Elle devrait passer pour un épiphénomène, une jeune fille anodine comme la plupart de celles qui ont son âge. Mais, les réseaux sociaux et ses frasques en ont fait un objet de curiosité et de convoitise. Elle est aussi la risée de plus d’un. Insolente, incomprise et insoumise. Clara, comme certains l’appellent, tente de tourner la page des scandales, mais difficile…

Les puristes voudraient certainement qu’on l’interne. Pour les amateurs des scandales et du buzz, elle est le produit idéal du moment. Mais, elle n’a que 20 ans, née à Porto-Novo. Son père, Vivance Carmagnolle à qui elle attribue une nationalité belge est photographe de formation. Sa mère, Julienne est commerçante. Elle a grandi dans la chaleur familiale, adulée par son père qu’elle aimait si tendrement. Clarita Carmagnolle à l’état civil, dit-elle. Toutefois c’est Clara qu’on lui connait, ou mieux, Clara la porto-novienne.
Pour cette rencontre d’un soir, elle avait l’air serein, assez sûre d’elle (c’est ce qui la caractérise le mieux), quoiqu’épuisée, allongée dans un fauteuil, drapée d’une longue robe décolletée. Pour elle, tout aurait été si différent si ses parents n’avaient pas divorcé. En effet, à huit ans, elle devait choisir entre son père et sa mère. « Mon père avait été catégorique. Si je suivais ma mère, je devrais l’oublier ».
Pourtant, elle fit le choix de sa génitrice. Elle pour qui son père « était beaucoup ». Sa mère s’est occupée de tout pour elle, raconte-t-elle. Pas seulement pour elle, mais aussi pour son frère aîné et sa sœur et, par la suite, pour le benjamin de la fratrie de quatre enfants, encore en son sein au moment du divorce.
Puis, une nuit, patatras ! Des voleurs ont visité la boutique de sa mère au marché de Ouando. « On lui a tout volé. Tout ». La commerçante épanouie aura de plus en plus du mal à faire face aux besoins de ses enfants. « Sur le chemin de l’école, je remettais mon petit déjeuner à mon frère. Je pouvais compter sur la générosité de quelques amies envers qui je ne marchandais jamais mon soutien. Je pouvais avoir des faveurs d’autres amis aussi », témoigne-t-elle. Les revenus de la mère se font rares. Les besoins croissent et la nécessité de taper à d’autres portes s’est imposé.
Clara a 14 ans. Elle décide de prendre son destin en main, d’aller au secours des siens. A 15 ans déjà, de nombreux hommes lui couraient après. Les gestes de ces derniers pouvaient l’aider à faire face à certains besoins. A 17 ans, elle perd ce qui tient lieu de vertu chez une jeune fille. Sans soutien ni autorité parentale, elle est livrée à elle-même, s’adonne à une vie libertine. Les études, elle en avait fait ce qu’elle pouvait. Elle a eu le Brevet d’études du premier cycle avant de se lancer dans une formation technique d’où elle sort avec pour tout parchemin, un Certificat d’aptitude professionnelle option G3. « Les études, ce n’est pas vraiment moi. Je ne m’y voyais pas. Je voulais être commerçante, installer un supermarché », confie-t-elle, sans plus de détails.
Au fil des minutes, on découvre une jeune fille insouciante, parfois évasive. Pourtant, elle a des regrets. L’un des plus douloureux souvenirs de sa vie reste le divorce de ses parents. Sa vie aurait été tout autre si cette rupture n’était pas intervenue. Elle en a la certitude et en parle avec rage.

