La communauté internationale a célébré, ce lundi, la Journée mondiale de l'habitat. A l'occasion, l'accent a été mis sur la réduction et la valorisation des déchets dans la construction. Mais la place qui doit être accordée aux matériaux locaux, notamment la terre crue, est encore plus grande.

Dans un contexte de croissance urbaine rapide, où près de la moitié de la population des pays en développement et les trois quarts dans les pays développés vivent et travaillent en villes, la problématique d'abris décents et durables se pose avec acuité. La célébration de la Journée mondiale de l'habitat, le premier lundi du mois d'octobre depuis 1986, offre l'opportunité de s'y pencher.
Pour cette édition, l'accent est mis sur la réduction et la valorisation des déchets. Le secrétaire général de l'Onu, Antonio Guterres, insiste sur le rôle important des villes et des communautés dans la réalisation des objectifs de développement durable. Bien planifiées et intelligemment gérées, les villes peuvent conduire à une croissance inclusive et un développement à faible taux d'émissions, estime-t-il.
Comment construire aujourd'hui pour ne pas hypothéquer l'habitat des prochaines générations? Tel est le défi des sociétés qui doivent œuvrer à garantir l'accès équitable au logement, tout en répondant aux exigences du changement climatique qui met à mal l'environnement. C'est en ce sens que l'appel à la valorisation des déchets sonne comme une invite à un changement d'attitudes pour construire durablement, surtout que la planète subit de plein fouet la pollution inquiétante par l’invasion du plastique et les gaz à effet de serre rejetés. Il est nécessaire d'adopter, entre autres, les technologies de recyclage du plastique pour la construction des habitats respectueux de l'environnement et du bien-être commun. Le projet 3P (Plastique - Projet - Pochettes) qui a permis de créer un centre artisanal de recyclage du plastique à Ouahigouya au Burkina Faso, en est un exemple et peut inspirer. Un projet du genre devrait éclore à Parakou, après sa phase pilote, pour résoudre les problèmes d'insalubrité, de prolifération des sachets plastiques et de chômage. Initié dans le cadre du partenariat entre la municipalité et la ville d'Orléans en France, il vise à transformer les sachets plastiques en pavés autobloquants utilisables dans la construction des maisons, des aires de jeux, des passages pour piétons et des routes. L’essor que devrait avoir le projet est loin d’être atteint ; c'est une aubaine à saisir et à généraliser dans les grandes villes du Bénin.

Retour à la terre crue

En plus de l'utilisation du plastique, l'autre matériau de construction qui s'avère abondant, accessible et efficace à tous points de vue, c'est la terre. Construire en terre aujourd'hui constitue une solution idéale pour un habitat en symbiose avec l'environnement. Une exposition présentée du 10 au 27 septembre dernier à l'Institut français du Bénin à Cotonou, a mis en lumière les traditions séculaires en la matière et leurs avantages pour l'humanité. «La terre longtemps dévalorisée au profit de matériaux "modernes" y a retrouvé toutes ses lettres de noblesse et reconquis le champ de l'architecture contemporaine », fait remarquer
Dominique Gauzin-Müller, spécialiste de l’architecture écologique et commissaire de ladite exposition.
Adobe, torchis, bauge, pisé, briques et autres blocs de terre comprimée sont doctement assemblés pour former des édifices solides et attrayants qui témoignent du savoir-faire entretenu depuis plusieurs millénaires en Afrique. Le Tata somba de l'ingénieux peuple Otamari au Nord du Bénin, cette sorte de forteresse, de château et de grenier, en est une parfaite illustration. Le Pavillon de l'architecture en terre construit au cœur du Musée national
Boubou-Hama à Niamey au Niger, la Bibliothèque scolaire Eskaapi d'Abetenim au Ghana,  le marché central de Koudougou au Burkina Faso, le complexe touristique éco-responsable  Villa Janna "Centre de la terre" dans la Palmeraie de Marrakech au Maroc, attestent d'une exceptionnelle qualité technique et esthétique et surtout de la créativité des concepteurs de ces ouvrages à base de terre crue et pure.
Sur le Vieux continent, en Europe, la construction en terre reste également une tradition vivante. Comme en témoignent la Piscine municipale de Toro en Espagne, le Conservatoire européen des échantillons des sols d'Orléans, le Centre d'interprétation du patrimoine archéologique de Dehlingen en France.
Bien de sites du patrimoine mondial de l'Unesco sont réalisés en terre crue comme Shibam au Yémen, des tronçons de la Grande muraille en Chine, le Palais du Potala au Tibet, la grande Pyramide de la lune au Pérou, Tombouctou au Mali, le Ksar Aït-Ben-Haddou au Maroc, l'Alhambra à Grenade, la maison Munita Gonzalez de Santiago au Chili, etc.
Construire en terre, un matériau dont le transport et la transformation nécessitent peu ou pas d'énergie polluante, est la solution à promouvoir pour préserver l'environnement pour les générations présente et futures.

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