Depuis l’enfance, elle rêvait de devenir journaliste. Adulte, elle l’accomplit. Non sans difficultés. Maryse Assogbadjo, journaliste au quotidien La Nation est une femme battante. Une vraie.

Jeudi 7 mars. A l’heure de la conférence de rédaction du quotidien de service public, La Nation, c’est Maryse Assogbadjo qui prend les commandes en lieu et place du rédacteur en chef. Entre étonnement, sourire, commentaires et taquineries, ses collègues finissent par se plier pendant que s’installe, royale, dans le box dédié à l’exercice, la jeune dame. Comme si elle s’était préparée à assumer cette surprise, cet honneur que lui fait son supérieur hiérarchique. Journée internationale de la femme oblige, elle assume et assure le traditionnel et quotidien conclave des journalistes. Souriante mais ferme, décisive, à la limite autoritaire sur certaines interventions, elle décroche un stand-ovation à la fin de l’exercice et y répond de son plus beau sourire en guise de remerciements. On pouvait alors voir se dessiner sur ses joues ses deux fossettes à peine voilées par une longue chevelure.
Depuis octobre 2012, les lecteurs du journal de service public ont été habitués à lire au quotidien les écrits de cette dame d’Agonlin qui a fini par s’imposer comme spécialiste des questions touchant aux femmes et au genre. L’enfance, elle en a fait aussi sa priorité, au point de devenir au fil de l’exercice, le point focal de l’Unicef-Bénin. Dans l’univers médiatique béninois où le penchant des femmes bascule le plus vers l’audiovisuel, sinon la télévision, ce pur produit de l’Institut supérieur des métiers de l’audiovisuel (Isma) à Cotonou, titulaire pourtant d’une Licence professionnelle, option Télévision, a préféré suivre les traces de Gisèle Adissoda, Reine Azifan… « Je suis venue à ce métier parce que j’ai fait le choix très tôt, pendant que j’étais encore enfant », confie-t-elle. Et même si au fil de son parcours scolaire, rien ne la prédestinait à embrasser la plume, elle a eu plus tard la chance, « grâce à un parent très proche », de retrouver les sentiers qui conduisent vers ce métier. « Il a cru en moi et m’a donné les moyens d’y arriver. Sans son aide, mon rêve ne serait peut-être jamais réalisé ».
Quand on est parvenu à concrétiser un rêve d’enfance, on ne peut que couvrir son métier d’éloges. Et cela, Maryse sait bien le faire. Pour elle, « le journalisme est un beau métier, à la fois délicat et passionnant ».
Le journaliste, elle le perçoit comme « l’œil du peuple, un témoin privilégié de l’histoire des peuples, un acteur de développement hors du commun ». Il n’a de valeur, laisse-t-elle entendre, « que par les lecteurs qui apprécient sa plume ». Celle qui voulait fuir « les contraintes de la presse écrite » s’y voit coincée, mais s’y adapte. Plus facilement, parce que « timide et réservée ».
Et même si elle s’y plaît bien pour le moment, on pourrait à tout moment la voir sur d’autres chantiers, notamment celui de l’entrepreneuriat, « même si rien n’est urgent pour le moment ».
Féministe sur les bords, elle veut aussi transformer le monde et pour cela, elle écrit, publie, sensibilise, plaide, dénonce. Maryse Assogbadjo n’est pas du genre à se contenter du peu ou à se satisfaire de l’à- peu-près. Même si parfois les lecteurs laissent pleuvoir sur elle des appréciations, sa tête demeure encore bien froide pour admettre qu’il reste du chemin à faire. On comprend alors la peur qu’elle a de ne jamais décevoir ses lecteurs.
« Personnellement, je ne suis pas encore satisfaite de moi-même en dépit des messages d’encouragement et de félicitations dont des lecteurs me gratifient», avoue-t-elle, modeste.

Emotive et très ambitieuse

Pour s’insérer dans son univers, il faut être à la fois honnête et sincère mais aussi bagarreur. Elle a un faible pour les gens intelligents. Insoumise et réactionnaire quand l’envie lui prend, elle reste tout de même assez féminine et maternelle. Elle a l’allure d’une adolescente, pourtant, cette amoureuse des belles fringues est une femme bien bâtie. Quand au bout de dix, douze, quatorze heures de travail acharné entre reportages et rédaction, elle parvient à se départir de ses obligations professionnelles, on pourrait croire que ses longues journées sont finies. Hélas ! C’est à ce moment que la signataire de la plume M. A enfile une autre tunique : celle de « Maman Dona ». Devenant ainsi la mère de famille attentionnée qui n’a d’yeux que pour son époux et ses deux filles, elle se plie en quatre pour répondre à leurs exigences. « Je ne pourrais pas te relire ton texte parce que je dois vite rentrer et aider ma fille pour un devoir », lance-t-elle à un collègue, rabattant à pas pressés et d’un grand bruit la porte d’entrée de la rédaction. Quelques minutes plus tard, après avoir affronté les bruits des mille klaxons et le sempiternel embouteillage qui sépare Cotonou d’Abomey-Calavi, elle ouvrira une autre porte. Celle de son domicile, pour remplir l’autre pan de son cahier des charges de femme au foyer.
Avec son modeste parcours, la fille du regretté Lucien
Assogbadjo et de Jeannette
Ajavon, passionnée de lecture, de musique et des voyages, peut déjà se consoler de quelques distinctions dont un prix de l’Unicef, grâce à un documentaire sur l’allaitement maternel n

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