Certains établissements d’enseignement privés imposent des dépenses supplémentaires aux parents à travers l’achat de fournitures scolaires autres que celles prévues sur la liste officielle. Le ministre de l’Enseignement secondaire, technique et de la Formation professionnelle, Mahougnon Kakpo, entend désormais encadrer la pratique. Une note circulaire en date du 24 septembre vient mettre de l’ordre dans le secteur.

Etre pauvre et fréquenter une école privée aujourd’hui au Bénin, ce n’est pas donné à tout le monde. Et pour cause ! Outre les frais de scolarité déjà élevés dans la plupart des établissements à Cotonou et environs, les parents doivent faire face à d’autres dépenses liées à l’achat de documents. 

Souvent compartimentées en deux listes, les fournitures font partie des grandes dépenses qu’effectuent les parents d’élèves à chaque rentrée des classes. Ce phénomène propre aux établissements privés oblige les parents à acheter la deuxième partie des manuels scolaires au niveau des secrétariats desdites écoles.
En plus des ouvrages officiels, celles-ci prescrivent d’autres aux élèves, sous prétexte que les manuels au programme ne sont pas suffisants ou sont peu fournis. La situation oblige les parents à débourser plus d’argent.
La pratique varie d’un établissement à un autre. Si l’on peut compter au nombre des fournitures scolaires du Cm2, d’autres ouvrages tels que ‘’l’école et développement’’ ou encore ‘’mes activités de renforcement et évaluation au Cm2’’, dans un collège privé de Cotonou par exemple, la pratique n’est pas uniforme partout. Dans une autre école privée à Calavi, ce sont plutôt les fascicules, ‘’jour des premiers’’, la collection ‘’la lumière’’ou encore la ‘’collection Gado’’ qui sont plutôt exigés.
A en croire Moussibayo Adissa, directeur d’un établissement privé à Cotonou, chaque école élabore la liste des fournitures en fonction de ses motivations. « Nous ajoutons certains manuels à la liste officielle de fournitures scolaires afin de renforcer le niveau des apprenants », explique-t-il. « Le plus que nous recherchons pour les enfants, c’est la connaissance. Dans ces manuels, il y a toutes les notions dont les apprenants ont besoin pour acquérir des connaissances, même lorsqu’ils sont seuls », argumente-t-il.
Toutefois, ces mesures d’accompagnement ne sont pas appréciées par tous les parents. Pour Souleymane Aboudou, parent d’élève, la pratique impose aux parents de dépenser beaucoup d’argent pour l’achat des manuels. Il estime que les livres officiels ne sont pas moins riches pour combler les besoins en apprentissage des apprenants.
Michèle Mama a aussi la dent dure contre certains établissements privés. Selon elle, ces écoles se livrent plutôt au commerce en faisant obligation aux parents d’acheter une panoplie de manuels didactiques, chaque année. Elle déplore le fait que ces manuels ne sont utilisés qu’une seule année scolaire.

Eviter les déviances pédagogiques

Le cri du cœur de ces parents d’élèves semble recevoir un écho favorable auprès des autorités en charge de l’éducation.
Le ministre de l’Enseignement secondaire, technique et de la Formation professionnelle, Mahougnon Kakpo, siffle la fin de la récréation. A travers la note circulaireN°11/MESTFP/DC/SGM/DIPIQ/DESG/DETFP/SA, en date du 24 septembre, portant interdiction de l’usage des cahiers d’activités dans les établissements secondaire, technique et de la formation professionnelle du Bénin, il met fin à la vente et à l’utilisation des cahiers d’activités et autres documents non autorisés, afin d’éviter les déviances pédagogiques dans les collèges et lycées.
« Il m’est revenu que des enseignants, sous le prétexte du recours aux méthodes actives à privilégier dans la mise en œuvre d’un programme d’études et de formation écrit selon l’Approche par compétences, se dérobent à leur obligation de préparation des classes et imposent aux apprenants l’achat et l’usage de cahiers et autres documents non autorisés au titre des supports didactiques », renseigne la note.
Selon le ministre, le phénomène crée plus de problèmes qu’il n’en résout. « Cette pratique constitue, assurément, une des causes de l’échec scolaire enregistré à l’enseignement du second degré », poursuit la note.
Ce n’est pas la première fois que le Bénin prend une telle mesure. En 2010, le pays avait déjà pris une décision pareille pour corriger les excès dans le secteur. Mais le phénomène a toujours continué. La nouvelle note rappelle les dispositions antérieures avant l’étape de la sanction. Elle met l’accent sur trois points. Primo, elle interdit formellement l’imposition de l’achat des cahiers d’activités et documents non autorisés aux apprenants. Deuxio, la note interdit l’usage, par tout enseignant, de cahiers d’activités comme support de cours dans tout établissement. Tertio, elle interdit la vente de cahiers d’activités et de tout document non autorisés au sein de tout établissement.
La note prend effet à partir de cette rentrée scolaire 2018-2019 et prévient les contrevenants aux présentes prescriptions des sanctions auxquelles ils sont exposés. Reste aux établissements de se mettre dans cette dynamique pour soulager les parents d’élèves.

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