Enseignant chercheur en sciences et technologies alimentaires, professeur Djidjoho Joseph Hounhouigan totalise, à ce jour, plus de trente-quatre années d’expérience dans l’enseignement, la recherche et l’appui au développement. Son riche parcours et son activisme en matière de recherche et développement de produits agroalimentaires, font de lui, un incontournable dans son domaine et un exemple pour les jeunes.D’ailleurs, un prix lui a été décerné le 2 juin dernier par les acteurs du secteur agricole.

« Lorsqu’après tant d’années dans la recherche, le développement et la formation (…), des acteurs prennent,eux-mêmes, l’initiative de vous distinguer (…), c’est un sentiment de profonde satisfaction avec beaucoup d’humilité et de gratitude envers tous ceux m’ont permis d’arriver à ce stade de mon parcours… ». Cette déclaration du professeur Djidjoho Joseph Hounhouigan, enseignant chercheur à la Faculté des sciences agronomiques (Fsa) de l’Université d’Abomey-Calavi (Uac), rencontré à son bureau à l’Uac, rappelle bien la cérémonie de distinction organisée en son honneur (il y avait aussi un autre chercheur), le 2 juin dernier à Cotonou. L’initiative porte la marque des acteurs du secteur agricole du Bénin, de l’Afrique et du monde. Ceci, pour saluer la qualité et l’importance des travaux de recherche agricole du Pr Djidjoho Joseph Hounhouigan pour le développement. L’enseignant chercheur qui n’a pas hésité à tout narrer sur sa vie, est à lui seul, une bibliothèque dans son domaine d’intervention.
Né peu avant le soleil des indépendances en Afrique noire francophone (à l’Ouest notamment), Pr Djidjoho Joseph Hounhouigan est fils de pêcheur-agriculteur. Sa mère s’investissait dans des activités multiples de transformation notamment le fumage de poissons de table et la fabrication d’huile de coco. Lui qui n’a pas eu la chance de connaître son géniteur, a vécu de très près l’expérience de "maman" durant toute son enfance. C’est donc de là qu’il tire sa passion pour l’agriculture et la transformation des produits agricoles.
Docteur en 1994, il a brillamment accédé au grade de professeur titulaire en 2006.Son expertise couvre l’évaluation de la technologie et de la qualité des produits agroalimentaires; le développement de produits de convenance à partir des denrées et savoir-faire locaux, notamment les céréales, les racines et tubercules, les fruits, etc. Au nombre des produits de convenance qu’il a mis au point avec son équipe, figurent le aklui en granulés, le mawè séché, le yèkè-yèkè séché (couscous de maïs), le wassa-wassa séché, le afitin séché, le dadonou (cocktail de condiments à base de soja), le lanhouin en poudre et en cube, le gowé de sorgho en farine, pour ne citer que ceux-là. Son équipe a également mis au point des jus et nectars stabilisés de plusieurs fruits à savoir : l’ananas, la mangue, la goyave, le tamarin,le gingembre, le baobab. Bref, la liste est longue.
Au niveau institutionnel, Pr Djidjoho Joseph Hounhouigan a, entre autres, dirigé le département de nutrition et sciences alimentaires à la Fsa pendant treize ans, il a passé douze ans à la tête de la Formation internationale en nutrition et sciences alimentaires (Finsa), et six ans au poste de doyen de la Fsa. Il est aussi membre ou ancien membre, selon le cas, de plusieurs conseils d’administration de structures nationales et internationales dont l’Institut national de recherches agricoles du Bénin (Inrab, 2013-2015). Pr Djidjoho Joseph Hounhouigan est également membre de plus d’une douzaine de conseils scientifique et technique de plusieurs institutions au Bénin, en Afrique et dans le monde. Côté formation, il a supervisé à ce jour, au moins une trentaine de travaux d’ingénieurs,une quarantaine de travaux de master, trente Dea (diplôme d’études approfondies) et vingt travaux de doctorat. L’ancien doyen de la Fsa a, à son actif, plus de deux cents publications scientifiques en anglais comme en français.Ce qui n’étonne pas, vu son parcours: impressionnant. Il est fait chevalier de l’ordre national du Bénin en 2008 et chevalier de l’ordre international des Palmes académiques (Oipa) du Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur (Cames).

