Sensible au cri de détresse des étudiants, le gouvernement a envisagé un éventuel report de l’entrée en vigueur de la suppression de la gratuité des inscriptions dans les universités publiques. Mais si ce moratoire fait du bien aux étudiants, il n’est pas sans conséquence sur les universités dans leur fonctionnement.

Face à sa volonté de satisfaire la doléance des étudiants de revoir la décision de suppression des frais d’inscription et à l’impératif de doter les universités publiques de moyens substantiels, le gouvernement se trouve dans une situation cornélienne. Les désagréments de la gratuité des inscriptions au niveau des universités doivent amener le gouvernement à faire preuve de prudence dans sa logique d’accorder un moratoire pour la suppression de cette mesure. C’est ce que l’on pourrait être tenté de dire à la suite de la réaction des recteurs des universités nationales après l’annonce d’un probable report de la suppression de la gratuité des inscriptions. Très habitués à gérer le gap entre les besoins des universités et les subventions à elles accordées par l’Etat, les recteurs des universités publiques,s’étant déjà à coup sûr frottés les mains à l’annonce de la fin de la gratuité, n’ont pas hésité à faire savoir leurs inquiétudes au chef de l’Etat, Patrice Talon. A travers leur lettre ouverte en date du jeudi 9 novembre 2017 au président, ils ont reconnu que la décision du report de la suppression de la gratuité des inscriptions dans les universités nationales « donnera certes un peu de répit aux étudiants… ». Et sans aller par quatre chemins, ils ont aussi montré qu’elle «va relancer la problématique du financement des universités publiques en République du Bénin ».
Selon eux, les ressources substantielles issues des inscriptions sont nécessaires pour la qualité de la formation universitaire. C’est grâce à elles que les universités parvenaient, tant bien que mal, à faire face à leurs diverses charges qui ne sont pas des moindres. « Ces ressources déjà insuffisantes aidaient néanmoins nos universités à faire face, vaille que vaille, à leurs charges », souligne la correspondance. On sait que les universités publiques au Bénin manquent d’amphithéâtres, de bibliothèques, de résidences universitaires, d’enseignants mais aussi de moyens de transport des étudiants. On sait aussi que les restaurants universitaires ne parviennent plus, depuis quelques années, à couvrir les besoins alimentaires des apprenants.
Selon les conclusions du séminaire tenu en septembre 2016 à Bohicon sur la mise en œuvre du système Lmd (Licence-Master-Doctorat), les normes recommandent le ratio 25 à 30 étudiants pour un enseignant. Ce qui est loin d’être le cas. Car chaque année, l’effectif des étudiants ne cesse de croître alors que le nombre des enseignants ne suit pas la même tendance à cause des départs à la retraite.

Nécessité d’accompagner les universités

A l’Université d’Abomey-Calavi, les besoins en enseignants ne pourront même pas être comblés avec les 1665 enseignants prévus par le Programme d’action du gouvernement, indique une source proche du rectorat. La massification a rendu caduque, voire inefficace l’initiative du gouvernement Yayi de recruter chaque année 100 enseignants à compter de 2008, signale-t-on. Cette situation de déficit n’est pas un mystère pour le gouvernement. C’est sans doute pour cela que le chef de l’Etat a annoncé la réduction du déficit en enseignants dans le supérieur. Ainsi, sur la période 2016-2021, le régime du Nouveau départ a annoncé, en décembre 2016 lors du lancement du Pag, son ambition de recruter 1665 enseignants, correspondant à 333 enseignants par an. Or, souligne une source proche du rectorat d’Abomey-Calavi, dans le contexte Lmd, la professionnalisation de la formation suppose un meilleur encadrement, donc la disponibilité en nombre suffisant d’enseignants. Une manière de souligner la nécessité de respecter le ratio un enseignant pour 25 ou 30 étudiants.
Toutefois, si le gouvernement tient toujours à son projet de moratoire d’un an sur la suppression de la gratuité, les recteurs n'ont pas manqué d'attirer son attention sur deux réalités. D’une part, leur correspondance au président de la République relève l’insuffisance des subventions de l’Etat. A ce sujet, les recteurs souhaitent que soit augmenté le montant des subventions. Cela permettra «d’améliorer la qualité des formations à travers, entre autres, le recrutement d’enseignants qualifiés, la construction et l’équipement d’infrastructures adaptées, de laboratoires. D’autre part, soulignant l’indisponibilité des subventions liée au retard de leur mise à disposition, les recteurs suggèrent à l’autorité que soient allégées les procédures de mise à disposition des crédits au profit du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique pour leur transfert rapide aux universités.
Dans la perspective d’une libération de la capacité d’innovation des universités pour l’élaboration d’une politique de formation et de recherche, insistent les recteurs, il faudra penser à « la responsabilisation dans le financement et la gestion des activités ». Ce qui doit conduire le Gouvernement, de son côté, à envisager une gestion financière intelligente des universités publiques. Pour ce faire, il devra œuvrer à la mise en place d’un nouveau modèle de gestion efficiente des universités. Toutes choses qui doivent permettre d’assurer de meilleures conditions d’études et de travail sur les campus publics.

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