Afin de commémorer le cinquantenaire de l’appel du pape Paul VI à l’Eglise africaine en 1969 à Kampala, l’Ecole d’initiation théologique et pastorale (Eitp) de l’archidiocèse de Cotonou a organisé, samedi 7 septembre dernier, une rencontre d’échanges et de partage sur le christianisme africain. Dénommée matinée d’échanges théologiques, cette rencontre a permis aux hommes de Dieu de passer à la loupe la mission de l’Eglise africaine et celle de ses missionnaires avec comme repère l’appel de Kampala.

« Africains, vous êtes désormais vos propres missionnaires. Vous pouvez et devez avoir un christianisme africain », déclare le pape Paul VI. C’était en juillet 1969 à Kampala lors du lancement officiel du Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (Sceam). 50 ans après, comment cet appel résonne-t-il dans l’Eglise africaine et dans l’esprit de  ses missionnaires ? Quel est le visage actuel de la mission ecclésiale africaine et quels défis se doit-elle de relever ? Pour en débattre, l’Ecole d’initiation théologique et pastorale (Eitp) de l’Archidiocèse de Cotonou a organisé une conférence-débats entre des théologiens et pasteurs sur le thème: « Eglise en Afrique: joies et espoirs, tristesse et angoisses ».
Cette rencontre a été meublée par trois communications et un grand débat. Les communications ont porté sur les enjeux de la communion au sein de l’Eglise et des conférences épiscopales ; les défis et nouveaux visages de la mission en Afrique et la dernière s’articule autour du christianisme africain, l’inculturation et la théologie africaine (risque d’essoufflement ou défis d’un nouveau souffle ?). Cette dernière a été présentée par le père Rodrigue Gbédjinou, directeur de l’Eitp.  
Face à face pour le débat, deux théologiens : le père Edouard Adé, président de l’Université catholique de l’Afrique de l’Ouest (unité du Burkina Faso) et son compatriote béninois, le père Nathanaël Soédé, aumônier des cadres et personnalités politiques du Bénin. Ils ont échangé sur le thème du jour. Pour le père Soédé, le christianisme africain, 50 ans après l’appel du pape Paul VI, est encore à l’étape embryonnaire. Ce que réfute le père Adé, selon qui, le christianisme africain est déjà né et s’illustre par trois signes. Le premier, c’est surtout les martyrs que l’église africaine a donnés à l’église universelle. Le deuxième, c’est que la plupart des églises locales sont entre les mains de pasteurs africains qui développent une pastorale à partir de leur sentier fondamental africain. « Le dernier signe, si nous voyons la liturgie (source et sommet de la vie de l’église) vécue en Afrique, qui peut douter qu’il y a un christianisme qui est à l’œuvre?», se demande l’universitaire. Selon lui, le caractère jubilaire de la liturgie est un signe palpable du christianisme africain même s’il partage l’avis de certains de ses pairs et aînés qui pensent que le prêtre ne doit pas danser sur l’autel surtout quand il est en chasuble. Mais cet exemple de la liturgie ne convainc absolument pas le père Soédé qui estime qu’elle n’a pas été élaborée en collaboration avec les théologiens et pasteurs africains. Pour justifier davantage sa position, l’homme de Dieu donne également l’exemple de l’autonomie de l’église et des programmes de formation (dans les séminaires) qui ne sont pas conçus, dit-il, «par les évêques africains ». Aussi, la plupart des Saints que prient les
Africains sont européens alors que l’Afrique n’en manque pas. Tout cela l’amène à affirmer que le christianisme africain n’est pas une réalité et que l’appel du pape Paul VI n’a pas encore été pris au sérieux par l’Eglise africaine. « Cela nous demande de penser notre foi », lâche-t-il. Les défis de l’Eglise africaine et solutions pour un réel christianisme africain ont été également évoqués par les débatteurs.
Notons que cette conférence a été rehaussée par la présence de l’archevêque de Cotonou, à la retraite, Mgr Antoine Ganyè, et celle de Pasteure Fifamè Houssou Gandonou,
théologienne et membre de l’Eglise protestante méthodiste du Bénin (Epmb).

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