Plusieurs Béninois s’adonnent à l’horticulture dans les grandes villes du pays. Des chefs-d’œuvre sont partout créés dans nos villes et cela, grâce à l’imagination et au labeur de talentueux horticulteurs. Mais malheureusement, ces agents des espaces verts ne sont pas valorisés dans nos communes.

Dès la descente de la passerelle de Houéyiho jusqu’au carrefour Cadjèhoun à Cotonou, de part et d’autre de la route bitumée, se dressent de véritables jardins où exercent des horticulteurs. Ils sont installés le long de la clôture de l’Asecna sur des dizaines de mètres. Une véritable industrie horticole où l’on rencontre des fleuristes, des pépiniéristes, des bouquetiers, des planteurs, des arboriculteurs, des forgerons fabricants d’arrosoirs et des potiers. Ces agents des espaces verts s’activent autour des fleurs, et autres espèces végétales.

L’amour pour le jardinage et la recherche de gain a conduit dame Céline Tossou à abandonner le tricotage pour devenir jardinière, fleuriste et pépiniériste depuis bientôt trois décennies. Elle a suivi son mari, à l’origine, mécanicien de profession, pour commencer le maraîchage et aboutir progressivement aux fleurs. Elle forme avec son mari et sa petite fille une équipe composée de trois horticulteurs qui travaillent quotidiennement. Formés sur le tas et n’ayant pas été à l’école, ils ignorent tout de ce vaste domaine dans lequel ils exercent depuis des années. Ils ne connaissent pas grand-chose des différents corps de métiers dans ce secteur si bien que fleuristes, jardiniers, pépiniéristes sont confondus.
« J’ai hérité ce métier de mon père qui s’est formé lui aussi chez des Blancs en Côte d’Ivoire », confie Marcel Adjassoho, bouquetier. Même le forgeron, fabricant d’arrosoirs, trouve son compte à ses côtés. Audace Kpadonou, 14 ans, élève en classe de troisième aide son père jardinier depuis trois ans dans l’arrosage des fleurs et la pépinière. Audace a déjà une passion pour les plantes. A ses heures de repos, il entretient des fleurs et des plantes. Ce jeune élève connaît déjà les astuces pour avoir de meilleurs espaces verts. « Il faut arroser dès la pépinière et après, bien entretenir les arbustes et les fleurs », a-t-il conseillé.
Formé dans trois différents jardins, Marcellin Soglo, horticulteur, est à la fois, fleuriste, bouquetier et pépiniériste. Selon lui, il faut être spécialiste de tout ceci pour pouvoir véritablement vivre de son art. N’ayant pas de gros marchés au plan national, il est difficile d’avoir des manœuvres qu’il faut payer à la fin du mois. Selon lui, seuls ceux qui travaillent en famille ne se plaignent pas.
Les horticulteurs de la cité Houéyiho mettent en valeur diverses espèces de plantes. Plusieurs clients passent dans leur jardin pour admirer ou se procurer ces plantes. En dépit de la manne quotidienne, ils souhaitent être associés à la gestion des espaces verts dans la ville de Cotonou. En témoignent les propos de Sylvestre Kpossou qui déplore que les horticulteurs ne soient pas véritablement associés à la gestion des espaces verts dans les grandes villes. « On pourrait mieux vivre de notre art, si on était associé à la gestion des jardins publics créés sans entretien çà et là ».

Des agents des espaces verts négligés

Une main-d’œuvre non négligeable existe au Bénin pour entretenir les espaces verts, vu le nombre important d’horticulteurs sur nos grandes artères. Et pourtant, plusieurs jardins publics des grandes villes comme Cotonou et Abomey-Calavi sont abandonnés et laissés aux intempéries. Pas un horticulteur, ni un arroseur pour veiller à la préservation de ces sites. De l’Espace Gantin au stade de l’Amitié en passant par les grands carrefours, on s’aperçoit qu’il n’y a pas d’agents spécialisés pour s’occuper de ces sites. Une fois mis en terre, les gazons, les fleurs et autres espèces ne sont plus entretenus, ni arrosés.
Éric Aïvodji, formateur en horticulture et en aménagement des espaces verts, passionné de la nature, promoteur de l’Ecole de vie et de biodiversité d’Abomey-Calavi, pense que ces hommes et ces femmes rendent d’énormes et de louables services à la nation dans le domaine de la protection de l’environnement, ainsi que dans le domaine social et économique. C’est pourquoi, suggère-t-il, les pouvoirs publics ainsi que les communes doivent les aider en créant dans nos communes respectives des marchés de plantes ornementales ou des zones de production de ces espèces ornementales. Selon lui, il y a nécessité absolue, aujourd’hui, de penser à un encadrement raisonné de ces acteurs, afin d’améliorer leurs technicité et opérationnalité. Les nombreux espaces verts des villes doivent constituer la ceinture verte du territoire des communes favorisant les promenades et la détente. « Malheureusement, faute d’un horticulteur commis à la tâche, ces espaces sont abandonnés à eux-mêmes », a-t-il fait remarquer. Il ne conçoit pas que des plans de maisons soient faits sans prévision d’un espace vert bien aménagé. Christelle Gnidéhouè, consultante en communication, responsabilité sociétale et environnementale et présidente de la Fondation Gnidéhouè, pense que les horticulteurs jouent un grand rôle dans la préservation de l’environnement. Car, « en tant que discipline scientifique et artistique et en termes de contribution à l’alimentation, à la santé, à la protection de l’environnement et aux activités socioculturelles, l’horticulture joue un rôle très important dans le bien-être humain ». Aussi, les vastes zones de paysage naturel et les espaces aménagés garnis d’arbres, d’arbustes et de couvertures végétales contribuent-ils à l’absorption des substances nocives de l’atmosphère, fait remarquer Eric Aïvo, formateur en horticulture.

Des espèces composant les couronnes

Marcellin Soglo exerce depuis environ vingt ans. Chez lui, se dressent en cette fin de matinée du 16 mars deux différentes couronnes : l’une en fleurs artificielles et l’autre avec des fleurs naturelles.
« Nous commandons ces tiges-ci sur Lomé. Il y en a ici mais pas suffisamment », explique-t-il. Il décrit les différentes espèces qui composent la couronne naturelle : aster jaune (mais il y a également le blanc, le violet et le beige), bec de canard, et rose de porcelaine. « Il y a également le rouge. Nous disposons également de l’antirium, du lis et du pastirium », relève Marcellin Soglo.
Toutes ces pièces sont emballées, selon lui, soit dans des sachets, soit dans des pots en terre cuite ou en ciment ou encore en petites caisses plastiques.
Il y a également sur le site visité, mais chez d’autres horticulteurs, bien d’autres espèces aux vertus médicinales et spirituelles avérées.

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