Il est encore difficile de prendre en charge et de façon certaine les malades du cancer à une étape avancée du mal du mal. Ce qui alourdit dangereusement le taux de mortalité due à ce fléau. D’où l’Etat doit prendre en charge les cas de cancer qui tuent plus que le paludisme et le Sida.

Face aux ravages du cancer sous toutes ses formes, des Etats africains et du monde s’emploient à s’impliquer davantage dans les recherches scientifiques et des moyens de traitement efficaces. Pendant ce temps, il est déplorable que l’Etat béninois n’oeuvre pas suffisamment pour réduire le taux annuel de mortalité due au cancer. Les estimations de Globocan, un projet de l’Agence internationale pour la recherche sur le cancer (CIRC), montrent qu’en 2012 le Bénin enregistré 5100 nouveaux cas de cancer, soit un taux d’incidence de 94,3% pour 100.000 habitants. Et le risque cumulé d’avoir un cancer au Bénin est de 10%. Ainsi, sur 100 personnes, 10 ont le risque d’avoir un cancer. « La ville de Cotonou à elle seule enregistre 1500 cas de cancer chaque année dont 55,5% de décès depuis 2013 », a déploré Marcel Egué, épidémiologiste des cancers, technicien responsable biologiste du cancer à Cotonou. Il précise que sur 100 cas de cancer au Bénin, au moins 50 décèdent juste parce qu’ils viennent en consultation à un stade évolué. Cette situation du cancer qui englobe un groupe de maladies se caractérisant par la multiplication et la propagation anarchiques de cellules anormales devient de plus en plus inquiétante. Il ne peut en être autrement quand on sait que si les cellules cancéreuses ne sont pas éliminées, l’évolution de la maladie conduit rapidement au décès. 

D’où, souligne Fabien Houngbè, médecin interniste et point focal cancer au ministère de la Santé, est-il important, d’une part,de sensibiliser les populations sur les ravages subséquents du cancer pour sa prise en charge tôt, et d’autre part, d’attirer l’attention des dirigeants sur la nécessité d’une prise en charge des douleurs en cancérologie.
Dans la pratique médicale courante, explique l’interniste Fabien Houngbé, les agents de santé sont confrontés à des problèmes de prise en charge des malades cancéreux qui deviennent de plus en plus nombreux. Face au cancer, le malade se trouve souvent seul. Il se prend en charge lui-même et l’évolution de la maladie cancéreuse est marquée par un certain nombre de phénomènes qui nécessitent qu’on se soucie un peu de ces malades qui ont, à la fois, la douleur physique et morale. Mis à part le malade, son entourage aussi est profondément touché.
Ce qui est surtout dommage, souligne Fabien Houngbé, est que le cancer se détecte à un stade tardif au Bénin. Ces difficultés sont généralement liées aux coûts excessifs de la prise en charge du cancer. En plus, avant d’aller à l’hôpital, le malade tente pendant longtemps de guérir son mal chez les tradi-thérapeutes. Toutes choses qui compliquent la prise en charge du patient du cancer. Or, le cancer diagnostiqué tôt peut être guéri, a rassuré Fabien Houngbé. Ce dernier avertit que lorsqu’une femme a une boule dans le sein, c’est déjà une lésion précancéreuse. « Et quand on l’attaque, la personne est guérie », a-t-il rassuré. Il n’a pas manqué de rappeler les différents stades du cancer qui varient de 1 à 4. Le dernier stade est la phase de la mort, car la douleur devient très insupportable. C’est le moment des douleurs à n’en point finir, des insomnies et des infections qui viennent se ruer sur le même malade et la vie devient comme un enfer. C’est pourquoi, les agents de santé sont obligés de les accompagner. Mais comment peuvent-ils jouer pleinement leur rôle sans une spécialisation dans le domaine, sans les matériels adéquats de diagnostic et sans une prise en charge par l’Etat ?, s’interroge Fabien Houngbé.
D’où la nécessité d’organiser un service pour accompagner les patients avec les soins oncologiques idoines.

La nécessité d’un registre

Selon Marcel Egué, le registre de cancer se définit comme un service, un outil de surveillance épidémiologique des cancers dans une zone géographique donnée. Son importance est de pouvoir déterminer en un temps record l’évolution des cancers, c’est-à-dire l’incidence des cancers. Il permet aussi d’assurer la distribution des soins. A partir des données du registre des cancers, on peut avoir une répartition à partir des tranches d’âge.
Dans plusieurs autres Etats, ce sont les dirigeants qui prennent des mesures pour atténuer la douleur des concitoyens. Au nombre de ces mesures, renseigne Fabien Houngbé, figure le registre de surveillance épidémiologique. Lorsqu’on est atteint d’un cancer, le coût de traitement est trop élevé. Et quand on n’a pas les moyens, c’est encore un fardeau supplémentaire pour la personne atteinte de cancer. Cela ne peut être supporté par un seul individu. Lorsque le malade est à un stade terminal, plus besoin d’acharnement thérapeutique, il faut accompagner, donner des médicaments pour endormir. S’il a trop mal, il faut calmer la douleur. Tout cela est une question d’organisation.
Conscient de la situation, le Bénin dispose aujourd’hui, au Cnhu-km, d’une unité de soins palliatifs, une à Comé et une à Suru Léré à Akpakpa. Une bonne quinzaine d’infirmiers est actuellement formée. Ils suivront d’autres infirmiers cette année. « Mais malheureusement, le Bénin en tant qu’Etat ne dispose pas d’un registre. Le seul privé qui en a ne bénéficie pas de l’appui du gouvernement », déclare Fabien Houngbé qui trouve que tous les autres pays qui mènent des actions contre le cancer disposent d’un registre de cancer. Donc, le Bénin a le devoir d’avoir cet outil pour pouvoir mieux contrôler le mal.Le ministère de la Santé, précise-t-il, doit accompagner le registre et les autres programmes notamment le service de la chimiothérapie, les soins palliatifs ainsi que le projet d’installation d’une radio thérapie qui est en cours.

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