jusqu’à un passé récent le secteur du tourisme s’améliore petitement et va connaitre une nette augmentation dans les mois à venir. Depuis 2016, le régime au pouvoir travaille à poser progressivement les balises. De l’ambition de faire décoller le tourisme au pays du vodoun, on ne peut plus douter. « Faire du tourisme une filière de développement économique, créatrice de richesses et d’emplois… valoriser les projets touristiques qui contribuent à positionner le Bénin comme une destination de tourisme écologique, expérientiel et de découverte ». Ainsi se dévoile le rêve que nourrissait Patrice Talon, alors candidat à l’élection présidentielle. Il avait posé un diagnostic en quatre points, avec trois mesures clés et huit projets touristiques prioritaires. Sur les 45 projets phares du Programme d’action du gouvernement
« Bénin révélé », six sont réservés au secteur du tourisme : Parc de la Pendjari, cité lacustre de Ganvié, pôle Abomey-Porto Novo, tourisme premium-Tata Somba, cité historique de Ouidah, stations balnéaires.
Ensuite, il y a eu la création de l’Agence nationale de promotion des patrimoines et de développement du tourisme, considérée comme l’épine dorsale de la promotion patrimoniale et touristique dans le pays. Cette agence a pour mission, en collaboration avec les ministères concernés, la promotion des patrimoines du Bénin, le développement du tourisme ainsi que des actions de communication sur le secteur. « La création de cette agence permet de concrétiser la vision du gouvernement consistant à mettre en place un lien original entre patrimoines et tourisme, développer de grands projets structurants et pérennes, rendre séduisante et authentique la destination Bénin, créer de la richesse et des emplois, rayonner à l’international », indiquait déjà le compte rendu du Conseil des ministres du jeudi 7 juillet 2015.

« Nous sommes riches d’un patrimoine historique, culturel et naturel extraordinaire dont nous pouvons être fiers. Ce patrimoine doit nous permettre de développer le tourisme, un secteur largement pourvoyeur d’emplois et capable de faire rayonner le Bénin dans le monde ». Cette déclaration du président de la République Patrice Talon à l’occasion du lancement du Programme d’action de son gouvernement traduit clairement sa vision et son ambition pour ce secteur pourvoyeur d’emplois et de devises. Malgré son potentiel touristique exceptionnel, le pays est logé parmi les derniers pays au niveau de l’indice du développement touristique de l’Organisation mondiale du Tourisme jusqu’à un passé récent. Mais une aube nouvelle s’élève sur le secteur à la faveur des projets qui se déploient çà et là du Nord au Sud au pays. Tourisme balnéaire, tourisme mémoriel, histoire, patrimoine, sites, faune, flore, traditions, culture… Le Bénin mise sur l’ensemble de son potentiel et rêve de devenir d’ici là, une destination de rêve. Mais pour en arriver là, il a fallu attendre longtemps, des décennies après les indépendances, mais il a fallu attendre en plus une volonté politique nettement affichée en facteur du secteur. Avec ses plages bordées de palmiers, un patrimoine historique remarquable et ses parcs animaliers, le Bénin n’a rien à envier aux plus belles des destinations africaines. Le seul couac ici, c’est que les infrastructures font défaut. Le secteur souffre également d’une absence de touristes. Du moins jusqu’à il y a peu, avant le travail de rénovation voulu et engagé par le président Patrice Talon. Le Bénin ne proclame pas seulement les intentions. Il travaille à donner corps à ses ambitions et pose des actes importants. Déjà, les formalités d’entrée sur le territoire ont été allégées à plusieurs pays africains. Les ressortissants de certains pays peuvent fouler le sol béninois sans difficultés et formalités protocolaires de visa. Ils sont exemptés du visa d’entrée au Bénin pour une durée n’excédant pas 90 jours.

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Ganvié en réinvention…

Les projets touristiques à l’heure du Bénin révélé intègrent également la cité lacustre de Ganvié qui bénéficie d’un vaste projet de rénovation. Le gouvernement avait, en son temps, instruit le ministre du Cadre de vie et du Développement durable à l’effet de faire engager les études de détails qui porteront sur neuf secteurs d’intervention dans la cité lacustre de Ganvié. Il s’agit de l’urbanisme, de la rénovation de l’habitat, des équipements de confort, la santé, l’enseignement, la formation continue, l’environnement du lac, la pêche et le tourisme. Ceci, dans le cadre de l’initiative « Réinventer la cité lacustre de Ganvié », un des projets phares retenu par le Programme d’action du gouvernement (Pag). Le projet vise à faire de Ganvié, à travers la réhabilitation de son habitat, de son cadre de vie et de sa protection environnementale, un site pilote de mise en valeur d’un tourisme lacustre respectueux de l’authenticité et des normes environnementales. Il s’agit donc de réinventer cette cité lacustre sur des bases culturelles et sociales fortes et solides.

