Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République du Bénin dans les pays nordiques d’Europe (Danemark, Norvège, Suède, Finlande, Islande) ainsi que dans les pays baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie), Eusèbe Agbangla évoque dans cette interview l’état des relations entre le Bénin et la Norvège. Des relations de coopération naguère en berne qui retrouvent tout un nouveau souffle à travers l’offensive impulsée par le président de la République du Bénin, Patrice Talon, dès son arrivée au pouvoir.

Eusèbe Agbangla : Depuis votre nomination, votre dynamisme a fait renouer les contacts entre le Bénin et la Norvège. Comment se portent aujourd’hui les relations entre les deux pays amis ?

La Nation : Le Royaume de Norvège et la République du Bénin entretiennent des relations diplomatiques depuis 1960. Ces relations ont évolué en dents de scie, avec quelques projets importants dans le passé du secteur privé norvégien au Bénin tels la Société des Ciments (Cimbénin) et l’exploitation du gisement pétrolier béninois par la société norvégienne Saga Petroleum Sa dans les années 80, dont l’expérience a occasionné un froid dans les relations de coopération entre les deux Etats, malgré toutes les tentatives de relance d’un régime à l’autre.
A partir de 2016, une nouvelle offensive impulsée par le président de la République du Bénin, S.E.M. Patrice Talon, dès son arrivée au pouvoir, a permis une première rencontre d’échanges à Oslo les 26 et 27 mai 2016, entre Aurélien Agbénonci, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération et son homologue norvégien sur la nécessité pour les deux pays d’ouvrir une nouvelle page de leur coopération.
Ensuite, une visite de travail sur instruction du chef de l’Etat, d’une délégation gouvernementale conduite toujours par le ministre Agbénonci, et comprenant le ministère de l’Energie, le ministre du Cadre de vie et du Développement durable et le conseiller spécial du président de la République, à Oslo les 27 et 28 avril 2017. La délégation était porteuse d’un message personnel du président de la République au premier ministre norvégien, S.E Mme Erna Solberg, et a saisi l’occasion pour discuter avec le gouvernement norvégien des voies et moyens de dynamiser la coopération bilatérale entre les deux Etats, y compris la question du démantèlement des vestiges des infrastructures pétrolifères polluantes de Sèmè abandonnées par Saga Petroleum, mais surtout pour avoir une rencontre déterminante avec les investisseurs norvégiens membres de la Norwegian African Business Association (Naba), qui interviennent déjà en Afrique, mais pour la plupart dans les pays anglophones d’Afrique. Cette rencontre a permis de mieux les informer sur le Pag 2016-2021, «  le Bénin Révélé », les 45 projets-phares et les réformes économiques profondes mis en chantier par le gouvernement, pour attirer les investissements privés étrangers, en tant que créateurs de richesses et d’emplois. Cette sensibilisation a abouti à la signature d’un Mémorandum d’entente entre le gouvernement béninois et la Naba, afin de faire désormais du Bénin, une destination pour les investisseurs norvégiens et des pays nordiques.
C’est le suivi des différentes conclusions de cette visite de travail par l’Ambassade qui a abouti à la visite officielle du président de la République au Royaume de Norvège, du 7 au 9 novembre 2018, à l’invitation du premier ministre norvégien.
Nous sommes fiers du succès qu’a connu cette visite officielle, grâce à laquelle le Bénin est aujourd’hui un pays partenaire du Royaume de Norvège, avec la possibilité de bénéficier des programmes bilatéraux et multilatéraux, comme l’indiquent les dispositions du Mémorandum d’Entente signé entre les deux Gouvernements à cette occasion. Au lendemain de cette visite, la Norvège a décidé de l’éligibilité du Bénin à son Programme bilatéral « Oil for Development », à l’occasion du Conseil d’administration de ce Programme le 6 décembre 2018.
L’autre retombée de la visite officielle du président de la République en Norvège est la décision des membres de la Naba de tous les pays nordiques d’effectuer une mission de prospection économique et commerciale au Bénin en avril 2019, si tout marche bien, répondant ainsi à l’appel à eux adressé par le président de la République, à l’issue de son intervention à la plénière du 8e Sommet de la Naba.

