Il y a 29 ans, le Bénin prenait l’envol du renouveau démocratique à l’hôtel Plm Alédjo à Cotonou. Après ces assises nationales, l’infrastructure ayant abrité les discussions des quatre cent quatre-vingt-treize délégués est dans une profonde agonie. Le pouvoir en place envisage de la ramener à la vie.

L’hôtel Plm Alédjo, ce lieu qui a vu naître la démocratie béninoise en février 1990 se dégrade s’il ne l’est déjà. Sa devanture annonce les couleurs du drame, s’il en est, qui se joue à l’intérieur. Des enfants en pleine distraction font office de concierges dans les locaux qui servaient d’abris aux gardiens à l’entrée. L’environnement est orné par un décor de potagers.
Une fois à l’intérieur, le constat laisse le visiteur pantois. Abandonné à son sort, l’hôtel, du moins la salle de conférence est presque dans l’agonie. L’état délabré de l’infrastructure suscite étonnement et confusion. Les ruches d’abeilles servent de cadenas pour la porte d’accès au hall d’accueil. Difficile de franchir ce seuil tout seul sans l’aide des tenanciers.
Ce piège évité, il faut retenir son souffle pour ne pas inhaler pendant longtemps la poussière et supporter la chaleur que dégagent les documents entassés çà et là au niveau du hall d’accueil. La Commission électorale nationale autonome (Cena) et le Comité d’orientation et de supervision de la Liste électorale permanente informatisée (Cos-Lépi) en ont fait un magasin. Des documents électoraux et autres accessoires jonchent le sol. Ils sont enveloppés de toiles d’araignée et de poussière…« Ces documents ne seront certainement plus utilisés, leur présence nous encombre », lâche l’assistant du directeur général de la Société des patrimoines immobiliers de l’Etat (Sopie), Laurent Eric Kpanou. Il espère qu’après les législatives prochaines, la salle sera dégagée.

Environnement sale et encombré

Ceci n’est que la partie visible de l’iceberg. La salle de conférence, lieu qui a servi de cadre d’échanges aux quatre cent quatre-vingt-treize délégués dont quinze femmes ayant pris part aux assises nationales, souffre de l’indifférence des acteurs
sociopolitiques. Elle est quasiment détruite. Moquette sale et non entretenue, toiture percée, sol retenant des eaux stagnantes dues à la pluie, murs défaits, sièges hors d’usage, le décor ne présente aucune attraction digne du panthéon de la démocratie béninoise. Le podium aussi reçoit son lot de bagages encombrants. Les marques de l’histoire de la démocratie béninoise s’effacent.
La salle de conférence qui a abrité la grand-messe nationale est comparable à une jeune fille née avec une beauté sublime, que tous louangeaient, mais qui, en devenant majeure, perd de son charme et de son superbe du fait de la négligence de ses parents qui n’ont pas su l’entretenir et la valoriser.
Sur place, l’assistant du directeur général de la Sopie, Laurent Eric Kpanou, donne quelques consignes pour débarrasser le podium de son trop plein ‘’d’ordures’’. « Il est vrai que la salle est dans un état piteux, mais nous lui devons du respect compte tenu du rôle qu’elle a joué dans l’histoire de notre pays », reconnait-il.
Il y a 29 ans, nul ne pouvait imaginer le sort actuel de l’hôtel Plm Alédjo. Il brillait de mille feux et était l’un des plus en vue en Afrique, parce que chargé d’histoires et d’inspirations pour d’autres pays africains qui ont emboîté le pas au Bénin sur le chemin de la démocratie. En son sein, le marxisme-léninisme a été englouti.
Si l’accès aux lieux est désormais très strict et surveillé aujourd’hui pour les usagers, les animaux et insectes eux n’ont cependant pas besoin d’une quelconque permission avant de s’installer allègrement, du fait du comportement des hommes.

Espoir

Toutefois, tout n’est pas perdu pour le Plm Alédjo. Une lueur d’espoir se profile pour le ramener de sa descente aux enfers : la Rupture est à son chevet pour favoriser son relooking. Le gouvernement en a fait une priorité dans le volet tourisme et culture de son programme d’action. Un point d’honneur est mis sur sa réhabilitation au regard de son importance historique pour le Bénin et l’Afrique entière. C’est dans ce cadre qu’a été créée la Société des patrimoines immobiliers de l’Etat (Sopie). Aussi, le ministre du Tourisme, de la Culture et des Sports, Oswald Homéky, avait-il déjà effectué un déplacement sur les lieux pour constater l’état de dégradation des infrastructures aux fins des diligences à faire.
L’assistant du directeur général de la Sopie rassure de la bonne foi du gouvernement pour sauver le panthéon de la démocratie béninoise. « Si nous y sommes, c’est parce que l’Etat y a des intérêts et a besoin de nous », soutient-il.
La démocratie béninoise, symbole de paix et d’unité nationale, boucle ses 29 ans ce jeudi 28 février. Devrait-on peut-être espérer que l’hôtel Plm Alédjo, ayant abrité cet évènement majeur dans l’histoire du pays, renaisse de ses cendres, dans le cadre de la célébration des noces de perle du renouveau démocratique en février 2020. L’espoir est permis, notamment pour enseigner à la postérité les fondamentaux de la République.

Propreté et sécurité aux mains des maraîchers

Témoin d’un moment clé de l’histoire du Bénin, le Plm Alédjo n’existe aujourd’hui pratiquement que de nom. Il retrouve une certaine vie grâce aux jardiniers qui y cultivent différentes plantes utiles pour la vie. Le décor saute à l’œil, mais a un intérêt. Même si l’Etat peut amorcer les travaux de réfection à tout moment, l’on se réjouit quelque peu de leur présence sur les lieux. Ils travaillent à rendre l’environnement propre et leur présence dissuade bien des hors-la-loi.
« Il est vrai que le site du Plm Alédjo n’est pas destiné au jardinage, mais faut-il jeter les hommes qui travaillent la terre dehors pour créer encore un autre problème social ? Faudrait-il que le Plm devienne un nid de retranchement des malfrats ? », s’interroge l’assistant du directeur général de la Sopie, Laurent Eric Kpanou. « Il vaut mieux les garder dans la maison pour qu’ils continuent de sécuriser et d’assurer la propreté des lieux ; nous les avons acceptés en attendant que le projet du gouvernement prenne corps», explique-t-il.
Ils sont une trentaine de maraîchers à exercer sur un domaine d’environ seize hectares. Ceux qui se sont installés en couple ont grossi le nombre à cinquante-huit familles.
Yaovi Bossa fait partie des occupants. Il est conscient de ce que vaut le Plm Alédjo et se dit prêt à plier bagage si le gouvernement venait à entériner la réfection des lieux.
« Il fut une période, le Plm Alédjo ressemblait à une forêt. Les usagers étaient sur le qui-vive. Si vous êtes arrivés à vous frayer un passage, c’est à cause de notre présence », témoigne-t-il.
Tania Edah, vendeuse de légumes, reconnait aussi le mérite des lieux. Elle prend progressivement ses dispositions pour éviter un déguerpissement brusque en temps opportun. « Nous savons tous qu’ici c’est un domaine public. A tout moment, on peut nous demander de vider les lieux. Nous ne perdons pas de vue cette réalité », projette-t-elle. Même s’ils en tirent leur gagne-pain, ceux-ci ne semblent pas moins préoccupés du sort de l’hôtel que les politiques.

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