Six projets phares inscrits dans le Programme d’actions du gouvernement (Pag) visent à concrétiser la vision du chef de l’Etat de « Transformer le Bénin en une plateforme de services numériques de l’Afrique de l’Ouest, pour l’accélération de la croissance et l’inclusion sociale à l’horizon 2021 ». Des chantiers majeurs qui, depuis deux ans, donnent corps à l’ambition de révolutionner l’économie numérique.

Déploiement de l’internet haut débit et très haut débit  sur l’ensemble du territoire, migration vers la télévision numérique terrestre (Tnt), mise en œuvre d’une administration intelligente (Smart gouv), généralisation de l’usage du E-Commerce, de l’usage du numérique dans le secteur de l’éducation et de la promotion du développement de contenus numériques. Tels sont les projets phares de l’économie numérique inscrits dans le Pag et qui, sans tambour ni trompette, se matérialisent et suscitent l’espoir de voir le Bénin franchir un nouveau cap dans sa marche résolue vers le développement.
Pour Aurélie Adam Soulé Zoumarou, ministre de l’Economie numérique et de la Communication, en deux ans d’exécution du Pag, le gouvernement peut se targuer des acquis dans le secteur de l’Economie numérique, pour la plupart, perceptibles par les populations. 
« L’un des premiers acquis, c’est le code du numérique  que le président de la République a promulgué cette année 2018 qui est un arsenal juridique, le cadre législatif absolument innovant que le Bénin a mis en place.  En deux ans, nous avons réhabilité  le backbone, donc  la dorsale nationale, installé des boucles métropolitaines dans les grandes agglomérations, mis en place des bretelles, et  notre réseau est prêt à accueillir des investisseurs qui vont venir mettre le tout dernier kilomètre qui reste pour aller vers les citoyens », note, avec satisfaction la ministre. Par ailleurs, les avancées notées en ce qui concerne le volet de passage à la radiodiffusion numérique terrestre, sont porteuses d’espoir à ses dires. « Depuis deux ans, nous avons  mis  en place l’infrastructure de transmission. Aujourd’hui, la sousplate méridionale composée  des quatre  principaux sites de Porto-Novo, Abomey-
Calavi, Cotonou et Gbéhoué est déjà en service. D’ici à là, les autres  sites  à l’intérieur  du pays  seront fonctionnels », apprécie-t-elle. Tout en relevant les efforts faits par le gouvernement dans la mise en place du cadre institutionnel.
« Quatre agences s’occupent spécifiquement de la réalisation des projets phares du gouvernement en ce qui concerne l’économie numérique. Il s’agit de l’Agence pour le développement du numérique (Adn) qui se charge  des infrastructures  numériques de la connectivité ; de l’Agence de services et systèmes d’information (Assi) qui s’occupe de la mise en œuvre du programme phare de l’administration intelligente, l’Agence béninoise du service universel des communications et de la poste (Absu-cep)  qui se charge de l’accès, notamment pour les zones rurales, au service numérique. Nous avons, enfin, l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information nouvellement créée », précise-t-elle.

