Garantir un univers carcéral plus humain et respectueux des droits élémentaires, tel est le défi que s’emploie à relever l’Agence pénitentiaire du Bénin, à travers des réformes soutenues par des formations et l’acquisition de matériel. Le chef d’escadron Jiles Sèdjro Yèkpè, directeur de ladite agence, entrevoit des perspectives heureuses pour l’administration des maisons d’arrêt.

La Nation : L’Agence pénitentiaire du Bénin (Apb) organise depuis quelques semaines une série de sessions de renforcement de capacités au profit des personnels pénitentiaires. Quel est le but visé ?

Jiles Sèdjro Yèkpè : L’Agence pénitentiaire est entrée dans une dynamique de formation et d’activités diverses qui lui permettent de remplir les missions à elle confiées. Ce qui témoigne que nous disposons d’une planification qui va nous conduire jusqu’à la fin de cette année et même au-delà. Il s’agit pour nous de renforcer les capacités des divers personnels qui travaillent au sein de l’administration pénitentiaire. Il est également question de doter le personnel et les services compétents des outils et moyens nécessaires pour l’accomplissement de leurs tâches quotidiennes.
C’est ainsi que nous avons initié une série de formations qui se déroule actuellement. Nous avons déjà procédé à la formation des infirmiers sur la prise en charge des souffrances psychiatriques, puis les responsables des établissements pénitentiaires ont été sensibilisés, la semaine dernière, sur une partie de leurs compétences à savoir la sécurité en milieu carcéral, avec l’appui du Projet d’appui à l’amélioration de l’accès à la justice et de la reddition de comptes (Paaajrc/ Phase 2). Bientôt, les greffiers, les psychologues et autres agents exécutants bénéficieront également de formations concernant leurs domaines. Il reste beaucoup à faire en matière de mise aux normes de la qualité de l’administration pénitentiaire. Nous y sommes et nous avons espoir que d’ici quelques années, à moyen terme, on aura des résultats palpables.

Quid des droits humains dans les maisons d’arrêt ?

Sous la houlette du garde des Sceaux, ministre de la Justice et de la Législation, l’Agence pénitentiaire s’inscrit dans la vision du gouvernement déclinée dans le Programme d’action du gouvernement. Il va falloir d’ici quelques mois ou quelques années que les personnes privées de liberté puissent jouir de tous leurs droits, tout en purgeant leurs peines. Une personne privée de liberté est quelqu’un qui peut profiter de son séjour pour se repentir, se réaménager et apprendre à devenir meilleur pour retourner dans la société.
L’objectif ultime que nous poursuivons, c’est de faire des établissements pénitentiaires des lieux où s’exercent pleinement les droits, des lieux où les personnes privées de liberté auront tout ce qu’il faut pour être des citoyens utiles à la société dès leur sortie de prison. Et c’est un défi qui incombe à nous tous. Au-delà de nous autres agents travaillant dans les services pénitentiaires, les médias ont un grand rôle à jouer dans la sensibilisation des populations. Le détenu est-il accepté dans la société une fois retourné chez lui après sa peine ? Non. Quand quelqu’un va en prison et sort, tout le monde se méfie de lui ; il est rejeté. Est-ce que cela devrait être le comportement à avoir vis-à-vis d’eux, si nous voulons vraiment qu’ils changent et soient utiles à leur entourage ? Nous travaillons donc à modifier le cliché que nous avons tous d’un ancien détenu. Un détenu est un homme comme tous les autres et nous devons l’aider dans sa réinsertion dans la société.

Nos prisons souffrent du manque de matériel. Qu’est-ce qui est prévu pour pallier cette insuffisance ?

Il y a un ensemble de matériel qui est mis à la disposition des établissements pénitentiaires pour corriger le tir. Et cela va se poursuivre. D’autres équipements commandés seront réceptionnés sous peu et remis aux maisons d’arrêt afin de renforcer leurs capacités techniques. Le plateau technique des infirmeries pénitentiaires sera amélioré. Au niveau des prisons, on ne doit plus continuer à procéder au contrôle des visiteurs de manière archaïque, c’est-à-dire en les palpant, en les touchant n’importe comment. Il y a des appareils qui sont destinés à cela et nous allons les acquérir pour équiper dans un bref délai les établissements pénitentiaires et former le personnel à leur utilisation.

Le financement est-il déjà disponible ?

Suivant le Code des marchés publics, vous savez que s’il n’y a pas de financement, il n’y a pas de commandes à lancer. Les commandes sont faites et bientôt nous disposerons de tout ce matériel pour changer le visage de notre administration pénitentiaire.

Évaluer cet élément
(0 Votes)
Lu 1508 fois