Il aura fallu la déposition à la barre, vendredi dernier, du sieur Emile Tégbénou, accusé dans l’affaire Icc-Services, en jugement devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet), pour que l’on en sache un peu plus sur la manière dont les fonds des épargnants de cette structure de collecte illégale d’argent et d’épargne ont été dilapidés surtout dans des actions de propagande politique en faveur du régime précédent.

Deuxième personnage de l’affaire de collecte illégale de fonds et de placement d’argent dite Icc-Services de 2006-2010, après Guy Akplogan, président directeur général de cette structure, Emile Tégbénou était à la barre de la Criet, vendredi 21 décembre dernier. Il a déposé pendant plus de sept heures d’horloge. Le directeur départemental Ouémé/Plateau d’Icc-Services, au moment des faits, a dit tout ce qu’il savait de cette structure et surtout comment il a géré les fonds des épargnants. Emile Tégbénou avoue avoir fait de nombreux dons à l’endroit du gouvernement dans le but de promouvoir les actions du régime d’alors. Il se souvient d'avoir confectionné de calendriers à l’effigie du chef de l’Etat Boni Yayi à 25 millions de francs Cfa. Les calendriers devraient être partagés aux électeurs sur le terrain. Il a également construit un château d’eau aux populations de Glo-Djigbé, aidé le président de la République, par le biais de l’un de ses frères et un pasteur qui lui auraient demandé d’appuyer financièrement le regroupement des femmes chrétiennes dans tous les départements. Il aurait envoyé 500 millions F Cfa pour cette opération dans dix départements à raison de 50 millions F Cfa par département, à l’exception du Borgou et de l’Alibori. Emile Tégbénou informe la cour avoir appuyé financièrement avec 10 millions F Cfa le promoteur du concours « Meilleures communes » qui a utilisé les fonds pour l’achat d’ordinateurs aux lauréats. Il aurait financé également des activités politiques organisées par certains ténors Fcbe, alors parti au pouvoir, qui l’ont sollicité. Il avait un contrat avec l’état-major général des Forces armées béninoises (Fab) pour un montant de 600 000 F Cfa par mois pour la surveillance et la garde de ses locaux et bureaux. Il payait les quatre militaires à lui affectés à 10 000 F Cfa chacun par jour. Il avait également avec lui deux gendarmes payés à 20 000 FCfa chacun, deux éléments de la Compagnie républicaine de sécurité (Crs) qui étaient à 10000 F Cfa chacun. Tout ce beau monde aurait été engagé pour assurer la sécurité de sa maison et de ses agences Icc-Services. Il a donné également 20 millions à un couple pasteur qui serait proche du chef de l’Etat d’alors, venu le voir pour solliciter son appui pour l’organisation de la convention d’une église évangélique. Il aurait par ailleurs appuyé financièrement le même pasteur avec 17 millions F Cfa.

Des bouteilles de vin Icc-Services ?

