Les débarquements de poissons sur les côtes et rives  béninoises ont sérieusement baissé ces dernières années, et les acteurs de la pêche sont aux abois. Au fond, les pêcheurs marins accusent leurs collègues des eaux continentales d’être, en partie, responsables du pillage des réserves de poissons. Et passées ses années de gloire, la pêche artisanale ne nourrit plus son homme au Bénin.

Avant son départ en mer, le pêcheur ne formule qu’un seul vœu. Que la moisson soit bonne! La veille déjà, il apprête son filet, sa pirogue motorisée, le carburant du voyage aller et retour et les barres de glace devant servir à bien conserver la capture. Le jour du départ, lui et son équipage se ravitaillent en nourriture. Car, le voyage peut durer plusieurs jours. « Pour capturer les bars, par exemple, nous faisons au minimum trois jours en mer», renseigne Dossou D. G. Kwassi, vice-président des pêcheurs de la sous-zone port de pêche de Cotonou. Une fois en mer, et après avoir identifié l’une des potentielles zones de capture, l’équipage mesure la profondeur de l’eau, puis positionne ses filets. Chaque type de filet est déployé en fonction des poissons recherchés.
Au total, huit techniques de pêche sont utilisées pour capturer les poissons. La plus recommandée, est la pêche à la ligne. Celle-ci permet de sélectionner les gros poissons. Mais à en croire le secrétaire général adjoint de l’Union nationale des pêcheurs marins artisans et assimilés du Bénin (Unapemab), très peu de Béninois maitrisent la pêche à la ligne. « C’est plutôt les Ghanéens qui ont la main pour cette technique, et qui pêchent des poissons très recherchés sur le marché tels que les carpes rouges et les mérous », explique Yao Augustin Amoussougbo. En dehors de cela, poursuit-il, il y a le filet à sardinelles, la senne de plage et la senne tournante, le filet maillant de fond à grandes mailles (tohounga, 35 mm), le filet maillant de fond à petites mailles (sovi, 20 mm) et leurs dérivés. Ces différents types de filets ciblent, entre autres, les bars et Ilisha africana.
Au Bénin, le poisson est la première source de protéine dans l'alimentation des populations. En 2016, l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (Fao) a suggéré au pays de ne pas excéder une capture de 15 000 tonnes par an en mer, au risque de mettre en danger la biomasse. Dans le même temps, le besoin national en produits halieutiques est estimé à 120 000 tonnes par an. Aussi, les 125 kilomètres (km) de côtes marines dont dispose le pays, sont couverts par 5070 pêcheurs artisans, selon les statistiques de 2014. Et ces pêcheurs déploient un total de 850 pirogues dont 600 motorisées. La zone qui s’étend du bord de l’océan jusqu’à 9,5km en mer, est exclusivement réservée pour la pêche artisanale, et celle située au-delà est consacrée aussi bien à la pêche industrielle qu’à la pêche artisanale.

Baisse des captures

Les débarquements de poissons ont drastiquement baissé ces dernières années. Tous les pêcheurs s’en plaignent. Selon eux, plusieurs facteurs sont à l’origine de cette situation. Il y a en premier, les changements climatiques qui, rappellent-ils, sont un phénomène planétaire. Ensuite, l’usage récurrent des techniques de pêche illégales, et enfin la surpêche caractérisée par la forte fréquence des embarquements et l’augmentation de la population des pêcheurs. Le même phénomène s’observe au niveau de la pêche continentale. Ces facteurs énumérés sont vérifiés, approuvent des universitaires spécialistes des questions de pêche et d’aquaculture.
Pis encore, cette baisse des captures s’accompagne de la disparition partielle ou totale de certaines espèces de poissons. « Jadis, il y avait les poissons tels que les mâchoirons, les bars bossus et les sardinelles qui constituaient 60 à 80 % des captures que nous sortons de mer. Les bars sont encore là, mais ils viennent périodiquement, les bars bossus ont disparu ; on ne les voit plus sur nos côtes », regrette le secrétaire général adjoint de l’Unapemab. De plus, poursuit-il, « les sardinelles rondes ont disparu et les sardinelles plates ont tendance à disparaitre. Les mâchoirons ont complètement disparu le long de Sèmè-Podji et Cotonou. On ne les retrouve que dans la zone estuaire de Grand-Popo. Même là-bas, ce n’est pas en tout temps que nous les retrouvons. Les ethmaloses (houèvi ou houèkpako) ont complètement disparu ».