Une vie de frasques

« C’est difficile pour moi de vous dire pourquoi elle est autant dans les frasques ». C’est le témoignage d’un acteur du showbiz béninois sur Clarita Carmagnolle. A la même question, elle répondra avec une insolence assumée que c’est son quotidien. « Cela m’amuse. Je me plais à narguer, mais ce n’est pas ma faute. Tout le monde me juge sans me connaître. Je suis indexée sans raison. Ceux qui portent des jugements ne savent rien de ma vie », assure-t-elle.
Cette vie dont elle parle, c’est celle qu’elle connait depuis le 27 janvier 2018. En décidant de parodier une vidéo camerounaise, et de la publier sur l’application Snapchat, elle était à mille lieux de s’imaginer le tournant que prendra sa vie. Son ignorance de l’impact des réseaux sociaux va lui coûter cher. Elle ne sera pas la première jeune fille à se faire prendre à ce piège. Cependant, ces réseaux vont lui donner une ‘‘notoriété’’ au-delà de toutes attentes. Des copines à elle s’en mêlent. Une bataille de clans de jeunes filles explose. Les vidéos affluent sur facebook et WhatsApp. Insultes, insanités, obscénités… tout y passe. La petite Clara amuse la toile et est au centre des causeries les plus sordides.
L’ampleur des dégâts oblige des membres de sa famille à la soumettre à une correction « sur instigation de mon père que je n’avais plus vu depuis cinq ans », confesse-t-elle. « Si on m’avait fait asseoir pour me parler et me conseiller, j’aurais compris. Je me serais excusée et j’aurais repris ma vie en main. Mais, on m’a giflée, ligotée et filmée à mon corps défendant et on m’a balancée sur les réseaux sociaux. Je suis devenue ce qu’on a voulu que je sois. Un enfant ne s’éduque pas sur facebook et WhatsApp », argumente Clarita pleine de rage. Pour elle, elle a juste saisi cette manière de se propulser au devant de la scène et elle s’en sert comme bon lui semble. « Je ne suis pas prête d’arrêter tant que les gens continueront de me critiquer sans raison. J’apporte juste une réponse à tout ce qui se raconte sans fondement », justifie-t-elle.
Pourtant, à cette correction, sa mère s’est opposée, sans avoir réussi, à convaincre. Les jours qui suivront seront les plus douloureux de son existence. Après trois à quatre jours entre pleurs et lamentations, elle se décide à affronter le regard extérieur, vainement. « Quand je sortais, je n’en pouvais pas. J’étais la risée de tout le monde. J’avais honte. Je devais me cacher ».
Ce qu’elle ne nie pas, c’est ses frasques tous azimuts. « Je l’assume », défend-elle, contemplant le tatouage posé sur son pied gauche. Elle en a dix. Sur son avant-bras droit, elle en a tatoué en langue chinoise, « Dieu est grand ». « Je ne suis pas une star. Je ne me vois pas comme telle… », rectifie-t-elle, pour ensuite exhorter ceux qui usurpent son identité, notamment à des fins commerciales, à arrêter.

Pour le meilleur…

« As-tu un plan pour ta propre vie ? Des rêves, des projets ?» Sa réponse est toute faite. « Je me suis fixée tout au plus une barrière de deux ans pour en finir avec tout ce que je fais actuellement. Je vais changer et prendre ma vie en main. Je peux même dire que j’ai commencé. Je fais mon commerce de vêtements, j’achète des habits que je revends et cela marche bien. Je suis fiancée à un homme que j’aime vraiment. C’est une chance. Je suis amoureuse, mais je ne sais pas combien de temps cela va durer », confie-t-elle, soudainement toute sérieuse.
De la « popularité » héritée des réseaux sociaux, elle compte bien s’en servir aussi. « Elle a de petits contrats avec des entreprises de la place pour des actions de communication », laisse entendre son manager assise à côté d’elle. « Mais nous avons aussi de grands contrats et sous peu, Clara sera sous les feux de la rampe dans divers rôles », poursuit-elle. Le temps pour Clarita d’amuser la galerie avec quelques drôleries avant de se reprendre sur ses projets futurs, notamment son ambition de devenir une commerçante prospère. « J’y tiens parce que c’est un rêve de longue date. J’ai assez de projets que je garde pour moi », dira-t-elle.
Faut-il y voir une nouvelle Clara en gestation ? Difficile de le dire. Toujours est-il que pour le moment, elle jure qu’elle « ne peut pas quitter les réseaux sociaux ». Sans doute parce qu’elle y trouve des gains en nature et en espèces, des dons et surtout des courtisans dont la liste ne cesse de s’allonger. Mais elle les dénonce. « Des hypocrites qui m’insultent en public et reviennent négocier des faveurs en privé  », hurle-t-elle.

Une actrice mal inspirée

En définitive, il faut y voir une actrice fabriquée par les réseaux sociaux et une horde de courtisans mal inspirés qui profitent, entre autres, de la naïveté de la jeune fille. Avec son physique charmant, elle parait bien plus grande que ses 20 ans, sans doute à force d’accumuler les épreuves et pourquoi pas les scandales. Elle en est fan. « J’aime quand on parle de moi. Les Béninois adorent les histoires. Ils aiment parler de la vie des autres et je leur sers ce qu’ils veulent », révèle-t-elle. Des histoires tordues, elle dit en fabriquer au rythme de son inspiration, par exemple, sa prétendue grossesse qu’elle attribue à une rumeur. « Comme certains prétendent encore que j’ai avorté, j’ai allaité, il y a quelques jours, l’enfant à ma sœur et j’ai balancé la photo sur les réseaux sociaux. Depuis, tous ceux qui arguaient que j’ai avorté reviennent me traiter de jeune fille-mère. C’est cela la réalité de notre société », déplore-t-elle. « On me traite de prostituée, mais je n’en suis pas une. Je ne suis pas parfaite, Cependant, j’ai et j’aime ma vie ». Une vie libertine, pour ce qu’elle peint de son quotidien, un contre-exemple pour les autres de son âge. Catholique non fervente, elle dit loger Dieu dans son cœur.
On dira peut-être qu’elle est dans un rôle qu’elle joue bien, du moins pour ceux qui veulent bien la suivre dans ses exhibitions et grossièretés sur les réseaux sociaux. Elle y a d’ailleurs établi son règne et tire par le bout du nez, ses 13.000 followers sur facebook et les 17.000 sympathisants qu’elle draine sur Snapchat.

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