Par Maryse ASSOGBADJO

En dépit de la situation sociopolitique nationale, le football fait parler d’une voix unanime les Béninois, depuis la qualification des Ecureuils pour les ¼ de finale de la Coupe d’Afrique des Nations. On a tôt fait de ranger les querelles politiques pour s’unir autour de l’essentiel : le Bénin.

Le Bénin a connu des moments de perturbations politiques nées des législatives du 28 avril dernier à telle enseigne que les messages d’apaisement et de décrispation venant de part et d’autre ont eu de la peine à avoir d’échos. Le calme intervenu au lendemain de ces épisodes cachait bien des non-dits, des rancunes et des grincements de dents que chacun s’employait à digérer à petits coups.
Et puis…, le soir du vendredi 5 juillet, le onze national crée la surprise et déclenche un signal fort d’unité nationale, après sa victoire historique contre les Lions de l’Atlas en huitièmes de finale de la Coupe d’Afrique des Nations.
Une victoire unique, mémorable, réconfortante mais aussi unificatrice pour les fils du Danxomè qui, jusqu’à la veille du coup d’envoi de cette compétition, nourrissaient des élans belliqueux autour de leur destin commun, le Bénin, du fait des mécontentements enregistrés lors des législatives d’avril 2019. Les prouesses des Ecureuils à la Can font délier les langues, apaisent les cœurs et redonnent vie et joie au pays.
Avec les victoires qu’enchaînent les Ecureuils et particulièrement leur qualification pour les ¼ de finale, les couleurs du drapeau national sont redevenues plus que jamais vives au point où les enfants du Bénin divisés hier s’empressent aujourd’hui de revendiquer leur appartenance au pays. En témoigne les nombreux messages de félicitations et de soutien aux Ecureuils. Après la publication du président de la République, Patrice Talon, sur sa page Facebook, ont suivi d’autres provenant de toutes tendances politiques. A travers le cuir rond, les égos se sont apparemment estompés. Qu’à cela ne tienne !
L’honorable Claudine Prudencio ne s’est pas fait prier pour l’exercice. Christelle Houndonougbo, Guy Mitokpè…, sans oublier l’ébullution sur les réseaux sociaux, les affiches qui pullulent aux grands carrefours de la ville et l’euphorie dans tout le pays. La victoire du ‘’Onze national’’ est perçue aux yeux de tous, comme un réconfort  après les épreuves. La qualification des Ecureuils  a rendu à la fois, fou et doux le Bénin. Le pays est envié de par le monde, car beaucoup n’y croyaient pas. La sélection nationale ayant toujours fait piètre figure à la Can. Un nouveau vent souffle désormais sur le pays. Celui de la paix, de la quiétude et de l’unité retrouvée, du moins pour le moment.
Dans le concert des voix qui se font entendre, résonnent également celles des ‘’exilés’’. En l’occurrence, celle de l’ancien maire de Cotonou, Léhady Soglo : « C’est la preuve que l’espoir est permis et que nul  ne sera de trop dans la construction d’une nation libre, démocratique et prospère qui gagne et accomplit de grandes choses », a-t-il laissé sur sa page Facebook. « Ensemble et unis, tout est possible », se convainc-t-il.
Le communiqué de la Fédération béninoise de handisport du Bénin signé de son président, Abdel Rahman Ouorou Baré,  dimanche 7 juillet, se veut plus rassembleur : « Par cette qualification, nos vaillants représentants ont su démontrer et prouver que ce qui nous réunit est plus important que ce sur quoi nous divergeons. Ils nous lancent le message fort que momentanément, la politique peut nous diviser mais heureusement, le sport, notamment le football est là pour nous consolider autour du Bénin ».

Le fruit d’un soutien incontesté

Ce satisfecit, les acteurs avertis du milieu politique le décernent au régime en place, en particulier au président Patrice Talon, qui y a cru et y a mis les moyens, à son ministre des Sports, Oswald Homéky, à la Fédération béninoise de football et à l’encadrement technique. C’est donc à juste titre que le juge spécial de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet), Gilbert Togbonon affirmait déjà au lendemain du premier match de la Can entre le Bénin et le Ghana lors d’une rencontre avec des jeunes :« Tout le monde félicite les Ecureuils aujourd’hui pour leur victoire. Si nous sommes arrivés à ces prouesses, c’est parce que nous avons mis l’accent sur la lutte contre la corruption et l’impunité. Les Ecureuils perçoivent aujourd’hui normalement leurs droits ».
Une mission, des moyens et des hommes, dit-on. Et le régime en place a su jouer sa partition pour que le Bénin se révèle par le sport. On peut tout reprocher au pouvoir en place, mais l’honnêteté intellectuelle oblige à voir en ces résultats de l’équipe nationale, la main forte que la Rupture lui prête pour sonner le réveil du football béninois. Là-dessus, les messages de félicitations venant de tous les bords politiques ne trahissent pas le symbole de l’unité nationale qui est en train d’être refondé.Vivement que cela sonne l’heure de la paix définitive.

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