Une idée reçue, fortement ancrée dans les esprits de certains Africains, laissait croire que face au colon d’hier, les dirigeants des pays africains ne pouvaient avoir aucune réclamation, en tout cas pas de nature à déranger les intérêts des pays occidentaux sans subir on ne sait quelles représailles.

Il n’en est rien, et il faut retenir qu’il n’y a pas plus pernicieux que l’auto-censure: penser que ça déplairait à quelqu’un alors qu’il n’en est en vérité rien ! L’auto-flagellation est une haine de soi, dixit Nicolas Sarkozy. Le président Patrice Talon est de ceux-là qui pensent qu’avec le colon d’hier et partenaire d’aujourd’hui, on peut exprimer ses attentes légitimes, sans devoir offusquer ou croire offusquer l'autre, surtout si c’est pour son bien à soi. On peut en juger ainsi par le dossier de restitution des biens culturels qu’il a porté, sans tambour ni trompette, mais avec maestria. Demande formulée avec clarté, en toute cordialité à l’endroit de l’interlocuteur qu’est la France. Preuve qu’il y a d’autres méthodes pour avoir gain de cause à celle idéologique et celle priorisant les discours tonitruants au nom d’une réclame panafricaniste soi-disant. Il faut oser agir pour vaincre. Même si, en l’occurrence, il n’y a eu ni vainqueur ni perdant, seul le bon sens l’aura emporté.
Le bon sens réside en ce que dit le président Talon : «Ces biens culturels ont une âme. Ils doivent revenir dans leur pays d’origine. Ce sont une composante majeure de l’identité des peuples dont ils incarnent l’histoire. De ce fait, ils doivent rester la propriété de ces peuples tout en continuant d’être accessibles à toute personne en quête de découverte et de savoir », a-t-il fait savoir à la tribune de l’Unesco en juin dernier. C’est, à sa façon, ce que le président Macron qualifie d’anomalie que constitue la quasi-absence en Afrique subsaharienne de tout un pan du patrimoine culturel africain ! Et c’est bon à savoir que ce n’est pas sous la torture qu’une ministre française de la Culture a pesté : « Il n’est absolument pas acceptable qu’une large part du patrimoine culturel de pays africains soit retenue dans des collections privées et des musées européens. C’est inadmissible », tonne Françoise Nyssen à qui on ne peut que donner raison, vu qu’il faut aller en France, comme a pu le faire feu le roi Houédogni d’Abomey !, pour admirer les trônes des rois Glèlè et Guézo, en plus de nombreuses autres peintures sacrées.
A-t-on idée de ce qu’au musée du quai Branly, un parcours dit ‘’Afrique’’ présente près de 1000 pièces aux visiteurs sur un total de 70 000 pièces d’œuvres d’art africaines que détient ce musée?
Pour faciliter la restitution, il est, semble-t-il, nécessaire de faire évoluer la loi française portant code du patrimoine. C’est entendu que pour la France, la restitution de ces biens culturels n’est pas une mince affaire. Et surtout pas pour le président Emmanuel Macron qui fait lui aussi preuve de courage, de respect de la parole donnée le 28 novembre 2017 à Ouagadougou l’engageant à restituer ces biens en cause. De quoi assurément rabattre le caquet à tous ceux qui ne croyaient pas à l’aboutissement diligent et heureux du dossier de restitution des biens culturels. Car, selon toute évidence, certains trésors culturels béninois rentreront sous peu au bercail. Suite au rapport Sarr-Savoy, l’Elysée n’a pas tardé en effet à donner gage de sa bonne foi à mettre en exécution les recommandations dudit rapport en impulsant la dynamique de restitution. Autre temps, autres mœurs donc. Le président Talon vient de signer le début d’une petite révolution. A ses pairs de lui emboîter le pas. L’Afrique doit changer de paradigme, bouger, prendre ou reprendre l’initiative, surtout arrêter de jouer ce même et lancinant disque tendant à faire croire que l’autre, le yovo, l’Occident est la cause de tout son malheur...?

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