Avec les difficultés d’écoulement des produits de l’anacarde sur le marché mondial, la vente groupée et la transformation sur place s’avèrent nécessaires pour préserver le label et rentabiliser ce secteur. Ainsi, les acteurs pourront éviter le « bradage » des stocks, surtout avec la revue à la baisse du prix plancher de cession des noix pour la présente campagne.

En fixant le prix plancher des noix de cajou à 400 FCfa/kg pour la campagne de commercialisation 2018-2019, le gouvernement entend « préserver les intérêts » des producteurs. Ce prix minimal est nettement en baisse, comparé à celui de la campagne précédente qui était fixé à 650 F CFA. Mais la différence sur le prix du kilo (250 F CFA) par rapport à l’année dernière est énorme ; ce qui pourrait amener ceux qui disposent des stocks, à brader leurs produits s’ils ne comptent pas les garder encore longtemps par devers eux. Plus de 7 500 tonnes de stocks résiduels sont encore dans les magasins des producteurs et acheteurs, à en croire le Conseil des ministres en sa séance du mercredi 6 mars dernier. Ainsi, ceux qui y ont investi pour acheter cher les noix pourront enregistrer un manque à gagner énorme. Mais la décision du gouvernement tiendrait compte des travaux de la Commission permanente d’approvisionnement en facteurs de production, de commercialisation des produits agricoles et du commerce général.
Pour rappel, le gouvernement avait fixé le prix plancher à 650 FCfa/kg contre 500 FCfa/kg proposé par les acteurs l’année dernière, pour promouvoir la filière et « préserver à la fois les intérêts des producteurs, des transformateurs ainsi que des exportateurs ».L’exportation des noix de cajou par voie de terre a été également interdite. A l’arrivée, le rêve s’est transformé en un cauchemar pour nombre d’exportateurs avec le ralentissement de l’écoulement des produits noté sur le marché mondial.
Cette situation est due, entre autres, à la non maîtrise des prix en conformité avec les cours internationaux. Pendant longtemps, ce sont les acheteurs qui décident des cours, les producteurs étant peu ou pas représentés dans les commissions de fixation des prix des produits agricoles et tropicaux. Des exportateurs pirates opèrent en dehors et contre les législations du pays tout comme les commerçants illégaux. A cela, s’ajoute le circuit de commercialisation exagérément long qui pénalise les pauvres producteurs et les exportateurs.

Changer de paradigme

Deuxième culture de rente après le coton, la filière anacarde reste confrontée à de nombreux défis d’organisation, de production et de compétitivité. Une réorganisation des acteurs de la filière, minée par des querelles intestines et des guéguerres de leadership et d’intérêt des acteurs, permettrait de suivre les flux physiques et financiers, de favoriser la pratique de la vente groupée et ainsi de juguler les dysfonctionnements dans l’organisation de la commercialisation et de pallier les exportations frauduleuses et sans contrôle. Les principaux enjeux restent la sauvegarde du label béninois et la transformation des noix en produits consommables.
L’anacarde du Bénin est d’une excellente qualité reconnue au plan mondial avec une valeur marchande KOR moyenne qui varie entre 47 et 49 Ibs. Malheureusement, sur le marché, il s’observe parfois un mélange des produits béninois avec d’autres de qualité inférieure provenant des pays voisins. D’où la nécessité de soutenir et d’accompagner la vente groupée et ce, pour non seulement garantir la qualité des produits, mais aussi assurer la traçabilité, la fiabilité des statistiques et la crédibilité de l’accès aux services financiers et non financiers des acteurs.
Pour ce qui est de la transformation des noix en produits directement consommables, les potentialités offertes ne sont exploitées jusque-là que de façon marginale. Sur plus de 150 000 tonnes de noix brutes produites, moins de 10 000 tonnes sont transformées sur place chaque année. Les unités de transformation des noix à l’échelle industrielle se comptent au bout des doigts. De plus, celles qui fonctionnent, s’accommodent de procédés artisanaux archaïques de décorticage des noix pour produire essentiellement pour le marché domestique et la sous-région.
Le gouvernement a mis un point d’honneur sur la filière de cajou dans le Plan stratégique de développement du secteur agricole (Psdsa 2025) et le Plan national d’investissements agricoles et de sécurité alimentaire et nutritionnelle (Pniasan 2017 – 2021). Il envisage d’augmenter à 300 000 tonnes la production à l’horizon 2021 dont 50 % à transformer sur place.
En attendant, il faut mieux gérer la campagne commerciale commencée ce 7 mars et qui prend fin le 31 octobre prochain, pour faire de l’anacarde un produit générateur de richesse pour les acteurs et l’économie nationale.

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