La réduction des émissions des gaz à effet de serre constitue une préoccupation majeure dans la mise en œuvre de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique et implique une politique bien définie. Jacques Kouazoundé, coordonnateur du projet d’élaboration du premier rapport biennal actualisé du Bénin et du projet d’élaboration de la troisième communication nationale du Bénin,rappelle dans cette interview les diverses actions entreprises par le Bénin pour se conformer aux exigences internationales.

La Nation : Que peut-on retenir du rapport biennal actualisé du Bénin sur les émissions de gaz à effet de serre ?

Jacques KOUAZOUNDE : Le Bénin a ratifié la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et l’accord de Paris…, A cet effet, il doit communiquer régulièrement sur la mise en œuvre de cette convention et de l’accord de Paris à la Conférence des parties. Comme canaux par lesquels le Bénin doit communiquer ses informations, il y a le rapport biennal actualisé et la communication nationale sur les changements climatiques. Le Bénin est à son premier rapport biennal actualisé et à sa troisième communication sur les changements climatiques. Et quand vous prenez le rapport biennal actualisé, il comporte des informations relatives à la mise en œuvre de la convention sur les changements climatiques. On y retrouve une composante sur les inventaires de gaz à effet de serre qui donne des informations sur les tendances des émissions de gaz à effet de serre au Bénin. Vous avez également une composante sur l’évaluation des politiques et mesures d’atténuation et leurs effets. Ces différentes dispositions expliquent les effets des politiques et stratégies mises en oeuvre pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Voilà brièvement ce qu'on peut retenir du rapport biennal actualisé.

Quelles sont les grandes lignes de ce rapport ?

Le Bénin a soumis sa contribution, déterminée au niveau national, et a pris des engagements pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais, comment l'on peut savoir si nous sommes en train de les réduire ou pas? Il y a à cet effet un dispositif de suivi-évaluation. Quand ce rapport rend compte de nos niveaux d’émissions, il faut une évaluation pour voir ce qu’on émet comme gaz à effet de serre. Cette évaluation est-elle bien réalisée? Est-ce qu’on a suivi les méthodologies appropriées ? Le volet atténuation montre comment évaluer ce que nous avons réduit en termes d’émissions de gaz à effet de serre. C’est un rapport effectivement évalué, mais il n’est pas punitif. Nos faiblesses sont alors traduites en termes de renforcement de capacités, étant entendu que le Bénin en tant que Pays moins avancé (Pma) n’est pas encore à cette étape où l'on est contraint de réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

Quels sont donc les efforts que le Bénin a déjà fournis en matière de réduction d’émission de gaz à effet de serre ?

Bien que le Bénin ne soit pas un pays astreint à réduire ses émissions de gaz, il prend quand même des initiatives. L’accord de Paris est pris en compte dans le Programme d’actions du gouvernement (Pag) avec des politiques et mesures à mettre en oeuvre pour atténuer ces émissions. Il y a par exemple les barrages hydroélectriques, qui vont remplacer les centrales thermiques qui brûlent du carburant pour produire de l’électricité. J’ai contribué à l’évaluation des potentiels de réduction des émissions de gaz à effet de serre du fait de l’implantation de nos grands barrages hydroélectriques, une initiative du ministère en charge de l’énergie. Les mesures prises par le gouvernement pour la réduction de l’utilisation du charbon de bois y ont réduit la pression sur le couvert végétal. C’est des mesures qui ont des effets doubles. C'est-à-dire la réduction des émissions et l'absorption du carbone.

Y a-t-il un suivi de tout ce qui se fait ?

Quand on dit que l’on veut évaluer les politiques et mesures d’atténuation, on passe au peigne fin tous les projets qu’on a exécutés et qui pouvaient concourir à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. On évalue en quoi cela a contribué à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Quand on parle de rapport biennal actualisé, cela concourt au cadre de transparence de la mise en oeuvre de l'Accord de Paris. Ça fait partie du système dénommé Mesure, rapportage et notification. Les secteurs qui émettent beaucoup de gaz à effet de serre au Bénin, ce sont l’énergie, la foresterie et l’agriculture. Quand vous prenez l’agriculture, l’on doit savoir comment améliorer la fertilité des sols, restaurer les sols dégradés et utiliser moins d’engrais chimiques, préconiser des techniques de culture qui permettent une séquestration de carbone et émettent moins de gaz à effet de serre. Quand vous prenez le secteur de l'énergie, il faut améliorer le volet carbonisation du bois qui transforme le bois en charbon de bois. Parce que le rendement actuel de la carbonisation est entre 12 et 15%. Quand vous partez d’une tonne de bois, vous récoltez 12 ou 15% de charbon de bois. Autrement dit, avec 100 kilogrammes de bois, vous avez 12 kg de charbon de bois. C’est une grande perte. Au niveau de la foresterie, il faut promouvoir les plantations communales et faire de l’agroforesterie à grande échelle pour séquestrer le carbone. Ce qui est important dans le cadre de l’accord de Paris, c’est la contribution déterminée au niveau national.

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