Situés à une quinzaine de kilomètres à la descente de la voie inter-Etats Cotonou-Lomé, au niveau d’Adjaha, les villages de Mononto et leurs habitants des hameaux frontaliers du fleuve Mono, à Grand-Popo, souffrent le martyre avec la montée des eaux fluviales. Phénomène cyclique, ces inondations accentuent la dégradation des conditions de vie dans ces localités lacustres où tout est au ralenti, même la rentrée scolaire n’est pas encore une réalité à l’Epp Tokpamononto.

Les cas de Tokpamononto et Monontoaïzo, deux des soixante villages de Grand-Popo, témoignent de la situation d'inondations ayant cours dans la ville des Xwla et Xwela dans le département du Mono.
Situé à quelques kilomètres du siège de l'arrondissement d'Adjaha, Mononto n’était qu'un seul village avant d’être scindé, par la suite, en deux à la faveur du dernier découpage territorial. Si la présence des eaux est moins évidente dans les habitations et sur les voies d'accès de la première partie, Monontoaïzo, la traversée de la seconde est un chemain de croix. Ce village, Tokpamononto, est quasi entièrement sous les eaux. Pour s’y rendre, les moins courageux usagers empruntent, à la lisière du territoire, au niveau du hameau Zogbédji, l’une des pirogues qui y sont circonstanciellement déployées. Quant au voyage jusqu’à Bossa, par exemple, pas de choix. Les services d’un piroguier est indispensable pour rallier ce hameau situé à une dizaine de kilomètres de Zogbédji. « C'est ainsi que la vie est rythmée dans le village de Tokpamononto, depuis le mois de juillet dernier, se plaint Michel Hakponoudé, chef du village. « Les eaux viennent et repartent. En principe, nous sommes inondés presque tous les six mois. Mais la présente situation est plus éprouvante, expose le chef du village en rappelant qu’il était possible de rouler sur la terre ferme avant la montée des eaux. Conducteur de taxi-moto communément appelé zémidjan, Sylvain Kpohonsito, atteste que le niveau des eaux est en baisse. « Mais il peut remonter à tout moment et surprendre », fait-il observer.
Le voyage à Bossa, situé à plus de huit kilomètres de la frontière des deux villages Mononto, dure plusieurs heures passées dans une végétation composée de nénuphars, de palmiers et autres arbres ainsi que des bois morts. Sans compter que, par endroits, le manque d'eau fluviale oblige les passagers à descendre pour tirer la pirogue avant de continuer à voguer. Ce mode de transport laisse apprécier, au niveau de quelques infrastructures, les impacts du niveau élevé qu’avait atteint l'inondation. Se découvrent également les pans des habitations de fortune écroulées, des maisons décoiffées et la quasi-inexistence des jardins et champs de culture. En effet, les eaux ont tout englouti.
Habitués aux inondations et à leur sort, les citoyens d’ici ne s’embarrassent point des statistiques quant aux pertes de bétail, de volaille ou des dégâts matériels enregistrés. Chaque sinistré se débrouille pour se reloger et reprendre le cours normal de la vie. Les habitations en argile ou en bois se reconstruisent aussi progressivement. Peuplé d'environ quatre cents âmes, le village Tokpamononto fait corps avec le fleuve Mono dans une relation particulière. Ses habitants y vivent de pêche, de l'agriculture et de la vannerie. Cette dernière activité se pratique de père en fils et de mère en filles.
A l'instar de Dada Yovo, âgée de moins de dix ans, les enfants aussi s'adonnent à la vannerie en lieu et place de l’école où la rentrée scolaire n'est pas encore une réalité. Appelant au secours le gouvernement, presque tous les habitants répétaient en chœur ce mercredi 3 octobre : « Dites au chef de l’Etat de se souvenir de nous !».
Outre Tokpamononto, d’autres villages souffrent, eux aussi, le martyre à cause du débordement régulier du fleuve. Le chef du village indique que du territoire de sa compétence jusqu’à Kotokoli et bien au-delà, presque toutes les localités sont concernées. « Au total, trois arrondissements sont sous l'emprise des inondations », confirme le maire de Grand-Popo, Anani Hlondji. Territoire découpé en sept arrondissements dont Avlo réputé lacustre, la ville de Nonvitcha, dispose également d'une façade de quarante kilomètres sur l’océan Atlantique.

