Les pesticides chimiques utilisés dans l’agriculture polluent les eaux et les poissons dont se nourrit l’homme. Les résultats des travaux du professeur Elizabeth Yèhouénou Azéhoun Pazou en la matière, ont été partagés avec le public, lors du dernier cours sur l’agro-écologie organisé, la semaine dernière, par le réseau Jinukun à Cotonou.

« Dans les plans d’eau, les pesticides provoquent la féminisation des poissons mâles, une atrophie des oocytes chez les poissons femelles, tout en perturbant le développement embryonnaire et la croissance des alevins », alerte le professeur Elizabeth Yèhouénou Azéhoun Pazou. Les pesticides, explique-t-elle, sont des substances naturelles ou de synthèse capables de contrôler, d’attirer, de repousser, de détruire ou de s’opposer au développement des organismes vivants, qu’il s’agisse des microbes, des végétaux ou des animaux. Il existe, ajoute le professeur, plusieurs groupes de pesticides : les organochlorés qui persistent dans la nature, se concentrent dans la chaîne alimentaire et s’accumulent dans les tissus adipeux, les organophosphorés, les pyréthrinoïdes et les carbamates.

Plus de 90 % des pesticides utilisés dans l’agriculture, relève le professeur, sont dispersés dans la nature. Une partie s’évapore dans l’atmosphère, développe Elizabeth Yèhouénou
Azéhoun Pazou, et les produits évaporés dans l’air reviennent au sol avec les précipitations. Une partie, relève-t-il, se fixe sur le sol ou ruisselle vers les eaux de surface ou s’infiltre vers les eaux souterraines.
Des analyses des prélèvements des eaux, des sédiments, des poissons, des ‘’acadjas’’ et des ‘’houédos’’ le long du fleuve Ouémé, de la source à l’embouchure, apprécie le scientifique, au niveau de onze sites, ont permis d’identifier 21 résidus de pesticides organochlorés et organophosphorés dans les sédiments et les espèces aquatiques. Il s’agit de pp-DDE, op-DDD, pp-DDD, op-DDT, pp’DDT, alpha-endosulfan, beta-endosulfan, endosulfan-sulfate, alpha-HCH, beta-HCH, lindane, dieldrine, endrine, télodrine, isodrine, cis et trans-heptachlorepoxide, hexachlorbutadiène, hexachlorobenzène, octachlostyrène et chlorpyrifos. Une forte concentration d’endosulfan est observée dans les zones où se fait la culture du coton. Ces résultats présentés au Conseil économique et social ont permis d’interdire l’endosulfan au Bénin. Mais le chlorpyrifos continue d’être utilisé dans le pays. Presque tous les poissons analysés sont pollués.
Dans le fleuve Ouémé, la carpe Tilapia guineensis pêchée à Atchakpa Béri est contaminée par cinq résidus de pesticides. Le poisson chat Clarias gariepinus pêché à Ouèdo est contaminé par six résidus de pesticides. Le mâchoiron
Chrysichthys auratus pêché à Lowé est contaminé par cinq résidus de pesticides.
Oreochromis niloticus pêché à Kpassa est contaminé par sept résidus de pesticides. Schilbe intermedius pêché à Lowé est contaminé par sept résidus de pesticides.
Au niveau du lac Nokoué et de la lagune de Cotonou, la carpe blanche Pomadasys jubelini est contaminée par neuf résidus de pesticides de même que la perche africaine Hemichromis fasciatus et Ethmalosa fimbriata sont contaminés par neuf résidus de pesticides. Le poisson Elops lacerta est contaminé par sept résidus de pesticides ; les huitres Ostrea Sp par huit résidus de pesticides.
Les crabes Callinectes Sp sont contaminés par trois résidus de pesticides ainsi que les crevettes Penaeus notialis.
Il importe que des dispositions soient prises par les pouvoirs publics pour réduire ces contaminations qui provoquent de multiples troubles de santé chez l’homme.

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