L’Etat pointé du doigt

Ils tiennent tous le même discours. « C’est surtout l’absence de l’Etat dans le sous-secteur de la gestion des ressources halieutiques » qui est à l’origine de l’usage des techniques illégales et de la surpêche. Auparavant, raconte Yao Augustin Amoussougbo, il y avait des règles traditionnelles dont le respect permettait de préserver la biomasse. « Des zones et des jours étaient interdits de pêche. Et cela participait au repos biologique des poissons.
Dans les années 60, l’application de ces règles était confiée aux chefferies traditionnelles. On nous disait alors que tel endroit en mer est réservé pour tel ou tel fétiche, et qu’on ne doit pas aller pêcher là-bas». Mais en réalité, poursuit-il, c’étaient « des zones de reproduction des poissons qui étaient constituées comme ça». A l’en croire, les pêcheurs respectaient ces interdits car, ils craignaient de provoquer la colère des fétiches. Mais depuis le « libéralisme que nous avons choisi, et l’introduction des religions à l’emporte-pièce, les gens ont commencé par ne plus craindre ces vodoun qui protégeaient les zones de reproduction des poissons. Donc, ils allaient pêcher dans ces zones, et petit à petit, elles ont été détruites puisque les pêcheurs prélèvent tout, sans exception », déplore Yao Augustin Amoussougbo.
Pour le responsable des pêcheurs, il revient à l’Etat de prendre les mesures qui s’imposent et des les appliquer sans complaisance, afin de préserver les ressources halieutiques nationales. Mais grande a été leur désolation de constater que la loi-cadre sur la pêche n’a été adoptée qu’en 2014 et ses décrets d’application ont été pris des années plus tard. « Pendant longtemps, les gens ont pratiqué la pêche suivant leur conception de la chose, et ont tout détruit. Certains néophytes reconvertis dans la pêche, pensent que c’est Dieu qui donne les poissons ; sans comprendre qu’ils se reproduisent à l’instar des êtres que nous sommes, et qu’ils doivent exister de façon permanente», dénonce ce responsable de l’Unapemab.
Mais là où le bât blesse, selon les pêcheurs, c’est qu’ils disent ne pas comprendre la non application par l’Etat des dispositions de la loi cadre qu’il a lui-même adoptée. Yao Augustin Amoussougbo illustre. « Je voudrais donner l’exemple de la reconversion des pêcheurs continentaux dans la pêche maritime. Ces pêcheurs sont revenus du Nigeria en 2003, et ils utilisent des filets à mailles fines et même des moustiquaires. Ce faisant, ils ramassent tout ce qui est dans l’eau y compris l’aliment des poissons que sont les petites crevettes ». A l’époque, la faîtière des pêcheurs marins a donné de la voix en demandant à l’Etat de siffler la fin de la récréation. Mais, au dire des pêcheurs, ce n’est que cinq ans après qu’un décret a été pris dans ce sens. « Ils ont eu le temps de tout dévaster. Et malgré la loi, ils sont toujours là, à l’œuvre, avec les mêmes techniques; sans être inquiétés», déplorent les pêcheurs.
En ce qui concerne la pêche maritime en particulier, la loi-cadre indique que chaque embarcation déployée en mer doit se faire enregistrer et immatriculer auprès des services compétents de l’Etat. Elle doit être marquée, les filets à bord doivent être contrôlés. Toujours selon la législation, tous les huit jours, aucun pêcheur ne doit aller en mer. Mais pour l’instant, un jour fixe n’a pas encore été retenu pour cette trêve. « C’est maintenant que nous sommes en train de travailler avec la direction des Pêches pour pouvoir retenir un jour interdit de pêche dans la semaine. Nous sommes en train d’envisager le dimanche», souffle le secrétaire général adjoint de l’Union nationale des pêcheurs marins, artisans et assimilés du Bénin. Celui-ci souligne, au passage, que l’Etat béninois est bien au courant des pratiques illégales dans le sous-secteur, à travers les ateliers et autres réunions périodiques ayant rapport à l’aménagement des pêcheries.

Quelle porte de sortie ?

L’unique solution à la baisse des captures est la réduction des pressions sur les ressources halieutiques. En effet, outre l’application rigoureuse des dispositions de la loi-cadre sur la pêche, plusieurs propositions vont dans le sens de la reconversion d’un certain nombre de pêcheurs dans des activités économiques telles que l’aquaculture. Mais dans leur majorité, les pêcheurs font remarquer que cette activité a du mal à prendre son envol. Donc, pas question de s’y engager pour le moment. La reconversion des pêcheurs dans la mariculture est également sur la liste de solutions en études. Yao Augustin
Amoussougbo estime que cette activité peut constituer une bonne piste pour une production considérable de ressources halieutiques. A son avis, la mariculture pourra apporter des solutions aux problèmes d’occupation des pêcheurs et de pénurie de poissons sur le marché local. Les huîtres peuvent être produites au niveau des lagunes côtières. C’est également une activité dans laquelle les pêcheurs peuvent se reconvertir, informe le responsable de l’Union.
Mais pour le moment, et en attendant la concrétisation de toutes ces idées, la mer se dépeuple à une vitesse inestimable. Ce phénomène risque même de mettre des pêcheurs au chômage plus tôt que prévu.

