Les violences dans les foyers ne concernent pas que les femmes. Nombreux sont ces hommes qui, en silence, subissent des agressions verbales, physiques et psychologiques de la part de leurs épouses. Sur la question, Florent Maroya, socio-anthropologue, chargé des études, de recherche et de formation à l’Observatoire de la famille, de la femme et de l’enfant du ministère des Affaires sociales et de la microfinance, se prononce.

La Nation : On entend souvent parler de violences faites aux femmes, mais personne ne veut se préoccuper de celles dont sont victimes les hommes. Que pensez-vous de cet état de choses ?

Florent Maroya : L’on doit d’abord partir de la notion de violence. La violence, telle que le mot l’indique, fait appel à une force. Dans notre société, c’est la femme qui est indiquée, comme l’être de sexe faible et l’homme, le sexe supérieur, et cela se transmet de génération en génération. On ne parle pas de violences faites aux hommes parce que l’on se dit que ça ne parait pas trop ordinaire de savoir qu’un homme a été violenté. Il y a quand même plein d’hommes qui subissent des violences morales, psychologiques de la part de leurs épouses. C’est juste une question d’orgueil que de se présenter comme homme battu. Imaginez un homme qui se fait taper par sa femme et qui va dans un centre de police pour dire qu’il est violenté. Généralement, ou à tort, c’est que ceux qui le reçoivent ont tendance à se moquer de lui. Ils vont même jusqu’à dire qu’il n’est pas un garçon. Lorsque vous avez votre petit garçon qui se fait taper par une fille qui est plus âgée ou non que lui et qu’il se met à pleurer, on lui dit d’aller se défendre. À partir de là, le petit garçon, dans sa tête, se dit qu’en tant que garçon, il ne doit pas se laisser taper par une femme.
Les violences que les hommes subissent sont de plusieurs ordres. Nous avons les violences physiques. Il s’agit là, des coups et blessures volontaires. On a des femmes qui vont jusqu’à verser de l’eau chaude ou de l’acide sur leurs maris ou carrément prennent des objets tranchants pour les blesser. En dehors de ça, nous avons les violences psychologiques dont les questions de négligence. Un mari qui vient à la maison et qui n’arrive pas à assurer son autorité subit quelques fois des violences psychologiques.

Quelles sont les causes de ces ces types de violences ?

Lorsque je prends un couple régulièrement constitué, l’une des causes pourrait être des questions d’incompréhension dans le couple. Les questions de manque de confiance envers son mari, de soupçon permanent et d’irresponsabilité de certains hommes, l’incapacité des hommes à assurer leur rôle de père pourraient justifier le phénomène. On a également les pertes d’emplois de certains hommes. Lorsque l’homme n’a pas d’emploi, il n’a pas l’autorité qu’il faut. Quand la femme va se débrouiller et apporte le minimum qu’il faut pour la maison, dès fois, elle en a marre. Malheureusement, l’orgueil de l’homme ne lui permet pas de supporter cela. L’autre cause pourrait être l’incompatibilité d’humeur au sein du couple. Nous avons aussi les paternités contestées. Aujourd’hui, il est de plus en plus constaté qu’à un âge donné, une mère avoue à son mari que tel enfant n’est pas le sien. On a également la paternité imposée où parfois, des femmes qui tombent enceinte et sur la base de certaines considérations, arrivent à imposer la grossesse à autrui.
Au niveau du ministère en charge des Affaires sociales, à travers la direction de la promotion de la femme et du genre, nous avons des rapports des services d’écoute. Ces services d’écoute étant des unités de centres de promotion sociale, œuvrent quotidiennement pour la lutte contre les violences basées sur le genre. En 2015, nous avons eu 11 893 cas de violences basées sur le genre enregistrées dans les centres de promotion sociale. En 2016, ce chiffre a légèrement monté et nous sommes aujourd’hui à 13278 cas de violences basées sur le genre enregistrées. Sur ces 13 278 cas enregistrés en 2016, nous avons un total de 2265 cas qui sont des hommes victimes de violences soit 17,06%. Nous avons 441 cas qui sont des garçons victimes de violences. C’est dire que les questions de violences faites aux hommes sont effectivement avérées.

Quelles solutions apportez-vous à ces hommes qui viennent se plaindre auprès de vos structures ?

Nous avons plusieurs ministères qui interviennent aujourd’hui en matière de violences basées sur le genre. On a le ministère des Affaires sociales et de la Micro-finance. Nous travaillons en synergie avec d’autres ministères sectoriels au nombre desquels, le ministère de la Santé, le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique à travers la police républicaine. Nous avons le ministère de la Justice à travers les tribunaux. Lorsque la victime arrive, il faut forcément l’écouter, la rassurer et l’orienter. Nous, nous sommes dans la phase préventive, la sensibilisation, et de prise en charge psycho-sociale.

Existe-t-il des lois qui protègent ces hommes victimes de violences conjugales ?

Malheureusement, l’une des limites est que nous n’avons pas de lois qui protègent les hommes. La seule loi qui existe est la loi 2011-26 du 9 janvier 2012 portant prévention et répression des violences faites aux femmes et filles en République du Bénin. Comme cela se dit, c’est un document qui punit les auteurs de violences faites aux femmes et aux filles. C’est mal à entendre qu’un homme a été violenté. Mais ces hommes sont là, ils se taisent et subissent justement à cause du poids de la société, à cause des considérations socio-culturelles, et à cause de l’orgueil masculin.

Quel appel avez-vous à lancer au législateur ?

Avant de lancer un appel, il faut déjà partir des conséquences que les violences à l’égard des hommes peuvent engendrer. Lorsque vous prenez un homme qui est victime de violence, il se retire et n’a plus l’estime de lui-même. Son rendement socio-professionnel n’est plus le même. Cela a un impact terrible sur sa considération sociale. Il n’est pas rare de voir des hommes se suicider en fonction de la nature de la violence. Au-delà de la victime première, c’est qu’il y a des victimes secondaires que sont les enfants. Un enfant qui nait est soumis a priori à trois niveaux d’éducation. Nous avons l’éducation de la rue, l’éducation de l’école et l’éducation des parents. Les parents se doivent d’être une référence pour les enfants. Lorsque ce premier niveau d’éducation est raté, l’on a du mal à récupérer les enfants. C’est eux qui deviennent des délinquants de la société. On a également les conséquences sur le rendement scolaire de ces enfants. Et parfois même, l’on assiste à la dislocation des familles, ce qui n’est pas souhaité. Si je pars de toutes ces conséquences, je demanderai au législateur de penser également à une loi qui punit les violences faites aux hommes. C’est un vide que le législateur pourrait nous aider à combler.

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