Pr Mathurin Coffi Nago comme coach

A côté de sa passion pour l’agriculture, l’ancien doyen de la Fsa est tombé sous le charme de la recherche grâce à l’un de ses professeurs. En effet, quand il s’était agi, pour lui, de choisir une filière d’études après son baccalauréat, Pr Djidjoho J. Hounhouigan a naturellement opté pour le domaine de prédilection de ses parents, qui est aussi devenu le sien.Mais « une fois dans l’agriculture à l’université, il fallait choisir une spécialité, et j’ai eu la chance de croiser le Pr Mathurin Coffi Nago sur mon chemin… », déclare-t-il, avec un large sourire (l’histoire du Pr Nago renseigne qu’il est un dur à cuire dans le domaine). A en croire l’ex-doyen, c’est le Pr Mathurin Coffi Nago qui l’a «coaché » durant tout son cycle de formation. Et tout d’un coup, un travail de dépouillement que ce dernier lui a confié, va davantage déterminer son choix définitif, du moins, le conforter dans sa position, son envie de s’investir dans la recherche.
«Il m’a demandé, avec un autre collègue, de faire le dépouillement d’un recensement que des gens avaient effectué au sujet des technologies traditionnelles sur une grande partie du territoire national. Et il m’a aussi dit de faire le rapport à la fin… Quand j’ai lu et découvert la diversité des produits agricoles et ensuite la diversité des formes de transformation et de consommation ça a tourné ma tête ! Et j’ai dit : je m’engage dans la recherche…», raconte-t-il. Son professeur qui, justement, souhaitait qu’il s’engage dans la recherche, devrait, par la suite,se rendre en Ethiopie pour présenter le rapport des travaux de dépouillement qu’il a rédigé suite au recensement des technologies traditionnelles. Mais Mathurin Coffi Nago, par surprise,lui a demandé d’aller présenter ledit rapport à sa place, à Addis-Abeba. « C’était en 85. Donc je suis parti. Cela portait sur l’agriculture urbaine qui concerne en partie, le travail de dépouillement que j’ai effectué. Et ça m’a lancé ! ». Jusqu’aujourd’hui, poursuit Pr Djidjoho Joseph Hounhouigan, «ce rapport d’étude que je suis allé présenter est le soubassement de mes travaux… ».

De la recherche à la politique, comme Nago ?

Actuellement, l’enseignant chercheur travaille sur au moins une demi-douzaine de travaux de recherche, et il compte poursuivre sur cette lancée jusqu’à sa retraite. Surtout, avec le prix qui lui a été décerné le 2 juin dernier qui,à son avis, est « une incitation à mieux faire, à donner l’exemple aux jeunes et à les conduire ». Et parlant de la jeune génération, il dit avoir formé des chercheurs très talentueux qui, aujourd’hui, peuvent valablement assurer la relève en matière de sciences et technologies alimentaires. Il rassure que ses collègues professeurs, spécialisés dans divers domaines, en ont formé également.
En dehors du Pr Mathurin Coffi Nago qui l’a beaucoup coaché, il adresse toute sa gratitude à ses autres collègues, son épouse, ses enfants et d’autres proches à lui, qui lui ont pas marchandé leur soutien à son égard.
A la Fsa, Pr Djidjoho Joseph Hounhouigan est aussi entouré d’hommes politiques tels que son coach et l’ex-député Noël Akissoé qui a occupé plusieurs postes de responsabilité dont celui de chef département à la Fsa au moment où Djidjoho Joseph Hounhouigan, était doyen. Curieusement, l’ex-doyen n’a jamais goûté à la chose politique.N’a-t-il pas des visées politiques ? Lui a-t-on déjà proposé des postes politiques ou d’être candidat à une élection, par le passé ? Quand on lui pose la question, il répond par la négative. « Ah non ! Je n’ai pas d’ambitions politiques. Pas du tout !Et ce n’est pas faute qu’on ait essayé sur ma personne… ». Autrement dit, l’homme se plait bien dans son rôle actuel.

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