Depuis plusieurs mois, les Toffinou de Ganvié découvrent avec satisfaction les transformations que subit leur localité. Le visiteur qui embarque depuis Abomey-Calavi a désormais une vue plus attrayante. Les premières habitations à l’entrée de la Venise de l’Afrique sont de toutes nouvelles constructions améliorées qui renvoient à la vraie image des habitations en milieu lacustre. Des ouvriers sont à l’œuvre et laissent peu à peu depuis les profondeurs de l’eau, de belles cases, certes modernisées, avec un côté traditionnel captivant. Il s’agit de la concrétisation du projet « Réinventer Ganvié ».
Pourtant, depuis des décennies, le Bénin n’a véritablement rien réussi à vendre au plan touristique si ce n’est ce même Ganvié. Le nom et la présentation faisaient effet. Mais la réalité a fini par avoir raison de nombreux touristes qui petitement délaissaient la belle lacustre surtout en raison de la dégradation du cadre de vie et de l’insalubrité. Le Ganvié traditionnel avec ses mille belles cases mourait. En ses lieux et places, des maisons en brique, en matériaux définitifs, des toits de dalle, de feuilles de tôle, de tuile… Bref, tout sauf la paille et le raphia pourtant très prisé il y a quelques années encore. « Si par le passé, le Ganviénou peut indexer sa case avec beaucoup de fierté et le faire à ses visiteurs, aujourd’hui ce n’est plus le cas», laisse échapper Babilasse Sokenou, natif de la localité.

Réhabilitation du patrimoine touristique de Ouidah

La cité des Kpassè, comme on appelle Ouidah est partie pour être l’un des pôles de concentration de l’ambition du gouvernement dans le secteur du tourisme. Ces dernières semaines, d’importants travaux de rénovation ont été engagés pour donner à cette ville, témoin de la traite des Noirs, les instruments qu’elle attend pour faire décoller son tourisme. Courant février, le ministre en charge du Tourisme, à la tête d’une importante délégation et en présence d’acteurs du secteur, de têtes couronnées, personnalités, cadre et natifs de la ville de Ouidah a procédé à la remise officielle de chantier dans le cadre de la réhabilitation du Fort portugais de Ouidah. Dix mois pour assurer la transformation des lieux. C’est le défi imposé à l’entreprise qui, depuis lors, s’active pour honorer son cahier des charges. La réhabilitation du Fort portugais est prévue sur deux phases. La première qui a démarré officiellement depuis le lundi 24 février consistera en la réhabilitation de l’existant, c’est-à-dire du bâtiment originel du Fort. La réhabilitation du Fort portugais de Ouidah rentre dans le cadre du vaste chantier de réhabilitation de la cité historique de Ouidah pour en faire un centre touristique par excellence, selon le ministre.
Acte dont la portée répond de l’ambition du gouvernement de changer le visage de la ville de Ouidah. Une seconde phase consacrera la construction du Musée international de la mémoire et de l’esclavage (Mime) dont les études sont également très avancées et le lancement imminent, a annoncé le ministre. Les travaux coûteront la somme de deux milliards, huit cent quarante-trois millions, six cent vingt-neuf mille, cent trente cinq francs Cfa (2 843 629 135) F Cfa et prendront fin le 30 décembre prochain. La Banque mondiale, partenaire privilégié sur ce projet, accompagne la vision du président de la République en finançant la réhabilitation du site à travers le Projet de compétitivité et du tourisme transfrontalier (Pctt).

