Sacs au dos et bravant la fraîcheur matinale, écoliers et élèves ont pour la plupart retrouvé, ce mardi 10 avril, le chemin des classes. Mais dans le rang des enseignants, la reprise est partielle. Quelques-uns, nolens volens, ont répondu à l’appel de leurs centrales. Certains étaient absents mais d’autres présents, se sont abstenus de dispenser les cours.

Il y a longtemps que les classes ont été honorées un mardi, comme ce fut le cas hier dans les écoles primaires publiques et les collèges d’enseignement général de Cotonou. Les cours semblent avoir repris timidement. Les écoliers et les élèves étaient assidûment en classe. A l’Epp Adogléta comme à Sègbèya, toutes les classes étaient ouvertes et pleines, preuve de l’impatience des enfants à renouer avec les activités académiques. « Nous sommes longtemps restés à la maison à ne rien faire et nous n’avons pas avancé dans les cours. Moi je veux aller en classe supérieure l’année prochaine », a déclaré la petite Maïmouna Olouchy, écolière au Cm 2 à l’Epp Adogléta. 

La reprise des cours est comme une délivrance pour ces apprenants qui désespéraient déjà. « A cause de la grève, nous avons raté beaucoup de leçons. Qu’allons-nous faire si à l’examen, on nous demande ce qu’on n’a pas vu ? » s’interroge Joyce Tankpinou, écolière au Cm 2. Avec la même inquiétude, son camarade Emmanuel Bobo ajoute : « Les écoliers du privé ont continué et avancé dans les cours pendant que nous étions obligés de rester à la maison. Comment allons-nous nous débrouiller au Cep? ».
Aux Ceg Sègbèya, Akpakpa- Centre, Gbégamey, Zogbo et Le Nokoué, la présence des élèves était tout aussi remarquable. Les classes étaient bondées et animées mais pour la plupart sans enseignant.

Mécontents, ils sont de marbre !

A l’Epp Adogléta, les écoliers du Cm 1 sont restés la demi-matinée sans leur enseignant Crépin Mèvo. Arrivé peu avant la récréation, celui-ci n’a pas hésité à exprimer son insatisfaction. « Ce n’est pas de gaieté de cœur que je suis ici. Nous avons repris certes mais le gouvernement doit jouer sa partition pour égayer le cœur des enseignants. L’Etat doit revoir sa politique de gestion des enseignants », a-t-il martelé.
Pour le directeur du groupe A de l’Epp Adogléta, Florent Adanyossi, la reprise des cours en l’état ne présage rien de bon. Car ce sont les apprenants qui risquent d’en pâtir. « Quelques enseignants ont repris mais rien ne garantit que les cours seront bien donnés. Si l’enseignant est mécontent et fait simplement acte de présence, il peut se contenter de faire copier les cours aux élèves », fait remarquer une enseignante du Ceg Akpakpa-Centre qui a requis l’anonymat. Aux Ceg Zogbo et Le Nokoué, les enseignants étaient quasi absents. « Depuis la semaine dernière, les vacataires ont repris et c’est seulement ceux-là qui arrivent. Les permanents n’ont pas repris et parmi eux, ceux qui sont arrivés aujourd’hui n’ont pas travaillé. C’est du Front que dépendent la plupart des enseignants et le Front n’a pas encore levé sa motion de grève. Pour qu’il y ait reprise effective, c’est le Front qui a le dernier mot », a expliqué le censeur du Ceg Zogbo, Akobodé Kiki.
Le constat est le même au Ceg Akpakpa-Centre où les quelques enseignants venus dispenser les cours sont des vacataires. Bien que présents, les permanents ont préféré poursuivre le débrayage. Une situation qui retarde les collèges dans leur agenda scolaire. « Nous avons du retard dans le chronogramme. Nous devrions avoir commencé le deuxième semestre et les premiers devoirs surveillés du deuxième semestre étaient prévus pour se tenir du 20 au 26 mars. Nous avons fini le premier semestre mais les permanents n’ont ni rendu les feuilles ni communiqué toutes les notes des élèves pour le calcul des moyennes », s’est désolé le censeur du Ceg
Akpakpa Centre, Macaire Lisoussi qui reconnaît la légitimité du combat mené par les enseignants.

L’espoir n’est pas perdu !

En dépit des insatisfactions, certains responsables restent modérés dans leur prise de position. « Nous sommes là, mais notre présence ne signifie pas que nous sommes satisfaits. C’est pour montrer notre bonne foi et parce que nous avons souci des enfants que nous sommes arrivés. La centrale à laquelle je suis affilié n’a pas levé sa motion de grève et pourtant je suis là. Le gouvernement doit prendre en compte nos revendications qui ne visent qu’à améliorer le système scolaire du pays et les conditions des enseignants », a déclaré le directeur du groupe A de l’Epp Adogléta, Florent Adanyossi.
Le directeur du Ceg Gbégamey, Nicolas Hountondji, est tout aussi optimiste quant au dégel progressif de la crise scolaire. « Je crois que d’ici peu les autres centrales reviendront à de meilleurs sentiments. Le dégel n’est plus loin. J’ai l’espoir que tout ira bien et que l’année sera validée. Une année blanche n’arrange personne ; ni gouvernement, ni enseignants, ni élèves ».

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