Causes

Les cas d'inondation décriés à Grand-Popo ne seraient pas survenus sans le déferlement des vagues de l’océan Atlantique, à en croire Marain Assongba, chef de l'antenne centre de l'Agence nationale de la protection civile (Anpc). Rappelant que cette situation est prévue depuis trois années, il regrette que les sinistrés opposent depuis lors de farouches résistances à leur déplacement au titre des mesures prises pour leur épargner la catastrophe.
Cette explication du phénomène est loin de ce que pense le maire de la commune. Pour Anani Hlondji, ses administrés sont plutôt sinistrés à cause du trop plein des eaux qui inondent le septentrion. La voie de sortie de cette catastrophe cyclique passe, selon lui, par la construction effective du barrage d'Adjarala qui constituera le réceptacle de ces eaux indexées. Géographe de formation, Rodrigue Djossou, chef du service Développement local et Planification, souligne que les causes des inondations à Grand-Popo sont nombreuses, mais il retient que les présentes inondations sont à la fois d'origine fluviale et maritime.

La rentrée scolaire n'est pas encore effective

Seul établissement scolaire de la localité, l’EppTokpamononto était fermée toute la journée du mercredi 3 octobre dernier. L’état de sa cour de recréation boueuse témoigne que l’infrastructure ne peut accueillir, en l’état, ses usagers. Bien que désireuse de reprendre les classes, Pauline Kohoundé, écolière en classe de Cm1, traîne encore à la maison. Elle n’a pas pu se souvenir de quand remonte sa dernière rencontre avec son instituteur. Parents d’élèves, Sègla Montcho et Dossou Donon, riverains de l’école, confirment, tour à tour, que l’école n’a pas encore renoué avec les activités depuis la rentrée scolaire. Le chef du village crève l’abcès : « Généralement, l’école ne reprend à Tokpamononto qu’entre décembre et janvier». En attendant de trouver une solution à cette situation, l’Association des parents d’élèves compte appeler le directeur de l’école et ses collaborateurs à prendre le chemin de Bossa à Tokpamononto. « Nous allons l’appeler pour que dès ce lundi (8 octobre), il commence à travailler, ne serait-ce qu’avec les grands écoliers, ceux du Cm1 et Cm2», a confié Antoine Padonou, le président de l’Ape. A l’EppTokpamononto, ils ne sont que trois écoliers admis à l’examen du Certificat d’études primaire (Cep) de juin 2018, sur une douzaine de candidats présentés.
Au-delà de cette situation bien préoccupante, le conseiller pédagogique, Cyrille Noutèvi, s’inquiète et plaint le cas d’une quinzaine d’écoles où les activités pédagogiques n’ont pas encore commencé. Evoquant la situation d’inondations dans les arrondissements d’Adjaha, de Sazué et de Djanglanmey, le conseiller pédagogique analyse: « Il y a eu des années où c’est pratiquement en décembre ou en janvier que les eaux se sont retirées des écoles avant qu’on puisse effectuer la rentrée. Cela pose, le cas échéant, le problème de l’exécution du programme car, quelles que soient la bonne volonté et les initiatives des enseignants de ces écoles, ils n’arriveront pas à finir convenablement le programme scolaire et donner aux apprenants l’encadrement et l’apprentissage qu’il leur faut ». Aussi rappelle-t-il que « l’année scolaire a une durée et, à la fin, les évaluations ne tiennent pas compte des difficultés que certaines écoles ont connues ». Toutes choses qui méritent une attention particulière et des mesures idoines pour sortir l'Epp Tokpamononto de l'ornière?

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