De fascinantes chaînes de valeurs

L’activité de pêche ne nourrit pas que les pêcheurs. Elle a engendré de nombreux autres métiers aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Et ceux-ci en tirent leurs principaux revenus.
Autour de l’activité de pêche, se développent plusieurs métiers. Le plus répandu est le mareyage. Au port de pêche de Cotonou, cette activité est surtout réservée aux femmes. La plupart d’entre elles travaillent en étroite collaboration avec les pêcheurs. Dans cette chaîne de valeurs, l’on retrouve également les écailleuses, qui enlèvent les écailles des poissons et les éviscèrent à la demande des clients. A en croire des écailleuses, cette activité est bien lucrative.
Derrière les pêcheurs, l’on retrouve les fabricants de filets. Sans eux, la pêche au filet ne saurait exister. Selon les explications des pêcheurs, le montage de filets leur revient cher. Pas moins du million, à en croire certains, pour un filet de bonne qualité. Sur place au port de pêche de Cotonou, l’on retrouve ces acteurs de la pêche. Sauf que la majorité est de nationalité ghanéenne. En effet, très peu de Béninois ont la main pour exercer ce métier, et cela contraint les pêcheurs béninois à faire recours à ces étrangers, professionnels de filets.
Dans cette même chaîne, l’on retrouve les fabricants de barque ou pirogue. Là encore, l’expertise est ghanéenne. Toutefois, des Béninois en fabriquent de plus en plus. La plupart d’entre eux sont des menuisiers, a-t-on appris. Les barques fabriquées mesurent entre 4 et 22 mètres de long et leurs prix varient entre 300 000 et 5 000 000 F Cfa. Sur l’eau, les pirogues sont propulsées par des moteurs électriques de diverses catégories. Mais quand ces moteurs tombent en panne, ils sont réparés par des mécaniciens spécialistes en la matière. A l’instar des autres métiers liés à la pêche, la mécanique des moteurs des engins marins occupe une place de choix dans la chaîne des valeurs de la pêche artisanale. Et une fois encore, l’on constatera que les Ghanéens sont les maîtres à jouer en matière de réparation de ces engins. Parfois, il arrive que certains de ces moteurs tombent en panne en mer. Dans ces conditions « nous envoyons un autre moteur pour remplacer celui tombé en panne », explique Ambroise Tchagly, chef mécanicien de moteurs marins au port de pêche de Cotonou. Les pannes constatées dans bien de cas, sont celles de carburateur, d’essence, de piston, de bielle ou de boîte à hélice.
Outres ces métiers, il y a également celui d’aide-pêcheur et de transformateur de poissons de mer en poissons fumés, ou en poissons séchés, fermentés et salés (lanhouin). Tous autant qu’ils sont, ces acteurs de la pêche se plaignent de la baisse des captures qui déteint automatiquement sur leurs activités.

Sous la bénédiction des divinités

Au port de pêche de Cotonou, les pêcheurs ont installé un temple de vodoun sur le site. Dossou D. G. Kwassi, membre du conseil des sages de la communauté des pêcheurs informe que ce couvent a été implanté sur le site depuis plusieurs années déjà. A en croire le conseiller, le vodoun Dan houèyon est le tout premier fétiche qui a été installé en ces lieux. C’est l’œuvre d’un certain Dègnon Edjatcho, natif de Djègbadji.
Par la suite, sept autres divinités ont rejoint le temple. « Il y a les fétiches Adjakanlinmabou Tado, Agoué, Hêviosso, Manlênou, Sakpata, Gou et Mami Wata », détaille-t-il. Chaque année, entre mai et juin, une grande cérémonie est organisée pour implorer la grâce desdites divinités sur l’activité de pêche et les acteurs, principalement les pêcheurs.
A cet effet, le comité des sages fait appel à un consultant de Fâ (appelé Bokonon en langue locale fongbé) afin de connaître les prédictions des divinités sur la nouvelle saison de pêche. A la suite de cela, les pêcheurs font des sacrifices pour non seulement magnifier et remercier les fétiches mais aussi conjurer les mauvais présages que le Fâ aura révélés. C’est au cours de cette même cérémonie que les pêcheurs formulent des vœux (notamment auprès du fétiche Dan) pour la nouvelle année de pêche. « Comme vœu, on peut demander à avoir des espèces et catégories de poissons données, en abondance. Et on les cite… », explique le conseiller.

