Quels sont les éléments pouvant servir de motifs pour un recul et une prise de conscience face au fonctionnement du marché politique national. Une telle interrogation devrait amener tout citoyen, surtout celui qui est engagé pour le développement du Bénin, à dire «non à la manipulation des populations ! » afin d’exprimer un suffrage utile.

Le tout premier motif est ce qu’il est convenu d’appeler, communément, la transhumance politique. C’est un constat triste de remarquer que beaucoup d’hommes politiques, hier avec l’ancien régime, se retrouvent encore aujourd’hui avec l’actuel et tirent à boulets rouges sur l’ancien ; d’anciens riches, regroupés. C’est heureux qu’il y ait une réforme du système partisan qui réduit le nombre de partis politiques. Mais, vivement que cette réforme arrive à réguler le marché politique national, afin que la transhumance et les marches aléatoires des politiciens soient réduites, voire éliminées dans notre pays. Objectivement, il est donc à estimer que cette réforme introduite par le régime du Nouveau départ est salutaire pour la gestion de notre cité, et cela devrait s’imposer à tous les régimes qui viendront. Il est donc important que l’offre politique, c’est-à-dire les programmes politiques redynamisent cette réforme et promettent de la perpétuer plutôt que de la tuer et faire reculer le pays de 20 ans. Dans un contrat politique où l’accent n’est pas mis sur la poursuite d’une telle réforme, les demandeurs politiques doivent alors dire «non a la manipulation des populations ! » et rejeter l’offre contraire.

Motif d’instabilité du pouvoir politique

Le second motif réside dans l’instabilité ou plutôt dans la durabilité des régimes ou pouvoirs politiques au Bénin. A cet effet, il est capital de rappeler un fait majeur. Il s’agit de la gestion du pouvoir d’Etat par le président Soglo Nicéphore, qui, ma foi, a bien gouverné. Mais, les réalités sociologiques béninoises l’ont empêché de passer plus de temps pour mettre davantage ses atouts et ses ambitions au profit du pays. L’une des principales erreurs qu’il a commises : rappeler, tant que de besoin, les errements de la période révolutionnaire et parfois s’attaquer à la personne du feu président Kérékou Mathieu. Pourtant, au moins les 3/5 des Béninois reconnaissaient ses performances. L’exemple stylisé que j’ai l’habitude de donner, c’est la construction de la route « Vèdoko-Etoile Rouge ». Sans risque de se tromper, cette infrastructure ne me semble pas avoir souffert de dessous de table ; et sa durabilité dans le temps en est une preuve. Sans risque de se tromper, l’amer constat, c’est que le Bénin a regretté le départ de Soglo.
Avec le régime du Nouveau départ, il est vrai que les temps sont devenus plus durs, mais les Béninois doivent absolument éviter que les mêmes causes produisent les mêmes effets.
En effet, en politique, l’impopularité n’est pas toujours synonyme de mauvaise gouvernance, même si une trop importante impopularité devrait amener nos gouvernants à tout changer. Si les faits ne prouvent pas objectivement un pillage systématique des ressources, une remise en cause de la démocratie, des droits de l’homme et des libertés fondamentales, les populations devraient faire le jeu d’un renouvellement de mandat à un régime dont on est sûr, qu’au terme de deux mandats, il impactera positivement et quantitativement le développement du Bénin.
Ce qu’il faut donc rejeter dans l’offre politique, ce sont des actes qui appauvrissent les populations et participent au bâillonnement de leur liberté. Il est évident que tous les électeurs, encore moins toutes les populations ne peuvent jouir du pouvoir politique, mais il faudrait faire en sorte que les proches du pouvoir n’en profitent pas de façon exponentielle pendant que le grand monde manque du minimum. Rien ne justifierait une telle gouvernance des vainqueurs. Car, le concept de vainqueur devrait s’arrêter sur le terrain politique à l’annonce des résultats des élections. Passé ce délai, c’est tout le peuple qui en sort gagnant, puisque les élus travaillent pour lui et non pour une minorité. Les Béninois y compris les gouvernants doivent alors se départir de leur génotype sociologique cultivant l’impatience, la vengeance, le « sans moi, tu ne peux rien », la gourmandise… et avoir le courage de dire non quand il le faut. Cela impose une forte symétrie informationnelle à tous les niveaux, du plus jeune citoyen jusqu’au président de la République.
De ce qui précède, il ressort plusieurs préoccupations. Que doivent faire tout de suite les gouvernants actuels à l’endroit des Béninois à travers leur programme de développer le Bénin ou d’asseoir les bases du développement du Bénin, pour que le peuple leur donne la majorité lors des prochaines législatives en avril 2019 ou lors des présidentielles en 2021 ? Les regroupements politiques suffisent-ils au pouvoir en place pour avoir la majorité à l’Assemblée nationale ? Quel serait le comportement électoral des Béninois en 2021 si l’opposition ou la mouvance avait la majorité à l’Assemblée nationale, et vice-versa ?
Dans tous les cas de figures, si le gouvernement actuel réussit son programme d’actions, trouve les moyens de sa réalisation, et que par ailleurs il améliore le bien-être des Béninois, que son mandat lui soit renouvelé s’il le désire, afin que le Bénin ne retombe pas dans les mêmes travers de 1996. Ce serait catastrophique pour le Bénin où de nouveaux dirigeants seront amenés à revoir toute la superstructure de l’économie et faire reculer encore une fois le pays.
Les électeurs doivent alors faire beaucoup attention au moment opportun ! Ils doivent savoir dire «non à la manipulation des populations ! », «non à la rupture de la rupture ! ». Il est aussi important aux pionniers de la rupture de lâcher du lest dans leur rigueur impulsée depuis 2016. A cet effet, il est plus qu’important de rappeler que la croissance économique endogène est un bon modèle de création de richesse, que la recherche de capitaux externes, en complément, permet de l’amplifier. Ceci permettrait de faire moins de pression sur les Béninois qui refusent, de fait, de se sacrifier totalement pour les générations futures, alors qu’ils ne sont pas outillés pour vérifier l’utilisation des « économies » réalisées actuellement n


Par Godefroy Gaspard GOUDJO

Economiste

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