« Les Aventures de Finagnon» ! Voilà un ouvrage dont se souviendront longtemps encore des générations de Béninois. Une rencontre d’un soir, une histoire banale, le récit d’un écolier exemplaire et assidu résumé en quatre tomes. L’histoire d’une vie…

Un héros, c’est peut-être trop dire, mais il s’y apparente bien. Non pas qu’il ait mené des combats victorieux ou conduit des guerres de résistance, mais il aura été pendant de nombreuses années, l’élève-miroir de milliers d’écoliers béninois. Certains ont eu la chance de le découvrir à travers des excursions ou de le croiser fortuitement. Même s'ils ne savent pas grand-chose de lui, de son histoire, des dessous de ces ouvrages éponymes qui se laissaient lire… C’est pour le faire connaître davantage que nous nous sommes mis sur les traces du fameux Finagnon, l’homme de Sado, le natif d’Avrankou. Le retrouver n’a pas été particulièrement compliqué. Quelques rendez-vous manqués, puis voilà calé le tête-à-tête avec l’homme, dans son Avrankou natal. Pour la cause, il s’est rendu entièrement disponible. Malgré les aléas de la route et le retard accusé, il a tenu à honorer son engagement de nous recevoir.
Finalement à Avrankou, il indique le point de ralliement. Un petit maquis spécialisé dans la sauce graine au poisson fumé et à la pâte faite à base de farine de maïs. Contact appétissant pour un journaliste en quête d’histoire sur le vécu d'un homme : et c’en était parti. A mesure que se vidaient nos plats, l’histoire du livre se laissait conter.
Mais pour en savoir davantage, il a fallu se rendre à Sado, point de départ de l’aventure. « Le petit village d’Avrankou » n’a pas changé. Il porte encore ses hauts palmiers avec un calme légendaire qui traduit la vie telle que relatée par les auteurs de ces livres. Premier point de chute, la résidence de la famille Fassinou. A l’entrée, trône un géant poster de son feu père. C’est là, dans cette demeure qu’un soir, l’aventure a démarré. Le jeune écolier rentre de l’école avec des inspecteurs de l’enseignement qui s’introduisent auprès de son géniteur, enseignant à la retraite. Son fils, meilleur apprenant de son école, venait en effet d’être identifié pour faire partir « d’un projet ».
Ces inspecteurs, confesse Finagnon Parfait Fassinou (son vrai nom), disaient être à la recherche d’un enfant travailleur issu d’une famille modeste pour porter son histoire. Des discussions ce soir-là avec son géniteur, il n’en a plus grand souvenir, mais il se rappelle tout de même qu’il était question de parler du village de Sado, d’écrire des textes sur la vie de la famille, sur lui Finagnon et ses frères et sœurs. « Nous ne savions pas que c’était dans l’intention d’éditer un livre. Après, ils sont revenus, ils m’ont amené à l’Alimentation générale du Bénin (Agb) et ils sont revenus à nouveau revoir mes parents et quelques cadres du village. Ils ont donné des directives à suivre pour rédiger des histoires sur le village. Ils ont ainsi rédigé des minutes sur des histoires sur le village et notre famille », raconte-t-il. Ces minutes, il les conserve encore jalousement dans l’une des chambres de la résidence de son feu père. A cela s’ajoutent une pile de documents soigneusement rangés et des photos prises à diverses occasions. Un petit musée sur ses aventures que le héros exhibe avec fierté. «Ils sont revenus chercher ces minutes et c’est ainsi que l’histoire des livres est partie ». Peu de temps après, les Aventures de Finagnon 3, le premier-né de la série de quatre ouvrages a été édité. Ce premier ouvrage, lui et les siens n’en savaient rien de l'édition. Ils auraient été informés par des connaissances qui sont tombées sur le livre qui faisait l’objet d’enseignement à Lomé au Togo.

La suite de l’aventure…

Mais, « un an après, les mêmes inspecteurs sont revenus me chercher et nous sommes allés à Cotonou où j’ai fait mon baptême de l’air et séjourné là chez mon oncle en vacances. Ils venaient donc me chercher à chaque fois, dans le cadre de la suite du livre ». Cela a permis de rédiger le deuxième tome du livre, à savoir « Les aventures de Finagnon 4 ». Après, selon son récit, cap sur Parakou. C’est là que se dérouleront la plupart des évènements relatés par Finagnon 5, notamment la fête de la Gaani et la découverte d’une bonne partie du septentrion. Mais dans la suite de l’aventure, patatras ! Finagnon Parfait Fassinou tient un discours de dupé. Le dol a eu lieu, selon lui, sur le dernier tome de l’ouvrage, Les aventures de Finagnon 6. Déjà, le livre en lui-même fait très peu de place aux histoires de famille et d’école autour de lui. « Dans la suite Finagnon devrait aller à Paris et à Moscou, mais rien. Je n’ai effectué aucun de ces voyages », révèle-t-il. Comment a-t-il pu alors tenir un discours à Moscou ? « Ils sont restés entre quatre murs pour inventer ces histoires », s’offusque-t-il. « Parfois, je faisais des jours sans voir mon frère et on me disait qu’on était venu le chercher. C’est peut-être tard la nuit ou deux jours après qu’il rentre», appuie Geoffroy Fassinou, un de ses frères ainés.
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, Finagnon Parfait Fassinou n’a jamais utilisé les ouvrages en question durant tout son cursus. « J’étais en cinquième année déjà quand le premier tome est sorti. Ces livres me suivaient alors que je poursuivais mes études», raconte-t-il. Autre élément d’étonnement ou du moins de déception de sa part, c’est que sa photo réelle n’a jamais été utilisée. Sur ce fait, il dit avoir cherché à en savoir davantage auprès des inspecteurs qu’il a eu la chance de rencontrer plus tard, notamment Sébastien Agboton dont les fonctions antérieures ont permis de maintenir le contact avec lui. « J’ai cherché à comprendre pourquoi et il m’a expliqué que s’il mettait les photos réelles, cela devrait coûter assez cher et impliquer des droits ».

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