Le procès de l’affaire des structures illégales de collecte et de placement d’argent dite Icc-Services s’est poursuivi, mercredi 9 janvier dernier, à la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet) avec l’audition de l’inspecteur des Douanes à la retraite et trésorier général du comité mondial de l’Eglise du christianisme céleste, Marcellin Zannou.

Il n’est plus un secret pour personne que les responsables de la structure de collecte et de placement d’argent Icc-Services sont tous de l’Eglise du christianisme céleste (Ecc). Mieux, les fidèles de cette confession religieuse constituaient le grand nombre des clients de cette structure. La Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet) en charge du procès de l’affaire Icc-
Services a convoqué l’inspecteur des Douanes à la retraite et trésorier général du comité mondial de l’Eglise du christianisme céleste, Marcelin Zannou. A la barre, mercredi 9 janvier dernier, en qualité de sachant, ce dernier a dit à la cour de céans ce qu’il sait de cette affaire et surtout des relations de l’Eglise avec Icc-Services.
L’inspecteur des Douanes à la retraite dit ne rien savoir de la création d’Icc-Services. Il dit en avoir entendu pour la première fois sur les ondes de la radio Alléluia Fm, la chaîne de l’Eglise du christianisme céleste, courant 2008. Il l’aurait appris à travers une émission « Dédicace » de la radio qui passe de 6 h à 7 h du matin. Il a constaté que 90 % des dédicaces se faisaient à l’intention d’Icc-Services et de ses responsables dont Guy Akplogan, Emile Tégbénou et Ludovic Pamphile Dohou. Marcellin Zannou, membre du conseil d’administration de cette radio, dit avoir interpellé les animateurs de la radio en vue de mettre fin à cette forme de publicité. Cela lui aurait valu des inimitiés et des adversités au sein de l’église de la part surtout d’Emile Tégbénou, alors directeur départemental Ouémé-
Plateau d’Icc-Services. Mais, il dit avoir tenu ferme en procédant au changement de l’émission. Selon Marcellin Zannou, sa réaction était surtout due au fait qu’il ne connaissait pas la moralité des promoteurs
d’Icc-Services, mais aussi parce que cette activité de placement d’argent à un taux d’intérêt de 160% par trimestre était contraire aux commandements de Dieu qui recomande que l’homme gagnera son pain à la sueur de son front. A la demande d’une fidèle de l’église, Marcellin Zannou, alors directeur régional de la Douane de l’Ouémé-
Plateau, a reçu au début de 2009 à son bureau à Porto-Novo, le sieur Emile Tégbénou. Ils ont à l’occasion aplani leurs divergences. Il a rencontré par la suite le président directeur général d’Icc-Services, Guy
Akplogan, afin de mieux comprendre cette activité de collecte et de placement d’argent. Marcellin Zannou dit lui avoir prodigué de conseils surtout sur le plan de la communication, notamment de ne plus associer les noms des autorités politiques et même de l’église à leur publicité à caractère commercial. Aussi, aurait-il conseillé Guy Akplogan de sortir le placement d’argent de leurs activités, car convaincu que cela ne va pas prospérer longtemps, vu le taux d’intérêt et le mode de fonctionnement consistant à payer les premiers clients avec les fonds déposés par les derniers. Il lui aurait demandé d’arrêter cette activité et de payer les fidèles de l’église qui ont fait des dépôts.