De sérieux acquis
 
Les responsabilités ainsi situées et les missions définies, les choses sont allées bien vite. Plusieurs secteurs clés de l’économie numérique et de la communication sont impactés depuis lors et d’importantes réalisations ont été effectuées.
S’agissant du déploiement de l’internet haut débit et très haut débit  sur l’ensemble du territoire, Serge Adjovi, directeur général de l’Agence de développement du numérique (Adn), structure en charge de la mise en place des infrastructures de télécommunications et des usages numériques, salue le niveau d’avancement des travaux. « Aujourd’hui, nous avons fini un projet qui permet de réhabiliter et de déployer 2.000 kilomètres de fibres. De Cotonou à Malanville et de Cotonou à Porga,  avec un renforcement de l’accès à internet  sur le grand Cotonou. Le déploiement de la fibre optique, sur le territoire national a démarré avant 2016 et s’est intensifié sous le régime de la rupture, avec la réhabilitation de notre backbone en fibre optique grâce au projet de développement des infrastructures de télécommunications et des Tic (Pdi2t) », confie-t-il, tout optimiste.
Pour Achille Guidja, ingénieur télécoms, chef du département Infrastructures à Bénin Télécoms Infrastructures, l’objectif principal de tout ceci reste l’interconnexion des 77 communes à travers le maillage des boucles de sécurisation  pour permettre à ces communes d’avoir accès à l’internet haut débit.
« La fibre a traversé les communes du Nord, la grande transversale du Bénin en partant de Natitingou pour Kandi sur environ 300 kilomètres. Pour aller à Ségbana, nous avons opté pour la solution aérienne. Pareil pour Nikki et Ouaké. Il y a trois communes dans le Nord qui ont vu déployer la solution aérienne pour la connectivité haut débit. Au  Sud, nous avons retenu Savalou  qui est la  seule commune  où nous avons fait un déploiement aérien.  Donc, à partir des armoires de rue vous pourrez désormais avoir la fibre chez vous. C’est ce que nous appelons  Ftth, la fibre au domicile », éclaire-t-il.  
Grâce au Pdi2t dont la première phase est arrivée à achèvement courant 2018, 2513 kilomètres  de fibre optique au total ont été déployées en souterrain dont 1000 existants réhabilités pour interconnecter 47 communes dont 22 nouvellement impactées.
Au nord du Bénin et en aérien, 215 kilomètres de fibre ont été déployés à travers plusieurs communes.
Toutes les communes impactées (Pobè, Savalou, Ségbana, etc.) sont dotées de point de présence en fibre optique avec des équipements de dernière génération qui sont indépendants en alimentation électrique grâce aux panneaux solaires.
Le Pdi2t a permis la densification du réseau métropolitain du grand Nokoué (Sèmè-
Kpodji, Cotonou, Abomey-Calavi, Ouidah, Porto-Novo) par le déploiement de 186 kilomètres de fibre optique.
Afin d’apporter l’internet au plus près des personnes désireuses, des armoires de rues ont été installées dans plusieurs villes du Bénin comme Cotonou, Porto-Novo et Parakou.
L’ensemble du réseau national est sous contrôle et surveillé depuis Fidjrossè où se trouve le centre de supervision des infrastructures de Bénin Télécoms Infrastructures.
Ainsi, à partir du système de surveillance des infrastructures en place dans ce centre, les agents de surveillance peuvent connaitre l’état d’un équipement haut débit installé par exemple dans la commune de Missérété afin de gérer les éventuels problèmes qui surviendraient. Et tout ceci dans le but de satisfaire la clientèle en temps réel.
Pour répondre à certaines préoccupations des opérateurs GSM, une seconde tête de réseau a été installée sur le site de supervision des infrastructures à Fidjrossè pour la distribution.
Il est à signaler l’amélioration des capacités de transport qui sont passées de 2, 3 Giga à 40 Giga. Un taux de réalisation qui permet d’ouvrir aux opérateurs des télécommunications et aux  fournisseurs d’accès internet des capacités inédites.
Des innovations que Robert Aouad, directeur général de Isocel Télécom, fournisseur d’accès internet installé au Bénin depuis 2008, apprécie à leur juste valeur.
« La connexion est de meilleure qualité aujourd’hui. Sur les réseaux sociaux, on a un accès facile. Les problèmes d’alors ont disparu. La qualité de la  connexion a  connu une nette amélioration. Les opérateurs Gsm ne se soucient  pas des consommateurs. On n’aurait pas pu assister à un relèvement jusqu’à ce que l’Arcep-Bénin intervienne pour opérer un encadrement  des tarifs. Les politiques doivent prendre des mesures pour la création  d’un troisième opérateur pour relancer la concurrence  pour le bonheur des consommateurs béninois ».
 De quoi lui faire oublier la mauvaise passe vécue entretemps. « Auparavant, nous étions plus limités  parce que le réseau était beaucoup moins dense. Aujourd’hui, on note une densité à travers les milliers de kilomètres déployés de Malanville à Cotonou jusqu’à Hillacondji et à la frontière du Nigeria (Igolo). Vraiment, il y a une capillarité au plan national.  C’est encourageant pour les opérateurs qui comptent investir dans des réseaux d’accès.  Car, il y a une distinction entre  le travail  fait par l’opérateur d’infrastructures et le fournisseur d’accès à l’internet ou l’opérateur de téléphonie mobile. Cela nous  permet  aussi d’utiliser ce réseau national pour fournir de nouveaux services  de  meilleure qualité  au profit des  populations ».
Grâce au déploiement de la fibre optique dans la commune de Ségbana, une structure de téléphonie mobile achemine déjà ses équipements sur place pour améliorer la qualité de ses services dans cette commune.

