Par Alexis Meton,

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A Cotonou, la vidange des fosses septiques se fait tardivement par certains ménages. Cette situation indispose certains locataires de ces maisons qui n’ont d’autre choix que de faire leurs besoins dans des sachets plastiques ou de façon peu sanitaire dans tous les cas.

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La vidange tardive des latrines cause un véritable problème environnemental sans oublier ses conséquences sanitaires. Indisposition à laquelle semblent indifférents les propriétaires qui attendent que leurs locataires expriment une certaine gêne à se mettre à l’aise avant de penser à vidanger les fosses septiques.
C’est ce que confirment les agents des sociétés de vidange rencontrés dans la ville de Cotonou. Selon ces agents, les ménages ne les sollicitent que lorsque les latrines sont complètsment remplies ! Aussi, certains locataires n’ont d’autre choix que de faire leurs besoins dans des sachets plastiques qui se retrouvent plus tard dans les fosses. Dans ces conditions, informe Norbert Houngbo, conducteur de camion de vidange, il faut d’abord enlever les divers objets qui se retrouvent dans les fosses à l’aide d’un fer à crochet avant d’y introduire le tuyau aspirateur. Des sachets plastiques, des couches, des tissus usagés, des verres jetables,… divers objets qui compliquent la tâche à ces agents lors de la vidange. Ils doivent d’abord remuer la boue pour en sortir ces objets. Ce qui est grave, selon lesdits agents, c’est que les déchets solides sont enfouis dans les maisons après la vidange des fosses.
« Nous éprouvons une grande difficulté à travailler lorsque nous rencontrons des cas pareils. Après avoir sorti les déchets qui ne peuvent pas être aspirés, nous les enfouissons juste à côté des latrines », précise Norbert
Houngbo. Cette pratique, interdite pourtant par la loi n° 98-030 portant loi-cadre sur l’environnement en République du Bénin, n’est pas sans impact sur la santé des populations. Du fait de la négligence ou du mauvais entretien des latrines, elles dégagent des odeurs nauséabondes difficilement supportables par les riverains, explique Julien alias ‘‘un beau jour’’. Selon lui, il faut une prise de conscience collective afin de limiter ces désastres environnementaux. L’implication des autorités en charge des questions d’assainissement est nécessaire, pense Hubert Saho. Il conseille le contrôle régulier des latrines pour limiter ces pollutions atmosphériques.
Il faut dire que les vidangeurs travaillent souvent sans équipements convenables. Wilfried Djimahloué, coordonnateur général dans une société de vidange, évoque les risques sanitaires et environnementaux liés au manque de mesures conséquentes. La véritable source de pollution, précise-t-il, c’est le fait que certains vidangeurs déversent clandestinement les boues dans la nature, pour échapper au paiement des frais de dépotage au niveau de la station qui s’élèvent à 18.500 f y compris le péage et le ticket de la mairie. A cet effet, il travaille avec ses collaborateurs à sensibiliser les ménages et les agents commis à la tâche en vue du respect de la réglementation en vigueur. Car, pour la gestion des boues de vidange, il importe de respecter les procédures idoines afin de limiter la pollution environnementale. Evoquant le circuit de gestion des boues de vidange, Wilfried Djimahloué a indiqué qu’après avoir collecté les boues, les camions les dépotent sur la station de traitement des boues de vidange (Stbv) de la Société industrielle béninoise d’équipement et d’assainissement urbain (Sibeau) à Sèmè-Podji qui se charge de les transformer par les jardiniers, en biogaz ou en électricité.
Mais il se fait que la seule station de Sèmè-Podji est hors d’usage avec une capacité d’accueil limitée. La Stbv de la Sibeau reçoit plus de boues de vidange que ce que permet son dimensionnement. Dimensionnée pour 180 m3 par jour, elle en reçoit en réalité 450 à 600 m3 par jour. Elle est transformée en un « stockeur à boues » et ne fournit, par conséquent, qu’un abattement limité des effluents qu’elle rejette directement sur la plage, précise le rapport de la Mission d’élaboration des Plans directeurs d’assainissement des eaux usées de la conurbation de Cotonou, Abomey-Calavi, Sèmè-Podji et de la ville de Porto-Novo réalisée en août 2014 par le Projet d’urgence de gestion environnementale en milieu urbain (Pugemu).
La conséquence, souligne Wilfried Djimahloué, c’est que les boues ne sont plus traitées, mais elles sont directement déversées sur la plage. Le coordonnateur se réjouit des initiatives du gouvernement qui a inscrit dans son programme d’action la réalisation de nouvelles infrastructures dans le Grand Nokoué pour la gestion des boues de vidange. Le projet, fait-il constater, évolue avec toutes les technologies y afférentes. Il rassure que la réception de la nouvelle station en construction à Sèmè-Podji est prévue pour le mois de décembre 2020.

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Plus de rigueur dans le respect des normes

Pourtant, il faut de la rigueur dans le respect des normes, en termes de vidange des latrines au Bénin. Les ménages ne devraient pas attendre de bourrer leurs lieux d’aisance avant de solliciter l’intervention des sociétés de vidange moyennant 35.000 francs Cfa. Le rapport de la Mission d’élaboration des Plans directeurs d’assainissement des eaux usées de la conurbation de Cotonou, Abomey-Calavi, Sèmè-Podji et de la ville de Porto-Novo indique que la fosse réceptrice des excréments est commune pour l’urine et les fèces. « Les latrines doivent être régulièrement vidangées », précise le rapport. « Les ménages attendent que les fosses se remplissent complètement avant de solliciter les vidangeurs. Or, la Direction nationale de la santé publique (Dnsp) exige qu’il faille les vider lorsqu’elles sont remplies à moitié »,
rappelle Wilfried Djimahloué. Les populations doivent aussi tenir compte de certaines caractéristiques dans la réalisation des fosses, pour l’aération. Les dimensions préconisées par la norme béninoise permettent d’assurer le service normal aux personnes et à l’environnement, indique le rapport du Pugemu. Mais leur construction est souvent dictée par la disponibilité en espace après l’implantation des bâtiments sur la parcelle. Elle ne suit toujours pas les règles techniques, mentionne le rapport de la Mission d’élaboration des Plans directeurs d’assainissement des eaux usées de la conurbation de Cotonou, Abomey-Calavi, Sèmè-Podji et de la ville de Porto-Novo.
Il y a lieu d’intensifier la sensibilisation et le contrôle inopiné dans les maisons, souhaite Wilfried Djimahloué.