La mise en œuvre des Objectifs de développement durable ne souffre d’aucune insuffisance au Bénin. Les indicateurs sont bons et tout se déroule suivant une politique bien conduite par le ministère du Plan et du Développement. C’est la perception du Professeur Alastaire Alinsato, directeur général de la Coordination et du suivi des Odd. Dans cette interview, il fait un état des lieux des Odd et précise leurs impacts ainsi que les efforts pour atteindre les résultats escomptés à l’horizon 2030.

La Nation : Qu’est-ce qu’on entend par Objectifs de développement durable ?

Alastaire Alinsato : Les Objectifs de développement durable (Odd) constituent un package d’objectifs et de 169 cibles universels et indivisibles qui visent l’éradication de la pauvreté dans un contexte de croissance inclusive et respectueux de l’environnement. Les Etats membres des Nations Unies doivent y fonder leurs programmes de développement sur les quinze années qui courent à partir du 1er janvier 2016. Ces objectifs prennent en compte les défis majeurs de notre temps dont entre autres, la pauvreté, les inégalités, la prospérité, l’environnement, le climat, la paix, la sécurité, la justice, la gouvernance.

Quel est l’état des lieux des Objectifs de développement durable au Bénin ?

Comme vous le savez, les Objectifs du millénaire pour le développement (Omd) constituent le prolongement des Odd sur plusieurs plans, notamment en ce qui concerne la situation de référence, celle de 2015. Des progrès substantiels mais insuffisants sont à signaler sur le plan de la scolarisation primaire, de l’alimentation et de la nutrition, de l’accès à l’eau potable, de la santé notamment sur la prévalence du VIH Sida. Au-delà de ces domaines, le tableau de base (2015) n’est pas reluisant. Nous savons tous que la pauvreté s’est exacerbée sur ces quinze dernières années, la question du genre reste encore très embryonnaire dans l’action publique, nous avons de grands déficits dans les infrastructures; la croissance inclusive et l’emploi décent restent toujours de vrais défis.
Partant de cet héritage, vous convenez avec moi que le défi des Odd est grand et immense. A partir donc de 2016, le Bénin s’est engagé dans un processus d’appropriation des Odd construit autour de trois axes. Le premier : la priorisation des cibles des Odd ; le second : l’intégration des cibles priorisées dans le cadre de planification et de programmation du développement, notamment le Programme d’action du gouvernement (Pag), le Plan national de développement (Pnd), le Programme de croissance pour le développement durable (Pc2d) et dans toutes les stratégies sectorielles de développement. Le troisième est celui du ''costing'' des Odd et de la mise en place d’une stratégie de plaidoyer et de mobilisation pour le financement des Odd.
Il faut dire que derrière chaque élément stratégique évoqué, se trouve un vrai projet, une initiative concrète du gouvernement. Plusieurs exemples illustrent le caractère concret de tout cet arsenal programmatique. L’engagement du gouvernement quant à l’accès à l’eau potable d’ici 2021 (dix ans plus tôt), la question de la nutrition et du maintien des enfants à l’école avec les cantines scolaires et 51% des écoles enrôlées, le projet Arch sur le volet assurance santé qui se trouve dans sa phase terminale de formulation, etc.
Concrètement, nous pouvons dire que la mise en œuvre des Odd est bien engagée avec une bonne appropriation qui clarifie davantage les actions en cours.

Qu’est-ce qui a été fait et que reste-t-il à faire pour être au rendez-vous de l’atteinte des Odd à l’échéance 2030 ?

