Très perceptibles, les effets des changements climatiques se manifestent déjà par la montée des eaux, les inondations avec leurs conséquences au Bénin, aggravées par le décalage de la saison... Carin Karl Atondé, chargé de programme énergie et climat à Jeune volontaire pour l’environnement (JVE-Bénin), une Organisation non gouvernementale à Cotonou, ne doute pas de la capacité du Bénin à faire face aux effets pervers des changements climatiques. Il enseigne que la résilience est un moyen d’adaptation pour y parvenir.

La Nation : Le gouvernement béninois fait de la lutte contre les changements climatiques son cheval de bataille. Comment percevez-vous les différentes politiques mises en place?

Carin Karl Atondé : Effectivement, le gouvernement du Bénin a posé un acte fort dans cette période-ci en se dotant d’une loi portant sur la réglementation des changements climatiques. Avec cette action, le Bénin se classe parmi les tout premiers pays à se doter d’une telle législation qui normalement, à notre entendement, devra permettre de lutter à court, moyen et long termes contre les effets néfastes des changements climatiques et permettre un tant soit peu une résilience de nos communautés à la base. Donc, cette loi vient à point nommé pour entrer dans la danse de tous les textes réglementaires qui existent déjà, de toutes les conventions internationales et de tous les accords signés par le Bénin notamment l’accord de Paris et les différentes conventions liées aux changements climatiques. Elle permet de renforcer, au niveau national, l’action gouvernementale mais aussi de coordonner un peu celles des Ong pour pouvoir nous arrimer à cette politique dont l’objectif est de permettre de lutter efficacement contre les changements climatiques.

Parlant de la Cop, la 22e édition est allée dans le même sens. Aujourd’hui, avez-vous le sentiment que ses résolutions sont appliquées véritablement au Bénin ?

Jve-Bénin comme Jve dans les autres pays participe activement aux différentes conférences des parties Cop. Depuis 2010, nous sommes présents aux côtés des gouvernements pour constituer une sorte de lobbying en faveur de la prise des décisions effectives liées aux priorités de nos pays en matière de lutte contre les changements climatiques. Effectivement, nous avons participé à la Cop 22 de Marrakech, également à la Cop 23 à Bonn et à la Cop 24 qui se prépare à Katowice connaîtra également notre participation. Et il faut dire que depuis l’accord de Paris et la Cop 21, nous stagnons un peu sur le plan continental ou même international, parce qu’un certain nombre de résolutions ne sont pas encore prises. L’opérationnalisation de l’accord de Paris qui constitue un point de départ pour une lutte beaucoup plus affirmée contre les changements climatiques n’est pas encore effective, parce qu’il y a un certain nombre de levier et goulot d’étranglement à lever notamment concernant la finance climatique, le transfert de compétence, les pertes et préjudices et beaucoup d’autres thématiques qui font qu’en termes d’actions concrètes, nous naviguons à vue encore, à chaque Cop depuis la Cop 21 ou la Cop 22. Il est prévu un certain nombre de positions à défendre afin de tendre vers des outils beaucoup plus concrets et solides pour combattre les effets des changements climatiques. Mais il faut dire que jusque-là, rien n’est encore fait.
Pour la Cop 24, les positions sont en train d’être définies au niveau des Osc intervenant dans le domaine de l’environnement. Nous travaillons en réseau évidement, notamment dans le réseau climat et développement et d’autres réseaux. Nous établissons des modes de position que nous défendons à la Cop. Donc cette année également, nous allons défendre toutes les thématiques que j’ai évoquées plus haut. La question de la prise en compte du genre dans les changements climatiques, des questions d’opérationnalisation de l’adaptation de notre agriculture aux changements climatiques, de finance climat avec le Fonds vert; le Fonds d’adaptation, etc. les différents dossiers disponibles pour un accès aux structures ne sont pas encore totalement ouverts et sont restreints à certaines organisations qui n’arrivent pas forcément à délocaliser les ressources au niveau local. Toutes ces questions seront des questions pertinentes à discuter lors de la Cop 24 qui, nous l’espérons, pourra déboucher sur des décisions marquantes et où l’Afrique pourra effectivement faire entendre sa voix et faire entendre les priorités qui sont les siennes.

Parlant de la maîtrise des effets pervers des changements climatiques, quelle est la responsabilité de la population ?

Nos populations savent comment s’adapter d’une certaine manière aux différentes conséquences des changements climatiques qui existent depuis très longtemps parce qu’il suffit juste d’une hausse de température à un moment où il n’en faut pas. Ce sont les changements climatiques qui sont la conséquence. Qu’il pleuve, plus qu’il n’en faut, que cela crée des inondations, ce sont les changements climatiques. C’est même l’actualité du Bénin où nous faisons face à des inondations terribles. Que ça soit au Sud comme au Nord où récemment des ponts ont cédé, des millimètres de pluies qui tombent sur nos villes et qui mettent nos populations sous l’eau, cela est dû aux changements climatiques. Et des alertes sont lancées, les autorités font leur travail du mieux qu’elles le peuvent mais ce n’est pas encore suffisant. Il faut pouvoir anticiper sur les conséquences de ces changements climatiques, de sorte à permettre aux populations d’avoir d’abord l’information en amont, de savoir comment faire, quels sont les moyens dont elles disposent pour pouvoir faire face à ces réalités lorsqu’elles se présentent pour pouvoir dire maintenant qu’elles peuvent prétendre à la résilience.

