Les agricultrices de l’Atlantique connaissent de jours meilleurs grâce à l’Agence territoriale de développement agricole (Atda) pôle 7 et des partenaires agricoles. Ces acteurs œuvrent  inlassablement pour l’autonomisation des femmes.

Adjohoun-Togoh, à environ 20 km du centre-ville d’Allada. Il faut s’armer de courage pour arpenter le long sentier menant à la ferme où travaillent Sidoine Otchéré, directrice de l’Association pour le futur de l’Afrique (Afa) et ses collaboratrices. Ces femmes doivent leur réputation à la production du maïs et de l’ananas.
Sous le chaud soleil qui dardait ses rayons en cet après-midi du mercredi 3 juillet, elles étaient à pied d’œuvre dans le champ de maïs érigé sur une dizaine d’hectares. Ce champ ne représente qu’une infime partie du grand périmètre qui abrite la ferme de diverses autres productions animales et végétales.
La main-d’œuvre est essentiellement féminine. Dix femmes permanentes et quarante saisonnières y sont mobilisées.Leur chiffre d’affaires évolue en fonction de la motivation et de l’appui dont elles bénéficient  de la part des partenaires agricoles.
Avec l’avènement des Agences territoriales pour le développement agricole (Atda) a sonné l’heure du succès chez elles.
« L’Atda 7 suit l’évolution de nos activités et apporte des appuis techniques pour de meilleurs rendements; ce dont nous nous préoccupions très peu autrefois»,explique, sourire aux lèvres, la directrice de l’Afa. « En 2018, nous avions fait une production d’ananas de 5 hectares. Avec l’apport de l’agence, nous avons atteint 10 hectares cette année», témoigne-t-elle. Leur vision, c’est d’atteindre une production d’au moins 20 hectares en 2021 si elles bénéficiaient d’équipements techniques modernes.
Si les femmes d’Adjohoun-Togoh s’appuient sur la filière maïs pour s’imposer, celles de Houègbo excellent dans la production et la transformation de l’ananas.  Martine Mègnon est la trésorière de la Coopérative Gnonnan. Elle et ses collègues essayent, vaille que vaille, d’asseoir leur notoriété. Elles ont étendu leurs domaines grâce aux appuis de l’Atda 7 au point où certaines d’entre elles sont arrivées à doubler, tripler, quadrupler la superficie de leurs champs, voire plus.
« Nous sommes passées d’un demi-hectare à trois hectares; nous sommes à même de contribuer efficacement aux dépenses de nos ménages aujourd’hui et nos enfants déscolarisés retrouvent le chemin de l’école», illustre fièrement Martine Mègnon. Cela se  ressent également sur l’économie locale.
« En termes de main-d’œuvre, nous nous tournons vers les jeunes sans emploi et cela les soulage », fait savoir la trésorière de la Coopérative Gnonnan.

Difficultés techniques

Tout n’est pas rose dans l’univers de ces femmes. Des difficultés techniques plombent leurs efforts. Elles doivent batailler dur pour accroître leurs revenus, car la pratique est encore manuelle.
« Contrairement aux hommes, nous ne disposons pas de tricycles, de bottes, d’équipements modernes…; l’accès à l’eau est aussi un vrai souci. Nous sommes obligées de recourir aux ouvriers pour nous renforcer dans les champs; cette situation fait baisser nos rendements », déplore Martine Mègnon.
A cela s’ajoutent les coups bas. Elles doivent être sur le qui-vive avant de jouir des fruits de leurs récoltes. « Nos maris ne nous soutiennent pas; les voleurs aussi nous dépossèdent de nos récoltes lorsqu’ils savent qu’un tel champ appartient à une femme », relate la trésorière de la Coopérative Gnonnan qui totalise quatorze années dans le domaine. Ses collègues
Julienne Dossa, Georgette
Houédanou, Solange Adankpétodé, Célestine Djessoukpo… subissent également les mêmes affres.
Les activités programmées en faveur de la filière ananas au niveau de l’Atda 7 pour le premier semestre 2019 ont impacté seulement 16 femmes sur 110 prévues, soit 11,81%. Les raisons sont liées aux difficultés matérielles et financières.
Dans les deux localités, les modes d’accès à la terre s’apparentent au contrat de bail. Les agricultrices de Houègbo sont conscientes qu’elles émergeraient si elles avaient bénéficié de terre en héritage et si elles avaient plus de pouvoir décisionnel. Les mutations en matière de genre ne sont pas encore une réalité dans la localité. Les tabous sociaux ont toujours droit de cité.
« Certains hommes nous découragent en nous expliquant que notre avenir n’est pas dans l’agriculture. A un moment donné, moi j’étais obligée de cultiver en cachette parce que mon mari ne me le permettait pas», confie Célestine Djessoukpo, membre de la coopérative Gnonnan.

