Chargé de mission du président de la République, le ministre d’Etat honoraire Zul-Kifl Salami a échangé avec la presse, vendredi 4 janvier dernier à Cotonou, au sujet des investissements des Fonds arabes au Bénin. Un regain d’activités de ces institutions financières sera noté cette année au Bénin, a-t-il annoncé, du fait de la crédibilité et du renforcement de l’image du Bénin à l’international. Dans cet entretien, il parle de la nouvelle dynamique de la coopération du Bénin avec les bailleurs de fonds arabes, des facteurs de ce regain d’intérêt ainsi que des perspectives en matière de retombées pour le financement des projets portés par le gouvernement.

La Nation : Comment se porte la coopération du Bénin avec les institutions financières arabes ?

Zul-Kifl Salami : Notre coopération avec les institutions financières arabes se porte bien, se porte encore mieux avec l’accélération des décaissements pour des projets existants. Et, en 2019, nous allons assister à un regain d’activités des Fonds arabes dans notre pays en termes d’évaluation de nouveaux projets, d’approbation de financement et de signature d’accords de financement. Le chef de l’Etat impulse une nouvelle dynamique à la coopération entre le Bénin et les Fonds arabes qui constituent des partenaires de choix pour le développement de notre pays.

Qu’est-ce qui explique ce regain d’intérêt ?

Il faut noter un renforcement de l’image et de la crédibilité de notre pays auprès des Fonds et banques arabes. Je vais l’illustrer par deux événements qui sont intervenus en novembre et décembre 2018, à savoir deux invitations qui ont été faites au Bénin, à travers ma personne, pour prendre part à deux fora. Le premier, c’est le Forum arabo-africain de promotion de l’investissement et du commerce. Il s’est tenu les 22 et 23 novembre 2018 à Addis-Abeba. Le second porte sur le rôle des Fonds arabes dans la promotion des Objectifs de développement durable (Odd) et a eu lieu à Khartoum, les 5 et 6 décembre 2018 avec la Banque mondiale. J’en parle, parce que j’ai eu le privilège, et c’est le Bénin qui était à l’honneur, de présider le premier forum qui a enregistré la participation des sommités des finances au niveau des pays arabes ainsi que le second qui s’est déroulé en coopération avec la Banque mondiale. Ce n’est donc pas le fait du hasard si le Bénin a été désigné pour assurer la conduite de ces événements, tout simplement parce que notre pays a du crédit, notre pays a une image renforcée au niveau des bailleurs de fonds internationaux, particulièrement les Fonds arabes.
Ensuite, notre crédibilité est renforcée à travers des résultats du Programme d’actions du gouvernement ‘’Le Bénin révélé’’ et des efforts extraordinaires sont fournis pour la restructuration de l’économie. Le Fonds monétaire international (Fmi), à travers sa troisième revue, a donné satisfecit à notre pays et cela a conduit au décaissement de 22 millions de dollars au titre de la Facilité élargie de crédit. Standard & Poor's, l’une des trois agences internationales de notation financière, a donné à notre pays la notation B+ stable. La Banque mondiale a surclassé notre pays par rapport aux années passées parce que l’environnement des affaires s’améliore.
Quelles sont les retombées de ce renforcement de l’image en termes de mobilisation de ressources pour le pays ?

On assiste à une accélération des décaissements des projets en cours d’exécution. Cette accélération vaut son pesant d’or parce qu’un projet a beau être financé, mais si les décaissements ne suivent pas, le projet ne portera pas l’impact qui lui est assigné au moment de l’évaluation. Le Bénin a bénéficié récemment d’un décaissement de 2,5 milliards F Cfa de la part du Fonds saoudien de développement, au titre de la clôture du Projet de lutte contre l’érosion côtière. La Banque arabe pour le développement économique en Afrique (Badea) lui a emboîté le pas en décaissant de manière accélérée 490 millions pour le même projet. Cette banque, il y a quelques semaines, a décaissé 1,7 milliard pour le projet de microfinance aux plus démunis. Nous attendons dans un avenir très proche le décaissement de 3,6 milliards par le Fonds koweitien de développement. Cette accélération des décaissements est un indicateur très significatif du renforcement de l’image du Bénin auprès de ces institutions. Car, c’est une manière d’accompagner le Programme d’actions du gouvernement, d’accompagner les investissements qui sont en cours de réalisation.
A cela, il faut ajouter que l’hôpital de Savè, financé par le Fonds saoudien de développement à hauteur de 5,4 milliards, a été relancé. En principe, d’ici à la fin de l’année, on aura le plaisir d’assister à l’inauguration de cet ouvrage sanitaire. L’hôpital de Savè vient à la suite de l’Université agricole de Kétou qui a été financée par le même Fonds saoudien à hauteur de 4,5 milliards et dont l’inauguration a eu lieu l’année dernière avec une forte délégation arrivée de Ryad. Ces éléments montrent à l’évidence que nous avons le vent en poupe vis-à-vis des Fonds arabes.
Le Fonds de l’Opep pour le développement international (Ofid) a signé avec le Bénin tout récemment un accord de 13 milliards F Cfa au titre du bouclage du financement du projet de construction de la route Malanville - Kandi - Beroubouay. Une route dont les travaux sont financés en partie par la Banque islamique de développement (Bid).
Ces résultats doivent être entretenus par le gouvernement dans la poursuite des réformes structurelles, dans la poursuite de la bonne gouvernance et le leadership exemplaire du chef de l’Etat auquel nous assistons et qui est magnifié par la communauté internationale.