Justement, les 29 et 30 janvier derniers, l’ambassadeur de la Norvège était au Bénin. Cela témoigne de la vitalité de vos actions sur le terrain et vous annoncez l’arrivée d’une forte délégation d’hommes d’affaires norvégiens au Bénin en ce mois d’avril. Comment se prépare cette visite ?

Permettez-moi de préciser que l’ambassadeur du Royaume de Norvège avait accompagné au Bénin une délégation norvégienne conduite par son secrétaire d’Etat près le ministre des Affaires étrangères, qui était en visite de travail au Bénin le 29 janvier 2019. Cette visite qui se situe dans le cadre du suivi de la visite officielle du président Patrice Talon en Norvège, lui a permis de faire quelques annonces dont la mission du Programme « Oil for Development » au Bénin du 31 mars au 5 avril 2019, la mission au Bénin des membres de la Naba du 2 au 5 avril 2019, dont certains ont déjà fait l’option de s’implanter au Bénin dans différents secteurs, l’ouverture d’un Consulat honoraire formel de la Norvège à Cotonou, ceci pour témoigner de la volonté réciproque du gouvernement norvégien à œuvrer ensemble avec le gouvernement béninois, pour la dynamisation de la coopération entre les deux pays, dans tous les secteurs d’intérêt commun.
S’agissant particulièrement de la mission économique des membres de la Naba au Bénin, les préparatifs se sont bien déroulés, sous la houlette de l’Agence de promotion des Investissements et des Exportations (Apiex), qui pilotent le Comité préparatoire mixte béninois-norvégien. Tout est fin prêt et la délégation norvégienne est déjà présente à Cotonou. Un forum pour un partenariat économique entre le Bénin et la Norvège aura lieu pendant leur séjour.

Mais concrètement, quelles sont les retombées du voyage du chef d’Etat pour les opérateurs économiques béninois et les membres de la Naba (Norwegian african business association) ? Autrement, que peuvent espérer les opérateurs économiques béninois de cette coopération bilatérale entre la Norvège et le Bénin ?