Le grain de bonheur

La plupart des femmes membres de la coopérative Gnonnan, tutoient en moyenne sept années dans l’agriculture. Elles peinent cependant à se projeter dans le futur du fait des difficultés et du manque d’accompagnement de leurs conjoints.Heureusement, une bonne volonté à leur chevet : l’Agence territoriale de développement agricole, pôle 7 (Atda 7). Mesure phare du Programme d’action du gouvernement (Pag), les Atda s’inscrivent dans une dynamique nouvelle de promotion des filières agricoles. Elles visent à valoriser les potentialités agricoles à travers des zones relativement homogènes. Le pôle de développement agricole 7 prend en compte l’Ouémé, le Littoral, l’Atlantique et le Mono. Les filières ciblées sont l’ananas, l’aquaculture, la riziculture, le maïs, le manioc, le palmier à huile, le petit élevage.... Les femmes se positionnent sur chacune de ces filières pour les valoriser. L’avènement des Atda les conforte. « La réforme qui a consacré la création de ces agences fait le bonheur de la femme parce que les Carder que ces agences ont remplacés avaient pour vocation de réduire la pauvreté sans vraiment l’anéantir tandis que les Atda ambitionnent de créer de la richesse », explique le point focal genre de l’Atda pôle 7, François Adjallala. De ce fait, toutes les stratégies que l’agence met en œuvre en milieu rural profitent aux femmes productrices, transformatrices et celles qui commercialisent les produits agricoles.
La mission des Atda, c’est d’accroître la productivité et la production. Leurs actions ont des impacts positifs sur la situation des femmes. « L’amélioration des revenus des actrices est nette par rapport au temps du Carder dans la mesure où elles détiennent désormais la technologie », apprécie-t-il.
Nina Dessouassi, chef division surveillance alimentaire et nutritionnelle à la Direction départementale de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche de l’Atlantique (Ddaep), renchérit : « Tout récemment, les Atda ont accompagné les mères des enfants malnutris dans la mise en place des jardins familiaux en vue de les aider à lutter contre la malnutrition ».
Les Atda ne sont pas les seules à faire le bonheur des femmes. D’autres partenaires sont aussi présents sur le terrain. Dans ce cadre, la fondation Konrad Adenauer Stiftung apporte des réponses aux difficultés d’accès des femmes au foncier. Là-dessus, les langues se délient pour apprécier le contenu des formations que la fondation initie en faveur des femmes.

D’autres efforts en appui au Pag

«La fondation Konrad Adenauer ose aborder un sujet tabou au regard des pesanteurs sociologiques ; elle a brisé la glace en nous formant sur des thématiques difficiles dans nos milieux. Nous sommes suffisamment aguerries pour sensibiliser les acteurs », signale Nina Dessouassi, toute émue. Elle poursuit : « Nous notons beaucoup de changements aujourd’hui dans le rang des garants de la tradition grâce aux formations et aux sensibilisations de la fondation; l’octroi et la sécurisation des terres deviennent progressivement une réalité».
Les actions de la fondation  sont perçues comme un gage de réussite du volet agricole du Programme d’action du gouvernement en milieu rural. C’est tout décontracté que le directeur départemental de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche de l’Atlantique, Dognon Hubert Tchoukpéni, évoque la pertinence des initiatives de la fondation: « Leurs actions en matière d’accès des femmes à la terre participent de la réalisation du Pag dans la mesure où les bénéficiaires contribuent largement à la production des filières phares de notre pôle, à savoir l’ananas, les cultures maraîchères et la pisciculture grâce aux notions que la fondation leur donne ». Il poursuit: « Les femmes assurent le relai des formations en matière d’accès à la terre. Elles éveillent les consciences sur le partage de l’héritage foncier ».

Donner plus de moyens aux femmes

En dépit de toutes les diligences et sensibilisations, l’accès des femmes à la terre demeure encore un challenge. « La plupart des terres sont thésaurisées. Nous prenons les dispositions pour sensibiliser les sages et les élus locaux sur la nécessité de libérer la terre au profit des jeunes et des femmes qui représentent la grande proportion du monde rural ; cela permettra d’accroître leur chance d’accéder aux opportunités», relève le point focal genre, François Adjallala, exhortant les femmes à prendre leurs responsabilités.
Les filières ananas et maïs font partie des priorités de développement agricole 2017-2021. Selon le document de synthèse sur les orientations stratégiques agricoles du Bénin 2017-2025, le gouvernement ambitionne d’augmenter le rendement de l’ananas de 60 à 80 tonnes/hectare et de porter le niveau d’exportation vers l’Union européenne à 24 000 tonnes. En ce qui concerne le maïs, le gouvernement compte aussi améliorer le rendement à 1,5 tonne/hectare et augmenter la production du maïs grain à 1 800 000 tonnes. La contribution des femmes à l’atteinte de ces objectifs est immanquable si davantage d’efforts sont consentis à leur égard .

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