Conseil exécutif de l’Unesco: Le Bénin fait son come-back, selon l’ambassadeur Irénée Zèvounou

Par Thibaud C. NAGNONHOU, A/R Ouémé-Plateau,

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Après plus de 10 ans d’absence, le Bénin fait son retour au Conseil exécutif de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco). Ce come-back met davantage en lumière le Bénin, aujourd’hui plus connu, considéré et respecté dans le monde, surtout au niveau de l’Unesco. L’ambassadeur, délégué permanent du Bénin près l’Unesco, Irénée Zèvounou, revient dans cette interview sur cet exploit diplomatique.

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La Nation : De façon concrète, quelle est la mission d’un ambassadeur du Bénin près l’Unesco ?

Irénée Zèvounou : L’Unesco est un organisme intergouvernemental, c’est-à-dire composé d’Etats qui partagent en commun l’objectif principal de resserrer entre eux les relations de coopération dans les domaines de l’éducation, de la science, de la culture et de la communication, de manière à contribuer au maintien de la paix et de la sécurité internationales. Toutes les activités de l’Organisation concourent à ce but ultime, noble et légitime.
L’ambassadeur joue un rôle multiple dans ce contexte. Le premier est celui de la représentation. Chaque ambassadeur représente son pays auprès de l’Organisation. Pour faire simple, il incarne à la fois les yeux, la bouche et les oreilles de son gouvernement auprès de l’institution. S’agissant du Bénin, le rôle quotidien de l’ambassadeur que je suis est de représenter notre pays dans toutes les réunions, les manifestations diverses organisées par l’Unesco. Ces occasions me permettent d’exprimer les vues et positions du gouvernement béninois et surtout de défendre nos intérêts par une veille stratégique permanente. L’ambassadeur que je suis joue aussi un rôle d’interface entre les autorités nationales, les délégations des autres Etats membres et le Secrétariat de l’Unesco. Le but recherché au final est d’accroître la visibilité de notre pays au sein de l’Unesco, de lui faire bénéficier de l’assistance et des programmes divers de l’Organisation et surtout de lui assurer un réseau de partenaires techniques et financiers pour l’accompagner à relever les défis de l’éducation, des sciences, de la culture et de la communication dans notre pays et au profit de nos populations.

Quelles sont les actions phares à votre actif depuis votre prise de service en octobre 2016 ?

Après un peu plus de trois ans de gestion, nous avons indéniablement plusieurs réalisations à notre actif. Mais je vais me focaliser seulement sur quelques-unes. D’abord, sur le plan programmatique global, je vais signaler la négociation et la signature le 3 avril 2017 d’un nouvel accord-cadre de coopération entre le Bénin et l’Unesco. L’accord porte sur la réalisation sur cinq ans d’une quinzaine de projets structurants au Bénin. Le montant global de l’accord est d’environ 50 millions de dollars Us avec un apport du gouvernement béninois d’environ 10 millions de dollars Us. Cet accord a initié au sein de l’Organisation un nouveau paradigme de coopération donnant-donnant et cité comme modèle à suivre.
Ensuite, sur le plan politique nous avons œuvré pour un repositionnement stratégique de notre pays dans certains organes clés puisque depuis 2009, le Bénin n’a plus été élu dans aucun organe et évoluait presque en marge de l’institution. Cela s’est traduit, dans un premier temps, par notre élection en 2017 pour un mandat de quatre ans dans six organes à savoir : le Comité juridique ; le Comité du siège ; le Conseil intergouvernemental du programme Gestion des transformations sociales (Most); le Comité intergouvernemental pour la promotion du retour des biens culturels à leur pays d’origine ou de leur restitution en cas d’appropriation illégale (Prbc) ; le Conseil intergouvernemental du Programme international pour le développement de la communication (Pidc) et la Commission de conciliation et de bons offices, chargée de rechercher la solution aux différends qui naîtraient entre Etats-parties à la Convention concernant la lutte contre la discrimination dans le domaine de l’enseignement. Le mandat pour ce dernier organe est spécifiquement de six ans.
Plus récemment, en 2019, le Bénin a été doublement élu au Comité subsidiaire et à la présidence de la Réunion des États-parties à la Convention de l’Unesco concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels. Mais la plus importante élection restera celle de novembre 2019 qui marque le retour du Bénin au Conseil exécutif, l’un des trois organes principaux de l’Organisation. Tout ceci témoigne d’une réalité désormais indéniable : le Bénin est aujourd’hui plus connu, considéré et respecté pour son dynamisme, sa crédibilité et sa contribution efficace au travail de l’Unesco.

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Le Bénin siège désormais au Conseil exécutif de l’Unesco. Que gagne le pays avec ce come-back ?

(Sourire) Notre retour au Conseil exécutif, après dix ans d’absence, participe de notre stratégie de repositionner le Bénin dans des organes clés de l’Organisation. C’est ainsi qu’avec le soutien ferme du groupe électoral de l’Afrique et des membres d’autres groupes électoraux, nous sommes parvenus à ce résultat lors des élections tenues au cours de la 40e session de la Conférence générale, en novembre 2019.
Pour le Bénin, la présence au Conseil exécutif est un privilège, celui de faire partie de ce groupe restreint d’Etats membres chargé de contrôler la mise en œuvre de l’action de l’Unesco et de proposer ses orientations stratégiques. En participant ainsi aux travaux du Conseil, le Bénin est en mesure de contribuer plus étroitement à la gouvernance de l’Unesco mais aussi de faire prendre en compte, dans le programme de l’Organisation, certaines questions et préoccupations qui lui semblent prioritaires. En clair, nous avons plus que jamais une opportunité réelle de faire refléter nos vues et priorités dans l’agenda de l’Organisation. Ceci ne peut être que bénéfique pour nos populations sur le terrain qui sont, en retour, bénéficiaires des programmes de l’Unesco.