Une nouvelle aube

L’Agence de développement du numérique, cheville ouvrière de la loi 2017-20 du 20 avril 2017 portant code du numérique en République du Bénin a permis la mise en place des conditions légales et règlementaires du secteur du numérique au Bénin. Toutes choses qui font croire qu’une nouvelle ère s’ouvre pour le secteur de l’économie numérique avec de nouvelles opportunités pour l’économie nationale.
Ainsi, de jeunes entreprises  ont vu le jour dans le secteur de l’économie numérique et proposent des solutions innovantes. Et pour les encourager et susciter l’engouement chez d’autres jeunes qui ont compris que le numérique offre de nombreuses opportunités, Aurélie Adam Soulé Zoumarou, ministre de l’Economie numérique a initié la « Bénin start up week » dont la première édition a permis de réunir, en mai 2018, des promoteurs de start-up pour un partage d’expériences. Une initiative dont les bénéficiaires témoignent de la portée.
« Nous avons eu l’honneur d’être sélectionnée au détour d’une sélection assez rude qui avait mis aux prises 900 candidats  à travers l’Afrique et l’Asie. Je fais partie des 11 start-up sélectionnées. C’est un honneur pour le Bénin », note Arielle Ahouansou, fondatrice de KeaMedicals.
Pour Elodie Akotossodé, fondatrice de WomenEdtech, « Grâce à l’appui du gouvernement, nous avons  décroché des partenariats. J’apprécie le soutien du gouvernement pour tout ce qui se fait en faveur de la jeunesse ».
De quoi galvaniser la ministre de l’Economie numérique et de la Communication qui reste convaincue que l’éclosion des star-tup est une solution  cruciale aux questions de l’emploi. « Nous voulons  nous faire leur écho auprès du gouvernement. Nous voulons aider à ce plaidoyer pour que les start-up  grandissent plus vite », estime-t-elle.
Rattachée directement à la présidence de la République, l’Agence des Services et Systèmes d’Information (Assi) et le comité de pilotage de la Télévision Numérique terrestre (Tnt) en deux ans du Pag ont contribué de façon significative à l’atteinte des objectifs du gouvernement dans le domaine de l’économie numérique. Concernant l’Assi, son rôle  est d’accompagner les agences, les ministères et les organisations gouvernementales dans l’implémentation  des projets qui sont en relation avec  les services et systèmes d’information.
« Aujourd’hui ce qui est concret,  vous pouvez consulter vos fiches de paie en ligne. C’est une avancée notoire par rapport à ce qui se faisait avant. On n’a pas besoin d’imprimer de tonnes de papiers comme auparavant », relève Maximilien Kpodjèdo, directeur  général Assi, structure qui s’emploie également à concrétiser un projet cher au gouvernement, la construction d’un data center.  
En 12 mois d’exercice, l’Assi a contribué à beaucoup d’autres réalisations. Il s’agit notamment de la refonte des systèmes d’information de l’Assemblée nationale, de l’Ortb, du ministère des Affaires étrangères, de la Présidence de la République. Concernant les agents de la Fonction publique, une autre innovation est en cours de concrétisation en ce qui concerne la délivrance des actes d’état civil, les cartes d’identité et les passeports. 
Outre les réalisations de l’Agence des Services et Systèmes d’Information (Assi), la Télévision numérique terrestre est une réalité au Bénin. Projet qui a débuté avant 2016 et qui a connu une avancée fulgurante sous l’ère Talon. 
« Depuis janvier 2018, la Tnt est diffusée  au Bénin. Le projet prend en compte la plaque méridionale, du sud jusqu’au centre. Mais nous continuons le déploiement jusqu’au Nord. Le multiplex national est composé de 8 chaînes qui sont diffusées sur la partie méridionale du Bénin », précise Darius Quenum, président du comité de pilotage Tnt Bénin.
Le projet de la télévision numérique terrestre a pris en compte 29 sites subdivisés en 4 plaques sur toute l’étendue du territoire national. 
L’ensemble des 29 sites est piloté par le site principal de Calavi à partir duquel le multiplex composé d’un ensemble de chaînes est transporté vers chacun des 28 autres sites. Les travaux d’exécution en ce qui concerne l’ensemble du territoire national tournent autour de  70 à 80 %.
 
