Après la suspension de la motion de grève du Front d’action des syndicats de l’éducation, lundi 23 avril dernier, Eric Roméo Péthos, précédemment porte-parole, a rassuré de la reprise des classes à partir de ce jeudi 26 avril. Dans cette interview, il est revenu sur les raisons qui ont motivé la suspension.

La Nation : Depuis le lundi 23 avril dernier, le Front a suspendu sa motion de grève. Quelles en étaient les raisons après plus de quatre mois de grève dans le secteur de l’éducation ?

Eric Pethos : Les secrétaires généraux réunis le 23 avril à la Bourse du Travail, se sont posé trois grandes questions. Est-ce que lorsqu’un gouvernement est silencieux sur les revendications, les apprenants de la République doivent en être des victimes ? Est-ce que lorsqu’un gouvernement veut et planifie une année blanche, le syndicat doit l’accompagner dans ce plan ? Enfin, est-ce que lorsque deux camps politiques s’affrontent, le Front d’action des syndicats de l’éducation doit prêter flanc à leur jeu ? Ce sont les réponses à ces trois grandes questions qui ont amené les secrétaires généraux, en toute souveraineté et à la majorité de près de 70 % des signataires de la motion, à décider de sa suspension. Voilà ce qui est fait et des personnes restent cachées derrière les réseaux sociaux, ils écrivent, intoxiquent, racontent tout ce qui dénote du ridicule. Tout le monde n’est malheureusement pas allé en grève pour les mêmes objectifs, pour les mêmes finalités. Nous cohabitons tous sur le même terrain mais pendant que certains se battent pour leurs revendication, d’autres veulent se faire une certaine visibilité en prélude aux élections professionnelles qui se préparent et une dernière catégorie veut rendre le pays ingouvernable au locataire de la Marina. Et toutes ces catégories cohabitent sur le même terrain et parlent aux mêmes militants, c’est normal que l’intoxication aille bon train… les secrétaires généraux ont pris leurs responsabilités et ont suspendu leur motion de grève.

Au cours de l’assemblée générale, il y a eu des divergences au point où certains secrétaires généraux se sont retirés de la salle. Ne craignez-vous pas que votre  mot d’ordre ne soit pas suivi ?

Faites le tour des écoles. Même si tout le monde ne reprend pas jeudi et vendredi, le lundi tout le monde est supposé être en classe. Les militants du Front vont reprendre. Les militants de l’autre organisation qui ont des objectifs autres que syndicaux peuvent continuer. La belle preuve, ils étaient en mouvement avant le Front, des semaines, voire un mois et on n’a rien constaté sur le terrain. Maintenant que le Front a suspendu sa motion, il leur appartient de continuer, à foncer afin que le peuple puisse comprendre aussi qui est-ce que les enseignants suivent parce que le tout n’est pas de rester bon parleur, de menacer. Attendez jeudi et vendredi et on va faire le bilan. Les militants du Front sont des milliers à féliciter, à accueillir cette décision avec grande joie. Cette grande masse silencieuse se réjouit de cette décision-là. Quand les gens disent on va jusqu’au bout, la question qu’on se pose c’est de savoir le bout là c’est où ? On n’est pas encore dans une année blanche et les salaires accusent de retard de deux semaines, lorsqu’on sera en année blanche, imaginez… Quand l’enseignant n’a pas son salaire, on ne ressent pas ça collectivement. C’est individuellement qu’on ressent ça dans sa famille, dans son ménage. Il n’appartient pas au dirigeant de suivre la troupe. Nous avons tracé le chemin et notre troupe constituée des vrais militants du Front, va suivre. Il n’y a rien à faire. Maintenant ceux qui ont des objectifs politiques et électoralistes peuvent continuer encore quelques instants avant d’atterrir aussi à une extrémité honteuse.

Après quatre mois de grève dans le secteur, techniquement, qu’est-ce qui est faisable pour rattraper tous ces retards ?

Les enseignants béninois sont formés dans de très bonnes écoles. Même si dans nos rangs, il y a des brebis galeuses, il faut avouer très sincèrement que ce sont des enseignants qui sont formés dans les règles de l’art. Ils savent ce qu’il faut faire en un temps record pour sauver ce qui peut l’être. C’est vrai qu’on ne pourra pas tout sauver, parce que des apprenants sont déjà allés dans des vices, des apprenants sont déjà allés dans les champs, des apprenants sont allés aussi dans le commerce ; donc la grève a eu un impact certain, il ne faut pas le cacher, ils ont fait à la maison un temps supérieur au temps réglementaire des vacances. Ils viennent de faire douze semaines à la maison, ça ne peut pas ne pas avoir de conséquence. Mais les enseignants sont assez outillés pour colmater les brèches. Il appartient aussi aux parents d’élèves d’accompagner dans ce sens pour qu’on n’en arrive pas à des résultats qui dénotent du ridicule. Ce qui est sûr, les résultats ne seront pas très bons, mais ils ne seront pas non plus minables parce que les collègues savent ce qu’il faut faire pour sauver les meubles.

Depuis la décision de suspension de la grève, vous êtes traités de traîtres par vos camarades. Que vous approche-t-on ?

Avant d’être porte-parole du Front, dans le contexte actuel, on sait qu’on ne suspend pas de grève sans être taxé de traître. Ce n’est pas parce qu’il y a risque de crash d’avion qu’il faut aller à Paris à pied. Ce n’est pas parce qu’on va vous taxer de tous les noms que vous n’allez pas prendre des décisions courageuses et responsables. Nous nous n’avons pas été approchés et nous avons atteint un certain niveau de maturité syndicale pour ne pas descendre à une extrémité si humiliante. Nous sommes responsables à un niveau supérieur d’une grande confédération syndicale. Donc nous n’allons pas vaciller au son des billets. Nous avons posé un acte responsable, nous l’assumons et si cela est à refaire, nous allons le refaire. Dans tous les cas nous avons le sentiment d’avoir fait œuvre utile pour la République et les âmes de ces milliers d’apprenants que nous sauvons des canailles nous accompagneront et à coup sûr, cette tempête va passer et nous allons nous retrouver. Pour ceux qui pensent que nous avons conduit la barque au garage, nous ne leur répondrons pas de si tôt, Dieu ne veut pas la mort du pécheur. Le temps nous donnera raison. Et tous saurons que nous sommes dans un combat syndical.

A quand la levée de votre motion de grève ?

Nous ne saurions le dire. Nous avons suspendu non pas parce que nous avons capitulé, mais parce que nous observons un repli pour mieux sauter. Il appartient au gouvernement de bien analyser cette suspension, parce que les enseignants viennent de montrer leur capacité d’organisation, leur capacité de nuisance aussi. Si le gouvernement pense que nous avons repris les cours et se refuse à satisfaire les revendications minimales à court et à moyen termes, dans tous les cas, avant une prochaine rentrée scolaire, les enseignants vont se fâcher.

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