A l’instar de l’audience précédente, le douzième dossier au rôle de la première session criminelle du Tribunal de première instance de Cotonou a porté sur une affaire de viol sur mineure. Les trois mis en cause Angelo Dossoumo, Herman Sèglobo et Enock Toko, coupables des faits, ont pris 20 ans de réclusion criminelle.

Tenir des rapports sexuels avec une mineure, même avec son consentement, est un crime sévèrement puni par le Code pénal. Qu’en serait-il si ce crime était commis sans le consentement de la victime et de surcroit par trois hommes ? Angelo Dossoumo, Herman Sèglobo et Enock Toko ont fait les frais de leur incontinence. Ces trois mis en cause ont en effet abusé d’une fillette. Ils ont pris 20 ans de réclusion criminelle pour cette horreur.

Les faits !

La jeune F. A., âgée de 13 ans, vit au domicile de sa tutrice L. P. qui l’a inscrite dans un salon de coiffure. Pour contrôler les mouvements de la fille, la tutrice a institué un cahier dans lequel sont mentionnées les heures de départ et d’arrivée de la jeune fille. Dans la nuit du 31 mars 2017, alors que F. A. était arrivée à la maison à une heure tardive et que sa tutrice a voulu s’enquérir de la situation auprès de la patronne, F.A. a fugué. S’étant retrouvée dans les environs du collège d’enseignement général Sainte Rita, elle a été abordée par le nommé Angelo Dossoumo qui l’a conduite à son domicile où ses amis Herman Sèglobo, Manaja Affiss et lui, ont tenu des rapports sexuels avec elle. Celle-ci a passé toute la nuit au domicile de Angelo Dossoumo. Le lendemain, soit le 1er avril 2017, le nommé Enoch Toko, ami de Angelo Dossoumo est venu récupérer la jeune fille pour la conduire chez lui à Agontinkon. Après avoir aussi tenu des rapports sexuels avec la victime, Enoch Toko l’a enfermée dans la chambre jusqu’au lundi 3 avril 2017.
Interpellés puis inculpés de viol sur mineure, Angelo Dossoumo, Herman Sèglobo et Enoch Toko ont reconnu les faits à toutes les étapes de la procédure bien qu’ils prétendent ne pas avoir commis les faits en réunion. Et c’est ce qu’ils ont encore soutenu hier à l’audience.

Confrontation

Les trois mis en cause assurent ne pas avoir commis un viol collectif. L’accusé Angelo Dossoumo relate ses rapports avec la victime depuis la première fois qu’il l’a rencontrée. À l’en croire, la victime lui aurait dit que sa marâtre la maltraite. Et ce serait dans le souci de lui venir en aide qu’il s’est lié d’amitié avec elle. Il l’a conduite chez lui et lui a donné à manger. L’accusé voulait faire croire qu’il n’était pas question de sexe au départ. Mais sous les questions acérées de l’avocat de la victime, Me Charlos Agossou, Angelo finit par reconnaitre que ses intentions dès le premier jour étaient de courtiser la fillette. « Pour quelqu’un de votre âge, est-ce normal de voir une si petite fille et d’avoir l’intention de la courtiser ? », interroge l’avocat. « Non ! Je regrette aujourd’hui... Je ne le ferai plus jamais... La prison a détruit ma vie », telles sont les confessions de l’accusé.
A la barre à son tour, l’accusé Herman Sèglobo assure ne pas avoir forcé la jeune fille. Il allègue qu’il ne savait pas qu’il était proscrit d’avoir des rapports sexuels avec une fille de moins de 18 ans. Il soutient aussi ne pas avoir tenu les rapports sexuels en complicité avec les autres accusés. Il déclare même ne pas connaitre Angelo Dossoumo et qu’il aurait rencontré la fille vers minuit dans la rue. Voilà qui devient confus, puisque la fille elle-même dit avoir passé toute la nuit chez Angelo Dossoumo et c’est là que le nommé Herman aurait abusé d’elle. « Je ne peux pas vous mentir. Je suis déjà en tort. Et je ne cherche que clémence », va assurer l’accusé Herman Sèglobo. Il dit regretter d’avoir eu des rapports avec la fillette depuis qu’il s’est rendu compte de la gravité de cet acte.
Le troisième accusé, Enoch Toko dit, quant à lui, avoir rencontré la fille, assise dans une rue, dans la soirée du 1er avril. A l’en croire, la jeune fille lui aurait dit qu’elle est de petite taille mais qu’elle a dix-huit ans. Ce qui l’aurait encouragé. Il nie aussi avoir enfermé la fille chez lui et l’avoir retenue jusqu’au 3 avril. Des propos qu’il n’a pourtant tenus ni à l’enquête préliminaire ni devant le juge instructeur. L’enquête préliminaire fait état de ce que le troisième accusé est allé chercher la fille chez Angelo. Au final, ces trois accusés qui avaient reconnu les faits, et que l’enquête préliminaire a établi comme étant des amis, nient avoir agi ensemble, nient même être informés du forfait des autres et de plus, nient tout lien d’amitié entre eux.

Dénouement

Devant l’horreur collective des trois mis en cause, le ministère public n’a pas hésité à demander 20 ans de réclusion criminelle pour chacun d’eux. Il est clair, selon le représentant de la société, que les trois accusés se sont entendus pour monter des versions individuelles de leurs rapports avec la jeune fille. Le président du Tribunal n’avait d’ailleurs pas manqué de le dire lors des débats: « Vos avocats vous ont dit que si vous avouez avoir commis le viol en réunion, la peine sera plus lourde, n’est-ce-pas ? »,
leur avait-t-il demandé furtivement. Pour le magistrat Antoine Abévi, représentant le ministère public, condamner les trois accusés Angelo Dossoumo, Herman Sèglobo et Enoch Toko à 20 ans de prison, en dépit de la moralité peu rassurante de la victime, n’est que justice rendue à la société. Les conseils des mis en cause notamment Me Jorel do Régo, Me Narcisse Ayobele et Me Roukas Amoussouvi ont plaidé coupable tout en demandant une douce application de la loi au regard du comportement tendancieux de la fillette qui aurait manqué de franchise. La partie civile a quant à elle réclamé 2 millions de francs Cfa pour dommages-intérêts.
Comme l’on pouvait s’en douter au regard de la gravité des faits et de l’allure des débats, le Tribunal, après en avoir délibéré, a déclaré les trois accusés Angelo Dossoumo, Herman Sèglobo et Enock Toko, coupables de viol sur mineure et les a condamnés à vingt ans de réclusion criminelle. Ils ont également été condamnés à verser la somme de deux millions de francs Cfa à la partie civile pour dommages-intérêts. Tel a été le sort des trois mis en cause. En cas d’insatisfaction, ils disposent de quinze jours pour relever appel de cette décision.

Composition du Tribunal

Président : Rodolphe Azo

Assesseurs :

Fortunato Kadjègbin
Cosme Ahoyo
Norbert Kimply
Cyprien Tchibozo

Ministère public : Antoine Abévi

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