Face aux nombreuses difficultés rencontrées par les populations dans plusieurs localités à communiquer par téléphone, l’Agence béninoise du Service universel des Communications Electroniques et de la Poste (Absu-Cep) a démarré l’extension de la téléphonie mobile dans les zones dites blanches.
« Ce sont des villages  sans signal de  la téléphonie mobile et difficiles d’accès à l’énergie conventionnelle de la Sbee et enclavés.  En 2017, nous avons pu couvrir 40 villages pour 95.000 personnes  et nous avons mis en place 34 sites de téléphonie mobile rurale », fait observer Emile Kougbadi, directeur Absu-Cep.
C’est le cas des villages de Gokana dans la commune de Tchaourou et de Kèrè à Dassa-Zoumè où des antennes de relais de réseaux sont installées.
Pour ces populations, la communication téléphonique et électronique n’est plus un luxe.
Une grande chance pour elles de ne plus être en marge de la société.  
Selon les témoignages recueillis sur place dans les différents villages parcourus, c’est une nouvelle ère qui s’ouvre avec la facilité pour les habitants de communiquer par téléphone avec leurs parents. 
 Généraliser le numérique par l’éducation et la formation est l’une des priorités du programme d’actions du gouvernement (Pag), et l’usage du numérique en milieu scolaire est une réalité.
« C’est ce qui a  amené Absu-Cep  à mettre en place un programme de généralisation du numérique dans les établissements primaires et  secondaires et sur les campus universitaires », souligne Emile Kougbadi.
Dans la ville de Parakou, le collège d’enseignement général Zongo bénéficie déjà d’une classe numérique avec des apprenants qui en jouissent au quotidien.
« Aujourd’hui, je peux  facilement montrer les raisons du déclenchement de la première guerre mondiale par le numérique », apprécie Faustin Essè, enseignant d’Histoire et de Géographie. 
Autour d’une vingtaine d’ordinateurs, les enseignants organisent les apprenants par groupes, ce qui permet à tous les élèves de suivre les séquences vidéo objet d’apprentissage.
Pour nombre d’apprenants, la visualisation leur permet de mieux approfondir leurs connaissances par des recherches en ligne.  Elle facilite une meilleure compréhension  des cours. 
Les écoles primaires ne sont pas en marge de ce programme qui permet non seulement aux écoliers de se familiariser avec l’outil informatique mais aussi d’approfondir leurs connaissances par des recherches en ligne. C’est le cas des écoliers de la classe de Cm2 de Sos villages d’enfants de Dassa en situation de classe numérique. 
L’initiative d’une classe numérique constitue, selon le directeur de l’école primaire de Sos villages d’enfants, un atout pour les écoliers et participe à un bon rendement scolaire.
Autant d’initiatives qui présagent de bons lendemains pour le secteur de l’économie numérique et nourrissent l’espoir de voir le Bénin gagner sa place dans le concert des nations au faîte des technologies numériques n
 
Réalisation Kokouvi EKLOU, Joël TOFFOUN & Maryse ASSOGBADJO

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