La résilience, de quoi retourne ce terme ?

Dans résilience, il faut comprendre résister. Résister à de la pression extérieure. Cela veut dire lorsque vous avez un mal qui vous frappe, qui vous touche et vous devriez pouvoir disposer de moyens ou d’alternative pour y faire face et vous adapter pour survivre. Si vous n’êtes pas résilient, c’est que vous disparaissez. Donc, la résilience dans le domaine des changements climatiques, c’est pouvoir faire face à leurs conséquences néfastes. Quand je prends l’exemple des inondations qui peuvent sévir à n’importe quelle période de l’année, il faut que les populations, si l'on veut atteindre la résilience, puissent disposer d’alternative, de système d’alerte, de tout ce qui est plan de contingence pour ne pas subir les effets pervers de ces inondations dans leur mode d’existence et de survie.

Est-ce complexe aux communautés d’atteindre la résilience ?

La résilience n’est pas facile à atteindre parce que vous pouvez vous adapter à une des conséquences des changements climatiques et qu’une autre vous affecte au même moment. Donc, il faut trouver le juste milieu. Déjà il faut impliquer les populations dans l’aspect information, sensibilisation, leur donner les moyens, les outils qu’il faut pour s’adapter et je pense qu’elles feront le travail. Depuis la nuit des temps, nos ancêtres ont des manières d’adapter nos cultures pour qu’on n’ait pas des grosses pertes de rendement au niveau de l’agriculture. Nos populations savent faire face aux inondations dans les zones où nous avons les lacs et les lagunes qui débordent. Donc, je crois qu’avec un peu plus d’implication de tous les acteurs à tous les niveaux, que ce soit le gouvernement, les organisations de la société civile et même les populations, tout le monde a sa partition à jouer pour que nous puissions sortir un peu de ces réalités qui, lorsqu’elles nous arrivent, créent d’énormes pertes, des dommages dans les domaines socio- économique et environnemental.

Y-a-t-il une chance pour le Bénin de venir à bout des changements climatiques ?

Le Bénin dispose de toutes les ressources possibles pour faire face à ces changements climatiques. Le Bénin a élaboré ses contributions de telle manière qu’au niveau national, il dispose de sa troisième communication nationale sur les changements climatiques, récemment le vote de la loi sur les changements climatiques... Nous disposons d’un arsenal bien huilé pour pouvoir faire face aux changements climatiques. Mais il faut y ajouter l’action pertinente. L’action pertinente, c’est déterminer la valeur de vulnérabilité des populations et des zones aux changements climatiques. Et pour cela, nous disposons d’un outil que nous avons pu découvrir grâce à un de nos partenaires Synergie paysanne qui est l’un des regroupements des organisations paysannes qui font le plaidoyer pour le changement climatique. Un outil est appelé Evaluation des risques liés aux catastrophes des changements climatiques. Il s’agit d’un outil très pratique qui permet d’orienter les différents projets de développement, les projets communautaires vers la prise en compte des risques de catastrophe et les risques liés aux changements climatiques.
Nous mettons aussi en place une initiative d’autonomisation d’un certain nombre de couches principalement les femmes. Actuellement, nous avons une initiative en faveur des femmes fumeuses de poisson. Cela vise à vulgariser des fours pour améliorer le fumage des poissons afin de réduire les conséquences sanitaires et environnementales liées au fumage traditionnel. Toutes ces initiatives et le travail que nous faisons sur la finance climat avec notre rôle de point focal national du réseau des Ong du Fonds d’adaptation nous permettent de concert avec les autorités nationales de règlementation de contribuer à une force de décision pour les gouvernants en matière de lutte contre les changements climatiques au Bénin.

Parlez-nous un peu de ce que vous faites au sein de votre structure pour accompagner l’Etat dans cette politique ?

Jve au Bénin travaille beaucoup plus sur les questions de plaidoyer et d’adaptation des communautés aux effets pervers des changements climatiques. En matière de plaidoyer, nous agissons comme force de proposition, de veille citoyenne ou éco-citoyenne afin de faire prévaloir la voix des communautés les plus vulnérables, à savoir les jeunes et les femmes, qui sont affectés par les effets des changements climatiques. Sur le plan d’action, nous menons beaucoup plus de campagnes de plaidoyer et de sensibilisation. Nous faisons également de l’éducation relative aux changements climatiques, à l’environnement, à l’énergie et à toutes les thématiques sur lesquelles nous intervenons. Nous mettons également en œuvre des projets qui couvrent un certain nombre d’Objectifs de développement durable (Odd) et qui touchent de façon transversale les changements climatiques. Nous mettons en œuvre des initiatives orientées vers les énergies renouvelables. Nous mettons aussi en œuvre des projets liés à la finance climat, notamment le Fonds d’adaptation, le Fonds vert pour le climat dans lequel nous sommes impliqués et les processus nationaux d’adaptation?

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