30e édition de la Journée mondiale de la liberté de la presse: Les journalistes s’autocritiquent

Par Maryse ASSOGBADJO,

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Zakiath Latoundji

Les journalistes et professionnels des médias, toutes catégories confondues, sont à l’honneur, ce lundi 3 mai, à l’occasion de la 30e édition de la Journée mondiale de la liberté de la presse. Au Bénin comme ailleurs, cette célébration leur offre l’opportunité de s’auto-évaluer en même temps qu’elle permet d’évoquer certains défis.

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Moussa Aksar, président de la Cellule Norbert Zongo pour le journalisme d’investigation en Afrique de l’Ouest (Cénozo)

« Les journalistes doivent être conséquents… »

Depuis la libéralisation du paysage médiatique dans les pays africains dans les années 1990, nous avons constaté une régression de la qualité du journalisme.

Nous avons des démocraties en construction, les journalistes sont sous la menace des pouvoirs dans la majorité des pays africains.

Les journalistes africains deviennent des joueurs de flûte des hommes au pouvoir en Afrique, à l’exception de quelques pays où l’on note des avancées.
Les bailleurs de fonds dont les pays sont des exemples de démocratie en Afrique devraient contribuer à la liberté de la presse.

Cela doit se traduire par des clauses entre eux et les Etats. Les journalistes eux-mêmes doivent être conséquents en respectant l’éthique et la déontologie, notamment les journalistes d’investigation qui mènent des enquêtes dans le domaine de la lutte contre la corruption. Si les journalistes se constituent en réseau, ils peuvent constituer une force inattaquable par les Etats.

 

Daouda Lao Yérima, chef section Lokpa à Radio Bénin Alafia
« Nous devrions réorganiser cette profession noble »

Au plan national comme international, la presse n’est pas bien organisée pour s’imposer. Même après trente ans de service, les journalistes sortent de la profession, tels qu’ils y sont entrés. Pendant ce temps, un militaire qui entre dans l’armée en tant que soldat de classe peut en sortir avec le titre de général. Idem pour le secteur de l’enseignement. Celui qui entre en tant qu’enseignant peut sortir inspecteur. Le métier ne se limite pas au nom de grands journalistes. Les opportunités dans le métier sont de plus en plus rares. Nous devrions le penser autrement pour réorganiser cette profession noble.

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Souléymane Ali Sama, chef division production à Radio Bénin Alafia
« Tant que la presse fera de la communication, elle ne se développera pas »

Le grand défi de la presse est de faire en sorte qu’elle puisse informer. Nous faisons de la communication. C’est un handicap pour le développement de la presse. Quand on se met dans le jeu de la communication, il est facile de se faire corrompre. Tant que la presse fera de la communication, elle fera le jeu des autres et ne se développera pas.

 

Nicanor Covi, journaliste, chef desk culture à la Télévision nationale
« Beaucoup de journalistes exercent le métier sans être professionnels »

Les défis de la presse béninoise sont exhaustifs. Nous pouvons nous attarder sur l’appropriation des textes qui régissent la profession. Il existe aujourd’hui une dualité entre le Code de l’information et le Code du numérique. Il faut savoir se retrouver entre les deux et savoir de quoi retourne chacun de ces textes. Il y a également le défi de la professionnalisation. Beaucoup de journalistes exercent le métier sans être professionnels. On ne demande pas nécessairement à tous de faire des écoles de journalisme, mais de suivre des formations pour disposer des bonnes capacités et techniques en vue d’exercer ce métier suivant les règles de l’art. Je voudrais évoquer également le défi de la censure et de l’autocensure. Le défi des nouveaux médias est aussi préoccupant. Nous sommes à l’ère de l’internet, donc des web Tv, réseaux sociaux,…. Il faut s’y adapter.

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Flore Nobimè, Journaliste Freelance
« Penser à l’organisation de grands groupes »

La presse béninoise est confrontée à des défis d’ordre économique. Certains périodiques ne paraissent plus, d’autres ont réduit leur tirage. Des journalistes vivent des fins de mois très difficiles. Les patrons de presse doivent penser à s’organiser en grands groupes en vue de lobbies en faveur de la presse.
La presse est également confrontée aux dangers des réseaux sociaux avec la désinformation. Elle ne pourra surmonter ce défi qu’en produisant des contenus attractifs et responsables.

 

Zakiath Latoundji, présidente de l’Union des professionnels des médias du Bénin (Upmb)

« l’Upmb invite les pouvoirs publics à se joindre à elle pour défendre la liberté de la presse »

Née des entrailles de l’appel de journalistes africains qui, en 1991, ont proclamé la Déclaration de Windhoek sur le pluralisme et l’indépendance des médias, la Journée mondiale de la liberté de la presse est une heureuse occasion de réflexion sur l’état de la liberté de la presse à travers le monde, de célébration des avancées en faveur des médias et de sensibilisation aussi bien des gouvernants que des citoyens sur l’importance de l’indépendance des médias dans l’édification d’Etats démocratiques mais aussi de souvenir et d’hommage à l’endroit des journalistes censurés, emprisonnés, assassinés ou décédés au travail.
Convaincue que l’information est un bien public, l’Upmb invite les pouvoirs publics et les partenaires au développement à se joindre à elle pour défendre la liberté de la presse, l’indépendance et la diversité des médias et garantir à la presse béninoise un environnement favorable à son essor véritable à travers le renforcement des capacités de ses acteurs, la mise en place de mesures de promotion et de protection de leurs droits et l’appui aux associations professionnelles.

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Maxime Domègni, Journaliste et responsable Afrique francophone du Réseau international de journalisme d’investigation (Gijn)

« Un journaliste, un média ne rend service à la communauté que lorsqu’il est libre de toute contrainte »

Plusieurs contraintes restreignent la liberté de la presse en Afrique. Les plus fulgurantes sont les menaces ouvertes, les arrestations, les agressions physiques et meurtres. Il y a également les règlementations auxquelles on donne chaque fois des tours de vis pour des raisons qui ne servent que d’alibi à ceux qui ne supportent pas de voir les journalistes travailler librement. Ces règlementations qui rognent les espaces de liberté autour du journalisme sont autant nuisibles que les meurtres et agressions physiques de journaliste. Il faut mettre dans la même catégorie les stratégies qui visent à asphyxier les médias, les priver de justes recettes et les rendre tellement démunis de sorte à les contraindre à la soumission. Un journaliste, un média ne rend service à la communauté que lorsqu’il est libre de toute contrainte et en position de faire un travail indépendant. En Afrique, les responsables politiques et leurs soutiens devraient s’en rendre compte et se préoccuper plus de leurs responsabilités vis-à-vis des populations.