Ce faisant, apprend-on, ces divinités veillent sur la famille des pêcheurs et sur l’activité aussi. D’un autre côté, les pêcheurs doivent éviter de poser des actes malsains comme tuer ou se munir de talisman ou gri-gri pour aller pêcher. « Si un pêcheur commet un de ces interdits, le fétiche Hêviosso le tuera en mer », martèle Dossou D. G. Kwassi

 

 

 

Benjamin Assoclé, pêcheur au port de Cotonou: « Que le président Talon nous aide à trouver la solution forte »

Il est l’un des doyens des pêcheurs artisanaux au port de Cotonou. Benjamin Assoclé, la soixantaine, se prononce ici sur les causes de la baisse des captures en mer et suggère au chef de l’Etat de s’impliquer personnellement pour mettre fin aux pratiques de pêche illégales au large des côtes béninoises.
 
La Nation : Depuis quand menez-vous l’activité de pêche ?

Benjamin Assoclé : Il y a très longtemps que je mène cette activité. C’est le président Hubert Maga qui était aux affaires quand j'ai commencé.  J’étais déjà pêcheur avant que le président Mathieu Kérékou ne vienne au pouvoir en 1972. C’est mon père qui m’a initié à la pêche et, très jeune, j’ai commencé par aller en mer avec lui jusqu’à ce qu’il décède en 1974.

C’était la belle époque !

Bien sûr ! C’était la belle époque, puisqu’on arrivait à capturer les poissons en grand nombre et sans grandes difficultés. Si vous mettez pieds ici, à l’époque, vous allez rentrer chez vous les bras chargés de diverses espèces de poissons. Ce n’est pas que vous allez les acheter. Nous allons vous les offrir, gratuitement ! Mais aujourd’hui, c’est plus difficile de capturer les poissons. Il faut parcourir une longue distance en mer avant de trouver le moindre poisson. De plus, il y a de ces espèces qui disparaissent. D’autres ont totalement disparu, on ne les trouve plus.
A partir de quel moment avez-vous remarqué la baisse des captures?

C’est quand le bateau de pêche Kelly avait fait son apparition au large des côtes béninoises. Ce bateau avait une pratique de pêche qui lui permettait de ramasser toutes sortes de poissons y compris les alevins, les récifs coralliens et autres abris des poissons. Donc, nous avions protesté. La lutte a été farouche, et nous avions eu gain de cause. Pour moi, c’est Kelly qui a commencé par nous rendre la vie difficile avec sa pratique de pêche prohibée. Après le départ de Kelly, nos frères de Ganvié qui sont normalement des pêcheurs continentaux et non marins, ont commencé par nous envahir en mer. Malheureusement, ils ont aussi une pratique de pêche prohibée. Celle-ci consiste à relier deux pirogues motorisées par un long filet à mailles fines. Les deux pirogues évoluent simultanément et le filet ramasse tout sur son passage. Donc, nos frères de Ganvié sont venus aggraver la situation. On a beau protester, mais rien ! Ils sont toujours là avec leur pratique dangereuse.
Quand j’avais débuté cette activité, nos aînés n’allaient pas en mer pendant le mois de juin. Ils y vont en août et déjà, en septembre, ils prennent une nouvelle pause. Dès octobre, l’activité reprend de plus belle avant qu’une autre trêve n’intervienne en avril. Cette trêve va jusqu’en juin. Et pendant ces périodes de pause, nous négocions avec les bateaux de pêche, et tout le monde arrive à trouver pour son compte. On envoyait même des poissons au village et à nos amis. Malheureusement, il n’y a plus de trêve aujourd’hui pour faciliter la reproduction des ressources halieutiques.

Comme solution à ce problème, ces techniques que vous dénoncez ont été interdites. Mais l’Union des pêcheurs marins dont vous êtes membre estime que cette interdiction n’a duré que le temps d’un feu de paille. Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné, selon vous ?

La corruption gangrène notre secteur d’activité. Nos doléances auprès de l’autorité de tutelle n'ont été prises en compte que pour peu de temps. Il y a trop de corruption dans le secteur. Je pense que c’est ce qui bloque la mise en œuvre de l’arrêté ; et nos frères de Ganvié vaquent paisiblement à leur sale besogne.
Mon souhait est que le président Patrice Talon intervienne dans cette affaire et qu’il nous aide à trouver une solution forte parce que, ni la loi-cadre, ni l’arrêté d’interdiction ne sont mis en application. Et quand on en parle, quand on dénonce, les pêcheurs continentaux s’en prennent à nous. Ils détruisent nos matériels et équipements. Un de nos collègues est décédé dans cette affaire suite à une bagarre en mer. C’était bien avant l’interdiction. C’est d’ailleurs ce problème qui a poussé le ministre à prendre cet arrêté.