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Un tel coup diplomatique induit certainement des exigences…

L’une de nos priorités pour cette année sera de réussir notre retour au Conseil exécutif en participant activement à ses deux réunions prévues respectivement en mars et octobre prochains, avec des contributions de très bonne facture. Ceci reste un défi, compte tenu de la taille assez modeste de notre délégation. Nous veillerons aussi à la mise en œuvre de certaines recommandations du Comité du patrimoine mondial sur les Palais royaux d’Abomey et le complexe W-Arly-Pendjari. Cette mise en œuvre est susceptible d’être évaluée à la prochaine réunion du Comité prévue en juillet 2020 à Fuzhou en Chine.
Par ailleurs, nous célébrerons cette année le 50e anniversaire de la Convention de 1970 concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels. Comme je l’ai évoqué plus haut, le Bénin assure la présidence de la Réunion des États-parties à cette convention et nous souhaiterions marquer cet événement de façon particulière. D’autres agendas sont en discussion avec le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération ainsi que le ministère du Tourisme, de la Culture et des Arts. Nous ne saurions les dévoiler pour l’instant. Mon vœu le plus cher reste que la présente décennie commençante marque une aube nouvelle pour un Bénin toujours et partout révélé.

Monsieur l’ambassadeur, combien de sites béninois sont inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco ?

Le Bénin n’a, pour l’instant, que deux sites sur la liste du patrimoine mondial : un site culturel, les Palais royaux d’Abomey inscrits en 1985 et un site naturel, les parcs nationaux de la Pendjari et du W inscrits en 2017. Cette dernière inscription a été faite dans le cadre d’une initiative conjointe avec le Burkina Faso et le Niger de sorte que l’appellation officielle portée sur la liste au nom des trois pays est Complexe W-Arly-Pendjari. Nous travaillons pour d’autres inscriptions.
Toutefois, il faut avouer que le processus est assez complexe et long puisqu’il s’étale généralement sur plusieurs années. Les sites concernés par les futures inscriptions sont notamment : la cité lacustre de Ganvié, la route de l’esclave et le palais royal de Porto-Novo.
Un bien une fois inscrit sur la liste du patrimoine mondial devient un bien d’intérêt pour toute l’humanité. Il doit être préservé et légué aux générations futures. Pour ce faire, sa gestion et sa conservation se font désormais sous une supervision internationale, incarnée par le Comité du patrimoine mondial. L’Etat sur le territoire duquel se situe le bien n’en perd pas pour autant la propriété mais il ne peut plus agir exclusivement à sa guise à l’égard du bien sans une concertation étroite avec l’Unesco. Mises en balance, ces exigences sont presque insignifiantes à côté de tous les avantages potentiels de l’appartenance à la liste du patrimoine mondial.
L’un de ces avantages indéniables, c’est la reconnaissance internationale qui peut bien se convertir en gains significatifs au niveau économique et touristique. Les pays ont également la possibilité de bénéficier de l’expertise de l’Unesco dans la gestion et la conservation du bien et de recevoir, pour ceux qui ont moins de moyens, comme le Bénin, l’assistance internationale à cet effet, en cas de besoin.

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Quels sont alors les critères pour une inscription au patrimoine mondial de l’Unesco ?

L’idée de patrimoine mondial renvoie à celle d’une propriété collective de l’humanité tout entière dont la préservation et la transmission aux générations futures sont d’une impérieuse nécessité. C’est la Convention de 1972 concernant la protection du patrimoine culturel et naturel qui a créé la liste du patrimoine mondial afin d’y recenser les biens qui ont une valeur universelle exceptionnelle. Les critères permettant de définir cette valeur sont au nombre de dix et énoncés au paragraphe 77 des Orientations devant guider la mise en œuvre de la Convention. Dès lors, pour qu’un site ou une infrastructure soit labélisé, il doit remplir au moins un des dix critères suivants : représenter un chef-d’œuvre du génie créateur humain ; témoigner d’un échange d’influences considérable pendant une période donnée sur l’architecture ou la technologie, les arts monumentaux, etc. ; apporter un témoignage unique ou exceptionnel sur une tradition culturelle ou une civilisation vivante ou disparue ; offrir un exemple éminent d’un type de construction architecturale ou de paysage illustrant une période significative de l’histoire humaine; être un exemple éminent d’établissement humain traditionnel ; être directement ou matériellement associé à des événements ou des traditions vivantes, des idées, des croyances ou des œuvres artistiques et littéraires exceptionnelles ; représenter des phénomènes naturels remarquables ou des aires d’une beauté naturelle et d’une importance esthétique exceptionnelles ; être des exemples éminemment représentatifs des grands stades de l’histoire de la terre ; être des exemples éminemment représentatifs de processus écologiques et biologiques en cours et contenir les habitats naturels les plus représentatifs et les plus importants pour la conservation in situ de la diversité biologique.