Le frère du chef de l’Etat, Boni Yayi, qui était en même temps le directeur d’exploitation de sa Société nouvelle alliance du Bénin (Snab), a reçu un montant cumulé qu’il estime à plus de 300 millions F Cfa. Il a appuyé avec 50 millions F Cfa le sieur Justin Dimon également incarcéré dans le dossier à qui il a offert une voiture au nom de Snab. Il a soutenu l’organisation de la Journée des femmes de la présidence de la République en 2009 avec 5 millions F Cfa qu’il aurait remis à la secrétaire particulière de la directrice de cabinet du président de la République d’alors. Il était présent lui-même à cette fête au cours de laquelle des bouteilles de vin ont été réalisées à l’effigie du chef de l’Etat avec le logo d’Icc-Services. L’initiative de la commande spéciale du vin aurait été saluée par le président de la République qui aurait d’ailleurs présenté la bouteille en présence du ministre d’Etat Pascal Irénée Koupaki.
Poursuivant sa déposition, Emile Tégbénou dit avoir donné un montant d’un million de francs Cfa au garçon de course du chef de l’Etat ; 50 millions F Cfa à un agent de renseignements du nom de Wili, dont il ignore l’identité exacte, et qui devrait faciliter la rencontre avec le ministre de l’Economie et des Finances pour l’obtention de l’agrément devant leur permettre d’exercer légalement leurs activités, bloqué au niveau de l’administration publique. Il aurait remis également de 223 millions F Cfa au coordonnateur de la Cellule de surveillance des structures et institutions de microfinance décentralisées, le sieur Grégoire Cocou Ahizimè, qui conduisait la procédure de délivrance du fameux agrément jusqu’ici non établi. Le sieur Grégoire Cocou Ahizimè est également dans le box des accusés.
Emile Tégbénou dit avoir fait en 2008, par deux fois, un geste d’un million de Francs Cfa au directeur de cabinet du chef de l’Etat, Nestor Dako, sans que ce dernier le lui ait demandé ; 500.000 F Cfa à la secrétaire particulière du ministre chargé de l’Eau. Aussi, le directeur départemental Ouémé/Plateau d’Icc-Services a-t-il fait don de deux ordinateurs et de deux motos aux services des impôts d’Adjarra à la demande du receveur d’alors; réfectionné les locaux de la gendarmerie d’Adjarra et du bâtiment de la Compagnie républicaine de sécurité (Crs) de Porto-Novo. Emile Tégbénou se rappelle que le frère du chef de l’Etat et son acolyte pasteur étaient passés le voir pour lui faire part de ce que le chef de l’Etat sollicite auprès de lui un prêt de 20 milliards F Cfa pour le Trésor public. Mais il n’a pas accédé à cette requête venant des émissaires du chef de l’Etat. Emile Tégbénou se dit surpris que ce prêt lui soit demandé juste après qu’il eut encaissé les fonds issus d’un gros marché de construction de forage qu’il a réalisé à l’étranger par son entreprise Snab. Il accuse son garde du corps, aujourd’hui décédé et qui était au courant de toutes ses transactions financières, d’avoir certainement vendu la mèche. A la question du président de la cour de céans, qui voudrait savoir si après le rejet de cette demande de prêt de 20 milliards, le chef de l’Etat Boni Yayi l’avait appelé, Emile Tégbénou répond par la négative. Boni Yayi ne l’a jamais appelé à ce propos bien qu’ils se soient vus à maintes reprises à son domicile où ils tiennent des séances de prières tous les dimanches. Il ne lui est pas non plus venu à l’idée de vérifier cette information de prêt au près chef de l’Etat. Emile
Tégbénou informe que son amitié avec le président de la République Boni Yayi remonte à 2006-2007. Il a saisi l’occasion de l’une de leurs rencontres en 2007 pour lui parler d’Icc-Services. Le chef de l’Etat l’aurait encouragé puisqu’il s’agissait d’une activité de microfinance qui pouvait aider les pauvres à sortir de la précarité. Il est allé le voir ensuite avec Guy Akplogan, pour lui faire part des difficultés de leur structure par rapport à l’obtention d’agrément. Le chef de l’Etat s’est rendu après, le dimanche 25 octobre 2009, au domicile de Guy Akplogan, Pdg d’Icc-Services, dans la Zopa à Abomey-Calavi, en présence du révérend pasteur feu Benoit Agbaossi, alors malade.
Mais avec quels fonds faisiez-vous tous ces dons? Emile Tégbénou répond à la cour sans ambages que c’étaient les fonds des épargnants d’Icc-Services. Pourquoi faisiez-vous tous ces gestes de générosité tous azimuts? « On faisait ces dons pour pouvoir avoir notre agrément bloqué dans l’administration et pouvoir mener avec sérénité nos activités sur le terrain. Mais malheureusement, ce qu’on craignait en faisant des dons à l’endroit des thuriféraires du régime au pouvoir s’est encore produit », regrette Emile Tégbénou. Il persiste et signe avoir laissé avant son incarcération 27,050 milliards F Cfa dans cinq coffres-forts dont 7 milliards F Cfa représentent les fonds d’Icc-Services et des activités de la Snab spécialisée dans la construction de châteaux d’eau et de forages. Mais les coffres-forts auraient été éventrés et les 27,050 milliards F Cfa emportés par la commission d’enquête judiciaire ayant connu du dossier. Le jeune soudeur du quartier qui a aidé les enquêteurs à défoncer lesdits coffres-forts est décédé. Il en est de même du garde du corps de Guy Akpolgan, Pdg d’Icc-Services. Les deux ont rejoint l’au-delà ainsi que son garde du corps. Emile Tégbénou estime suspect le décès de ces trois personnes. Selon lui, n’eussent été la volonté de Dieu et sa vigilance, il ne serait plus lui non plus en vie.

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