Départ en mer des pêcheurs: Les mareyeuses prennent en charge une partie des dépenses, selon Veronica Pognon
Avant son départ en mer, le pêcheur effectue une série de dépenses dont une partie est souvent prise en charge par la mareyeuse. En contrepartie, cette dernière bénéficie de l’exclusivité sur la vente des produits halieutiques débarqués.
 La pêche en mer n’est pas qu’une affaire d’hommes. Elle concerne également les femmes. Même si elles ne vont pas en mer, les mareyeuses contribuent aux dépenses liées à la mise en route des barques. Veronica Pognon est la présidente de l’association des mareyeuses de Cotonou. Elle explique comment se passe la collaboration entre pêcheurs et mareyeuses. «L’activité de pêche fait appel à la pirogue, au filet et au moteur marin qui propulse la barque. L’homme avec qui la mareyeuse s’associe prend en charge les deux tiers et la femme se charge du reste ». Parfois, c’est le contraire. Tout dépend de la capacité financière de chaque acteur. En plus de tout cela, «nous leur achetons de l’essence. Pour le grand moteur marin, par exemple, nous déboursons 60 000, voire 100 000 F Cfa », explique-t-elle.
Les pêcheurs parcourent de longues distances avant d’atteindre une zone cible. De plus, la capture notamment des bars, carpes et dorades peut durer entre trois, cinq et huit jours en mer, ou peut-être plus. « Et quand le pêcheur revient avec sa cargaison, c’est la mareyeuse qui l’a aidé à réunir toutes les composantes, qui achète tous les poissons pour, ensuite, les revendre à ses collègues mareyeuses », éclaire Veronica Pognon. En termes de coût, le kilogramme de bar, de carpe ou de dorade varie entre 3 000 et 3 200 F Cfa, et attention, tout dépend de la saison !
Par ailleurs, le mareyage connait des difficultés propres à cette branche. Entre autres, il y a la réticence des clients à acheter des poissons de mer surgelés et l’absence de chambre froide pour la conservation des produits. En listant ces difficultés, Veronica Pognon ne manque pas de dénoncer les pratiques de pêche illégales auxquelles s’adonnent les ex-pêcheurs continentaux qui se sont reconvertis en pêcheurs marins. Une entorse à la loi qui n’est pas sans répercussion sur le mareyage. Pour elle, les pêcheurs incriminés veulent tout simplement détruire la biomasse marine tel qu’ils l’ont fait au niveau des plans d’eau.
Malgré toutes ces difficultés, la présidente de la faîtière des mareyeuses de Cotonou confie que l’activité est rentable. « Je suis née dedans, j’ai grandi dedans et je la pratique depuis des dizaines d’années. Donc, si elle n’était pas rentable, je me serais déjà reconvertie », a lâché Veronica Pognon.

L’appel aux dirigeants

Revenant sur le dossier lié aux pêcheurs continentaux, Veronica Pognon prie l’Exécutif béninois de réagir aux cris de détresse des acteurs de la pêche maritime. «Je demande au gouvernement de nous aider à mettre fin à l’élan de nos frères de Ganvié. Ce sont nos frères parce que nous sommes tous des tofinou à la seule différence que nous, nous sommes spécialisés en pêche maritime et eux autres, en pêche continentale », déclare-t-elle. D’après la mareyeuse, les ex-pêcheurs continentaux refusent d’utiliser des filets qui répondent aux normes afin que les générations futures puissent également bénéficier des poissons de mer. « Nous autres, nous ne pouvons pas aller pêcher dans les lacs et lagunes. Impossible ! La nature a déjà créé une différence entre nous. Et pourquoi ils viennent nous perturber ici ? », se demande-t-elle. Et une nouvelle fois encore, Veronica Pognon suggère au gouvernement de se déplacer au port de pêche afin de toucher du doigt les réalités de la pêche maritime. « C’est vrai que lorsqu’on voit son frère réussir dans un secteur, on a envie de lui emboîter le pas. Mais quand on entre dans le secteur, on pose les pas que posent ses devanciers. On ne vient pas pour détruire le secteur. Si leurs techniques de pêche doivent demeurer, croyez-moi, il n’y aura plus aucun poisson de mer au large des côtes béninoises d’ici quelques mois», alerte-t-elle.

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