Mésententes à l’interne

En dehors des fidèles, il dit avoir appris que certains trésoriers paroissiens ont aussi déposé clandestinement des fonds de leurs paroisses dans le but de les fructifier et de gagner des bénéfices. Marcellin Zannou aurait invité Guy Akplogan à régler ces situations en instance et à ne plus continuer avec le placement. C’est ainsi que Guy Akplogan l’aurait informé de certains dysfonctionnements au niveau de la structure. Il lui aurait dit, dans le temps, ne plus maîtriser ce qui se passe dans les autres agences. Certains responsables auraient commencé par prendre leur autonomie et ne lui rendraient plus compte. Il serait donc en mesure de payer ses clients d’Abomey-Calavi, mais qu’il n’est pas sûr que les autres agences pouvaient le faire. Marcellin Zannou dit avoir compris en même temps qu’il y a un souci. Il a demandé à feu révérend pasteur Benoît
Agbaossi de les sommer de payer les clients. Une réunion de crise a été convoquée à la plage de Sèmè-Podji pour qu’ils disent comment ils comptent payer les déposants. Cette réunion s’était terminée en queue de poisson puisque les promoteurs, entre eux, ne s’entendaient plus. Pour Marcellin Zannou, cette crise est due au fait que le système est arrivé à saturation puisque des déposants venaient réclamer leurs sous et on a commencé par les tourner en bourrique. Le système en lui-même portait des germes de difficultés. Ce qui contraste un tant soit peu avec la ligne de défense des promoteurs d’Icc-Services qui disent que la crise est due au poisson d’avril lancé le 1er avril 2010 par la radio Wèkè à Sèmè-Podji. Ce canular disait que le chef de l’Etat d’alors invitait les épargnants à aller retirer leurs fonds avant 12 h de ce 1er avril 2010. Toutes les agences Icc-Services auraient été envahies par les clients suite à ce communiqué. Cette situation serait le déclic de la crise à Icc-Services qui n’aurait aucune difficulté de trésorerie auparavant. Ce n’est pas vrai, soutient le haut dignitaire de l’Eglise du christianisme céleste qui pense que le début de l’essoufflement du système datait de 2009.
Cette version des faits n’a pas été admise par les accusés dont Ludovic Pamphile Dohou qui se dit surpris de certaines déclarations de l’inspecteur des douanes à la retraite. Selon lui, Icc-Services avait l’onction de l’église et surtout feu révérend pasteur Benoît Agbaossi qui a d’ailleurs coupé le ruban symbolique lors du lancement des activités de la structure. Mieux, il leur donnait des instructions pour aller faire des dons et des actions à l’endroit des fidèles de l’Ecc.
Pour Marcellin Zannou, si effectivement feu pasteur Benoît Agbaossi a coupé le ruban, cela est un facteur de communication déterminant. Cela peut rassurer les fidèles à aller déposer leurs fonds. Mais il précise n’avoir jamais entendu parler d’Icc-Services du vivant de la haute autorité religieuse avant la réunion de crise à la plage de Djeffa. Mieux, il soutient n’avoir jamais déposé de l’argent à Icc-Services ni en son nom propre ni sous un prête-nom. Il a été amené à faire cette clarification suite à une question de Me Gustave Anani Kassa, avocat du collectif des victimes, qui dit avoir appris par dame rumeur qu’il aurait retiré, à la veille de la crise, ses fonds dans des sacs de jute et s’élevant à plusieurs millions F Cfa.
A la suite de Marcellin Zannou, la cour a poursuivi l’audition des anciens chefs d’agences des banques à Porto-Novo où Emile Tégbénou a ouvert des comptes en son nom propre comme au nom de sa Société nouvelle alliance du Bénin (Snab). Il s’agissait pour ces banques d’édifier la cour sur les mouvements de comptes de l’accusé qui dit faire des opérations allant jusqu’à plus de 500 millions F Cfa. La cour voudrait non seulement vérifier toutes ces déclarations, mais aussi voir si les banques ont bien appliqué la loi n°2006-14 du 31 octobre 2006 portant lutte contre le blanchiment de capitaux en République du Bénin. Un texte obligeant les banques à alerter la Cellule nationale de traitement des informations financières (Centif) de toute opération suspecte à partir de 50 millions F Cfa pour un client habituel et 10 millions F Cfa pour un client occasionnel. L’objectif ici, souligne le président de la cour de céans, Edouard Cyriaque Dossa, est de pouvoir situer les responsabilités. L’avocat général Gilbert Ulrich Togbonon a été plus précis. Il menace d’engager des poursuites pénales contre les banques qui n’auraient pas fait ces déclarations d’alerte à la Centif au cas où les vérifications se seraient avérées. Les relevés de comptes et autres documents produits mercredi dernier par les banques présentes ont été jugés non convaincants tant par la cour de céans que par des avocats. Edouard Cyriaque Dossa a invité ces anciens chefs d’agences à revenir lundi 14 janvier prochain avec d’autres documents devant renseigner avec précision sur la traçabilité des mouvements de comptes d’Emile Tégbénou et de la Snab.


L’ex-ministre Idriss Daouda hospitalisé

L’ex-ministre de l’Economie et des Finances, Idriss Daouda, aux affaires lors de l’éclatement de l’affaire Icc-Services a fini par faire signe de vie. La convocation du procureur spécial près la Criet, Gilbert Ulrih Togbonon, a fini par lui parvenir. L’ancien argentier national serait malade et hospitalisé en France depuis trois mois. C’est pourquoi, la convocation ne lui est pas vite parvenue. L’information a été apportée à la cour, mercredi dernier, par Me Saïd Agbantou, avocat d’Idriss Daouda. Mais les raisons évoquées ne paraissent pas suffisamment convaincantes pour la cour qui demande à l’ancien ministre de l’Economie et des Finances de lui envoyer les preuves de son indisponibilité pour raisons de santé. Ces preuves seront mises dans le dossier de l’affaire en jugement. Idriss Daouda était attendu à la barre pour donner sa part de vérité par rapport à la gestion qu’il a faite de l’affaire Icc-Services. Car, l’ex-coordonnateur de la Cellule de surveillance des structures financières décentralisées, Grégoire Cocou Ahizimè, faisant partie des accusés, dit lui avoir envoyé en 2009 plus d’une dizaine de fiches sur le dossier avec des propositions allant dans le sens de la fermeture de cette structure illégale de collecte et de placement d’argent ou de poursuites pénales contre ses promoteurs. Mais, ces fiches seraient restées sans suite.

Évaluer cet élément
(0 Votes)
Lu 1721 fois