Le président Patrice Talon a été le premier chef d’Etat d’un pays francophone à participer au sommet annuel de la Naba, en qualité d’invité d’honneur, depuis l’institutionnalisation de ce forum par le ministère des Affaires étrangères norvégien, le Fonds norvégien pour les investissements dans les pays en développement (Norfund) et la Naba il y a huit ans, tous les précédents invités étant venus de pays anglophones.
Son adresse à la plénière a mis à l’aise les investisseurs norvégiens et nordiques présents au sommet, sur l’importance des investissements privés comme levier de développement en Afrique, et non pas nécessairement l’aide publique au développement qui a montré ses limites.
Il a balisé le terrain en faisant tomber le mythe du grand risque qui hante les investisseurs norvégiens et des pays nordiques ou des taux de rendement exorbitants qu’ils visent et qui les empêchent de venir investir en Afrique, en les rassurant qu’il existe de nombreuses opportunités d’affaires en Afrique pour le secteur privé, pour y faire profit, créer de la richesse et de l’emploi.
Le président de la République a, dans ce cadre, présenté le Bénin comme un pays–référence en Afrique de l’Ouest, la porte d’entrée des pays de la Cedeao, qui s’étend sur un marché de plus de 300 millions de consommateurs.
Il a exhorté les investisseurs nordiques à prendre le risque d’investir au Bénin pour voir à quel point il est intéressant de le faire, dans l’espoir que dans quelques années le Bénin sera le premier partenaire africain de la Norvège.
Comme portée et impacts recueillis de son adresse, l’on peut retenir : un enthousiasme et une disponibilité des partenaires norvégiens à aller tester l’expérience d’investissement au Bénin ; les échanges commerciaux entre la Norvège et le Bénin sont possibles grâce à des facilités d’accès aux marchés norvégiens en franchise, à 100% d’exemption de droits de douane et de contingentement, offert par la Norvège aux pays en développement dans le cadre du commerce international ; la volonté des membres de la Naba d’avoir des partenaires locaux fiables, pouvant entretenir des rapports d’affaires gagnant-gagnant ; l’existence d’organismes norvégiens de financement des exportations (Giek, Export Credit Norway, Innovation Norway), pour accompagner les investisseurs norvégiens dans leurs partenariats d’affaires avec leurs homologues dans les pays en développement, par des conseils sur les risques et les plans d’affaires, les opportunités dans le pays cible et une contribution à la mobilisation du financement.
Bref, les conditions sont donc réunies pour les investisseurs norvégiens et même nordiques, à aller à l’assaut du Bénin, pays francophone auquel ils ne sont pas habitués, en raison de la barrière linguistique qu’est le français au lieu de l’anglais qu’ils pratiquent.
Par conséquent, il s’agira pour les opérateurs économiques béninois de : se positionner comme des partenaires locaux capables d’accueillir et de composer avec leurs homologues norvégiens et des pays nordiques, pour investir dans les secteurs d’intérêt commun, créer de la richesse et des emplois. Ces secteurs pour la Norvège, ce sont les projets relevant de l’économie bleue, l’énergie, les Tic, l’aquaculture et les pêches, l’agriculture et l’agro-indusrie, le pétrole, le gaz et le tourisme, etc ; de s’investir dans la production à l’exportation des produits tropicaux béninois, en vue de promouvoir les échanges commerciaux entre le Bénin et la Norvège. Et aussi de bénéficier des financements des institutions financières norvégiennes, qui accompagnent les acteurs du secteur privé de la Norvège, dans leur partenariat pour des investissements et des exportations à l'étranger.

Quel est le point de la concession de l'Aéroport de Tourou à une entreprise danoise ?
A quand le démarrage des travaux sur ce chantier ?

Effectivement, un Consortium danois est très intéressé par la gestion de l'Aéroport de Tourou dans la municipalité de Parakou. Il s'agit du Consortium « West Africa Aviation » (Waa).
En effet, après la signature du Mémorandum d'Entente entre ce Consortium danois et le ministre des Infrastructures et des Transports, une délégation du Consortium a effectué en décembre 2018 une mission au Bénin. A leur retour, l'Ambassade a tenu une séance de travail-synthèse avec ces partenaires, afin de s'enquérir du nouveau planning de démarrage effectif de leurs activités. Il convient de rappeler à votre attention que l'ambition du Consortium danois est de démarrer l'exploitation de l'Aéroport de Tourou, après l’avoir conformé aux normes de l'Oaci et aux dispositions réglementaires nationales, développer ensuite des activités touristiques et commerciales en animant un trafic touristique, créer enfin une Académie de l'Aviation, à vocation régionale, pour assurer le renforcement des capacités de gestion des aéroports.
Il ressort de la séance avec le Consortium que pendant leur séjour au Bénin, la délégation a eu des échanges techniques avec les responsables de l’Asecna – Bénin, de l’Agence nationale de l’aviation civile (Anac) et a effectué une visite sur le site de l’Aéroport de Tourou, en présence du ministre des Mines et de l’Eau, assurant l’intérim de son collègue en charge des Transports, du préfet du département du Borgou et du maire de la municipalité de Parakou. Cela leur a permis de se rendre compte des travaux à réaliser pour conformer l’Aéroport de Tourou aux normes internationales.
Sur cette base, le Consortium danois m’a rassuré, à l’attention du gouvernement et des populations béninoises, qu’il pourrait démarrer les travaux de mise en conformité et les activités d’exploitation de l’aéroport de Tourou, de façon progressive, avant la fin du premier semestre 2019.

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