Comment tirer davantage profit de cette crédibilité dont jouit le Bénin ?

Mon rôle, comme bien d’autres collègues, est d’assurer le marketing du Bénin à travers ses résultats tangibles. Et ce marketing permet précisément d’attirer davantage l’attention des partenaires arabes sur notre pays et les inviter à investir, à soutenir le Programme d’actions du gouvernement.
A ce sujet, nous avons déjà placé auprès de la Badea, du Fonds saoudien, du Fonds koweitien de développement, un certain nombre de projets phares, notamment le Projet d’accès durable et sécurisé à l’énergie électrique (Padsbee 2019-2025) d’un montant de 1150 milliards F Cfa qui sera réalisé par phase, le grand projet du secteur éducatif que constituent l’Université nationale d’agriculture de Kétou et l’Université des sciences, technologies, ingénierie et mathématiques d’Abomey pour un coût global de 341 milliards.

Le projet de construction de logements sociaux appuyé par d’autres bailleurs sera également pris en compte par les missions qui arriveront. L’autre projet qui a un impact réel sur les populations, c’est la microfinance. Le président de la Badea, Dr Sidi Ould Tah, lorsqu’il est arrivé au Bénin, a rendu visite aux femmes qui bénéficient des microcrédits. Très content et très satisfait des résultats, il a dit qu’il est prêt à donner Badea 3 après le Badea 2 qui est en cours. La mission qui arrivera bientôt collectera des informations sur les résultats et les performances de la phase 2 et engagera la procédure pour l’octroi d’un financement pour la phase 3. C’est dire qu’il y a beaucoup de choses qui se mettront en place au titre de l'année 2019. Tout le Bénin était en chantier en 2018, mais il le sera encore plus en 2019. Et, comme l’a dit le chef de l’Etat, l'on doit se mettre au travail. Car, le tout n’est pas d’avoir le financement. Il est important que les projets soient exécutés suivant les règles de l’art et de manière accélérée. Car, le meilleur avocat vis-à-vis des bailleurs de fonds d’un pays, c’est essentiellement l’accélération de l’exécution des projets. La vocation d’une institution financière internationale, notamment les Fonds arabes, ce n’est pas de donner de l’argent, mais créer l’impact sur les populations, assurer le développement des pays. Dès cet instant, un pays qui s’outille pour aller à pas accélérés dans l’exécution des projets, a toutes les chances de mobiliser davantage de ressources auprès de ces institutions. Et, c’est le message fort du chef de l’Etat dans son discours sur l’état de la Nation.
2019 connaîtra un regain d’activité de notre coopération avec les institutions financières arabes. Les acteurs ici au Bénin doivent pouvoir accompagner ce mouvement pour qu’on le transforme rapidement en financement de projets du Programme d’actions du gouvernement. On peut aller même au-delà des prévisions de ce programme. Si je prends, par exemple, le secteur de l’énergie, où le Bénin est en train de réaliser des performances remarquables, des investissements additionnels hors programme du gouvernement peuvent permettre au pays d’être le vendeur d’électricité dans la région. C’est dire que le travail qui se fait, cette dynamique qu’impulse le chef de l’Etat à notre coopération avec les institutions financières arabes, portera véritablement des fruits remarquables au cours de cette année.

Propos recueillis par Claude Urbain PLAGBETO

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