Le Bénin dispose de sites historiques, géographiques et écologiques attractifs pouvant favoriser l’éclosion de son tourisme. C’est le cas de la forêt sacrée de Zannoudji, un prodige écotouristique caché mais qui mérite d’être valorisé.

Située à environ 16 kilomètres environ du domaine aéroportuaire de Glo-Djigbé, la forêt sacrée de Zannoudji est un site à la fois historique et écotouristique de la commune de Zê au Bénin. C’est un mélange de paysages exceptionnels, de plantes, de rivière, de trésors authentiques entre le berceau de la civilisation du peuple Aïzo, et un massif accidenté, sanctuaire de cultures originales. Il se dresse sur une vingtaine d’hectares sur la route de Waga dans l’arrondissement central.
Ce site offre des atouts variés. C’est ce qui fait dire à l’actuel roi des Aïzo de Zê, sa majesté Aïsso Coffi Zomahoué Adjado Donou Domassè, que ce paysage a des atouts historiques, écologiques et touristiques. Le Palais royal Aï-Azonon avec tous ses vestiges s’y retrouvent.
Pour Emile Azonvè, retraité de la Sobétex et natif de Zê, c’est un endroit magnifique et riche en biodiversité. « Aussi bien la faune que la flore sont riches. On  y rencontre des animaux et toutes sortes de plantes médicinales», a-t-il déclaré. Selon ce septuagénaire, c’est un patrimoine qu’il faut valoriser à tout point de vue. Le relief de ce site impressionne Comlan Boko, ingénieur en génie civil, visiteur rencontré sur le site. Il estime que ce site est unique dans le département de l’Atlantique en ce sens qu’il dispose des stations rocailleuses et des espèces qu’on rencontre rarement au sud-Bénin. « C’est une forêt qui a un passé remarquable, un site formidable avec son palais historique. On y retrouve des espèces rares en voie de disparition », a-t-il déclaré. Un point d’eau intarissable se trouve dans les rochers. Selon le roi, c’est cette rive qui a donné naissance au Lac Nokoué.
Michel Todé, ingénieur agronome en génie rural et maîtrise de l’eau et directeur exécutif de Pradeb Ong, estime que cette forêt est une mine d’or non seulement pour la commune mais aussi pour le pays. A ce propos, il invite le gouvernement à penser à la valorisation de ce site qui est de plus en plus sous la menace anthropique.
« Au départ, c’est une forêt qui s’étendait sur plus de cinquante hectares mais elle couvre actuellement environ dix-sept hectares », s’est offusqué Emile Azonvè. Pour ce sage de la cour royale, certains individus détruisent cette richesse que constitue la forêt de Zannoudji. De plus en plus la forêt est détruite au profit des jardins de casses et des champs de maïs et d’ananas. Une forte action de la population est constatée de part et d’autre de ce site. Des animaux sont tués par les chasseurs et que des arbres coupés pour le bois de chauffage. Michel Todé, directeur de Pradeb-Ong, sollicite le soutien des ministères du Cadre de vie et celui du Tourisme pour la valorisation de ce site écotouristique et plein d’histoires.

Le berceau de la civilisation Aïzo

Sa majesté Aïsso Coffi Zomahoue Adjado Donou Domassè raconte plusieurs légendes qui font de ce site la source de la communauté Aïzo au Bénin. Selon lui, c’est au cœur de cette forêt qu’est né l’ancêtre de tous les Aïzo du sud-Bénin. Il nous montre un rocher et des vestiges qui proviendraient d’une irruption volcanique qui a donné naissance à Donnou Zoguigui, le premier Aïzo. A cet endroit, on aperçoit une représentation cartographique de l’Afrique et de Madagascar. « Certains septiques pourraient penser que c’est nous-mêmes qui, ayant des notions de cartographie, l’avions taillée sous cette forme, mais c’est un phénomène naturel qui a donné naissance à cela », soutient Michel Todé, ingénieur agronome en génie rural. Ces rochers ont toujours existé encore à Zannoudji jusqu’à ce jour. D’ailleurs, le roi soutient avec véhémence que c’est ce phénomène naturel qui a donné naissance à l’humanité sur le sol béninois avant l’arrivée des migrants venus d’Oyo et d’Adja Tado. C’est pourquoi, selon Emile Azonvè, natif de Zê, cette forêt demeure un lieu sacré dans la tradition Aïzo. C’est là que se passent la plupart des cérémonies et rituels de la tradition Aïzo, en l’occurrence les rituels d’intronisation, de libation, de purification, d’invocation des divinités et de bénédictions. La légende explique qu’une femme adultère ou un malfaiteur ne sort jamais idem de cette forêt s’il est démontré qu’ils ont commis la faute.
Aussi, l’idée selon laquelle tous les peuples du bas-Bénin viennent de Tado et quelques-uns d’Oyo (Nigeria) n’est pas acceptée par la communauté Aïzo. Selon son roi actuel, le peuple Aïzo vivait sur son territoire avant les migrants d’Adja Tado et d’Oyo. Il insiste que les Aïzo sont d’ailleurs les premiers occupants et maîtres du lieu. On retrouve les Aïzo un peu partout dans le bas-Bénin et surtout au sud de la dépression de la Lama. Les guerres tribales et intertribales les ont obligés à se disperser. Selon lui, la racine des Aïzo est dans la forêt de Zannoudji.

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