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Le gouvernement a aussi décidé le mercredi 22 juillet dernier, d’autoriser une mission d’assistance à maîtrise d’ouvrage en vue de la conception et du développement du Complexe hôtelier de la Marina près de la Porte du non-retour à Djègbadji, dans la commune de Ouidah. La société britannique Halcyon Hospitality Advisors a été identifiée pour la conduite de cette mission d’assistance à maîtrise d’ouvrage du complexe hôtelier de la Marina près de la porte du non-retour que développera le groupe Banyan Tree. Le choix du gouvernement se justifie par l’expertise et la notoriété de cette société. Ce complexe comprend notamment un théâtre de verdure pour la fête des religions endogènes et diverses manifestations culturelles, un parking paysager de 350 places, des jardins du souvenir, l’esplanade touristique avec restaurants, bars et sites de divertissements, la reconstitution historique d’un bateau négrier, une zone hôtelière d’environ 130 lits, la promenade flottante sur la lagune et un jardin de recueillement. Un projet qui cadre bien avec les ambitions du Programme d’action du gouvernement qui fait une place de choix au tourisme comme filière de développement économique, créatrice de richesses et d’emplois et un outil de rayonnement du Bénin à l’international. Avec la concrétisation de ce projet, c’est la cité historique de Ouidah, point de convergence de mille cultures et lieu de concentration de souvenirs sur la traite des Noirs qui reprend ainsi sa place. Mieux, le projet rehausse l’image du secteur hôtelier qui peut davantage se targuer de disposer d’infrastructures modernes avec un confort qui diversifie l’offre touristique du pays en général et de la ville de Ouidah en particulier. Faut-il le rappeler, le groupe britannique Halcyon Hospitality Advisors est aussi chargé de la même mission pour le Plm Alédjo.

La Parc de la Pendjari : la métamorphose !

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La plus grande réserve animalière de l’Afrique de l’Ouest part à la conquête de ses touristes perdus. Le parc de la Pendjari vit à l’ère des réformes du Nouveau départ et sa flore et sa faune sont passées aux mains des professionnels de la gestion des parcs. Une révolution s’opère au niveau du parc de la Pendjari depuis la reprise de cet espace par l’organisation African park. La structure allie haute technologie et expertise, en témoigne l’important arsenal qui y a été déployé et le travail titanesque abattu sur le terrain pour recenser et surtout sécurisé l’espace et ses occupants. Tout est également mis en œuvre pour l’atteinte de l’objectif « braconnage zéro ». Tous les jours, une ULM (petit avion) survole le parc à basse altitude pour détecter la moindre la menace et surtout suivre le mouvement des bêtes. L’appareil se révèle encore plus utile à l’occasion de la pose des colliers Gps aux animaux. A ce dispositif, on a joint un suivi à la trace des animaux à travers un système satellitaire que coordonne une cellule au sol. Laquelle est en communication permanente avec les Rangers, doté de téléphone satellitaire et autres moyens technologiques de haute portée. Tout le parc, d’une superficie de 4.700 km2 est cerné et le déplacement des animaux est suivi à la trace avec un compte rendu en temps réel, toutes les dix minutes. African park s’emploie à faire de la Pendjari une réserve naturelle où les animaux vivent en paix, sans la moindre menace et sans agression.

D’un parc désorganisé, désabusé, surexploité, braconné avec une quasi-absence de statistiques et de données fiables, on est passé ces dernières années à des mots comme réformes, rigueur, innovations, technologie, sécurité, Rangers… Parlant de Rangers, on ne peut plus envisager le parc sans cette unité spéciale, véritable rempart contre toutes incursions malveillantes dans le parc. Ce sont en effet des jeunes et vigoureux bars valides durement formés et investis de la mission de protection et de sécurisation 24 heures sur 24, pour le bonheur de la faune et des touristes.
Comme on le voit, le Bénin a mis 55 ans à marquer les pas en matière de tourisme, mais depuis plus de quatre ans, le secteur fredonne son aube nouvelle et enchaîne le refrain de la modernité. Les projets sont divers et multiples et touchent à tous les segments du secteur touristique. D’autres projets non moins importants concernent les Tata Somba, la Route des pêches, la création d’un nouveau musée à Abomey, d’un nouveau musée des arts, civilisation et Vodoun à Porto- Novo, le développement du tourisme balnéaire et historique avec la route de l’esclave à Ouidah… En somme, on s’est résolu à investir dans le tourisme, créer des espaces, aménager les sites, créer de vrais produits touristiques… L’Etat fera d’importants investissements, et à sa suite, le privé prend le relais pour les faire fructifier. Mais cela passe aussi par la réhabilitation des réceptifs hôteliers, la formation des guides, une bonne campagne sur la destination Bénin,le développement du tourisme de loisir et d’affaire, l’attractivité des territoires donc la préservation et la mise en valeur du patrimoine, des aménagements pour faciliter l’accès aux sites, l’érection des équipements de confort, la modernisation des routes, du système de transport, de santé…