Qu’est-ce qui a été fait, je viens de le dire. Le cadre de planification et de programmation du développement est entièrement aligné sur les Odd. Ceci permet au niveau opérationnel de mettre en œuvre des actions et des activités à forts impacts sur les Odd. Ces actions et activités sont portées par le Pag, le Pnd et le Pc2d avec des prolongements dans les stratégies de développement sectoriel.
Il reste cependant beaucoup de choses à faire. La question du financement des Odd, reste un défi important. Le costing, c’est-à-dire le coût de réalisation des Odd indique des besoins humains, financiers, matériels et technologiques très importants. Une dynamique appréciable de mobilisation de ressources est en cours, mais il reste que des efforts additionnels significatifs soient faits et exigés de toutes les parties impliquées dans la mise en œuvre des Odd. C’est à cette fin que s’est engagé le gouvernement qui, sous le leadership du ministre d’Etat Abdoulaye Bio Tchané, travaille à produire un document de plaidoyer et de mobilisation de ressources assorti d’un programme spécial de financement des Odd afin de mobiliser des ressources substantielles à l’accélération des objectifs.
Au-delà de la question de financement, il y a une question non moins importante : celle du suivi et de l’évaluation. Comme vous le savez, qui ne suit rien, ne poursuit rien. Comment pourrions-nous savoir que nous sommes au rendez-vous en 2030, si nous n’avons pas des indicateurs appropriés pour mesurer les progrès. Comment pourrions-nous connaitre la situation réelle sur tel ou tel Odd si nous n’avions pas des données crédibles pour nous renseigner et comment pourrions-nous mieux orienter les politiques publiques si nous n’avions pas d’informations disponibles en temps utiles pour nous éclairer? Telles sont les préoccupations en lien avec les données.
Là aussi, le ministre d’Etat, Abdoulaye BioTchané a donné des orientations claires et sous son leadership, la direction générale de la coordination et du suivi des Odd et l’Insae, travaillent à améliorer le cadre de définition, de collecte, de traitement, d’analyse et de mise à disposition de l’information statistique utile sur les Odd. Les besoins en la matière sont importants.
Les partenaires techniques et financiers ayant vu les ambitions et la méthode mise en place s’empressent déjà pour accompagner le gouvernement sur ce vaste chantier.

Quelles sont les priorités du Bénin en matière d’Objectifs de développement durable ?

Je voudrais préciser que les Odd sont un agenda universel et indivisible. Les pays ne peuvent donc y soustraire des objectifs considérés comme prioritaires. Ce package de 17 objectifs est donc insécable. Cependant, les pays ont la possibilité de prioriser les cibles des Odd, c’est-à-dire de faire ressortir des 169 cibles du package global des Odd, celles qui intéressent le plus le pays au vu de sa condition de développement et des aspirations de ses populations. Ainsi, le Bénin, à l’issue de son processus de priorisation qui du reste a été très inclusif et participatif, a retenu 49 cibles prioritaires (outre les cibles de mise en œuvre) sur les 169 de l’Agenda 2030 des Odd.

Comment les populations du Bénin peuvent-elles apprécier l’impact des actions menées dans le cadre de l’atteinte des Odd ?

Les Odd sont un agenda, dont la mise en œuvre se décline à travers des lois, des politiques, des plans, des programmes, des projets, des actions et des activités. Ils visent l’éradication de la pauvreté dans des conditions d’inclusion sociale et de respect de l’environnement. Les Odd doivent donc concourir à l’amélioration du niveau et des conditions de vie des populations. Si les actions qui sont menées au jour le jour par les différents acteurs et partenaires au développement sont de nature à améliorer leur bien-être, alors les populations ont ainsi la preuve de l’impact des Odd.
Les populations doivent se poser la question de savoir si elles ont une protection sociale, si leurs localités sont desservies en route, eau, électricité et si elles disposent des ressources nécessaires pour y avoir accès. Si elles ont accès à l’école, à la nourriture, aux soins de santé, à un emploi décent, à un cadre de vie sain et durable, si elles sont associées aux décisions et choix publics de leur communauté.Ces éléments ne sont pas exhaustifs, mais permettent d’illustrer quelques paramètres à partir desquels les populations pourraient, de façon concrète, apprécier l’impact des Odd.
De toute façon, sous les orientations du Ministre d’Etat, nous avons développé à la Dgcs-Odd une plateforme d’appréciation ex-ante de l’effet Odd des Plans de Travail annuel de tous les ministères. Ceci représente pour nous un contrôle doux mais coercitif à l’effet de contraindre les acteurs publics en faveur de l’action qui améliore le bien-être des populations?

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