De ceux qui croient, de ceux qui croient croire et de ceux qui croâ, croâ.
Ce qu’on croit peut-il être plus fort que la vérité ? Il ne s’agit pas là d’une thèse de philosophie, mais d’une problématique caractéristique d’un certain état d’esprit actuel au Bénin. Voltaire, réputé pour son sarcasme, a pu dire à propos des croyants qu’il y a ceux qui croient, ceux qui croient croire et ceux qui croâ, croâ ! A chacun de se déterminer en fonction de son rapport aux réseaux sociaux, de l’usage qu’il fait des brèves de comptoir c'est-à-dire des faits qui font papoter dans les gargotes, et de sa foi au développement du Bénin.

Si le bon sens est la chose la mieux partagée, n’est-il pas plus sage, pour chacun, de confronter le flux des ‘’informations’’ qui circulent sur les nouvelles plates-formes médiatiques à son propre jugement, au bon sens, à son libre-arbitre, à son petit doigt qui, dit-on d’ailleurs, ne trompe jamais ? Cet exercice, consistant à marquer le temps nécessaire de la réflexion avant de gober tout ce qui peut s’avérer être un fake-news (fausses infos), est plus que salutaire aujourd’hui. En tout cas, s’il ne l’est pas pour notre santé, il est de nature à déparasiter des fausses infos vendues pour vraies, et à combattre cet état d’esprit mauvais, dévolu à la désinformation, fabriqué et entretenu par la sphère réseaux-sociaux, blâmable !
Loin d’être aussi dématérialisée qu’on pourrait le croire, car des mains invisibles (les fameux laborantins de l’intox !) y manœuvrent, et on ne peut ne pas reconnaitre aux réseaux sociaux non plus leur puissante faculté à formater aujourd’hui les opinions. Hélas plus en mal qu’en bien actuellement au Bénin, du fait d’un génie malin qu’il faut combattre au nom de ce qui est, de la vérité par trop tronquée ces temps-ci par les ayants intérêt. D’où, le président Talon parle-t-il de laborantins de l’intoxication, et que, le ministre Romuald Wadagni excédé a-t-il pu se laisser aller à une boutade au sujet de l’usage fait de l’internet, boutade qui doit être prise comme telle pour peu qu’on a quelque sens de l’humour. Le paradoxe relativement à cette fausse affaire de ‘’forfait’’ est que, de fait, ces pourtant adeptes de la critique pour la critique, au nom d’une démocratie qu’ils veulent débridée à souhait, n’entendent eux souffrir de la moindre critique sur l’usage malveillant, malware assez notable, qu’ils font des réseaux sociaux ! Car c’est de cela qu’il s’agit : les brèves de comptoirs, œuvres des tristement fameux « laborantins de l’intox » que certains tiennent pour vérité et que, par ignorance plus que par malveillance, beaucoup de nos compatriotes ont tendance à croire, y compris de grands types et dames lettrés si on ose dire.
De fait, la formidable opportunité qu’offrent les réseaux sociaux est dévoyée pour donner cours à une forme d’expression débridée, particulièrement nocive. Il faut en avoir été victime pour s’en rendre compte. De quoi remettre en cause, grand paradoxe, la vocation…sociale qui par définition est celle desdits réseaux. Et, conscients de la perversité de la chose, car lorsque le mal est fait, difficile de le rattraper en général, certains esprits malveillants, Smartphone en main, se laissent aller depuis leur lit, leur bureau ou atelier de travail, vu qu’ils peuvent y opiner avec une relative facilité et librement. En toute irresponsabilité ? Rien n’est moins sûr ! C’est simple, il suffit de pianoter sur son clavier et d’envoyer sur quelque plate-forme, pense-t-on…D’où le torrent de calomnies bien souvent déversées par cette forme nouvelle d’expression au Bénin, forme d’expression qui aurait pu être formidable si elle était porteuse de débats basés sur des idées qualitatives, et non pas de diffamation, d’injures, d’affabulations les plus grotesques qui ont pris le pas sur le reste c’est à dire l’essentiel de ce qui fait le cément national. Une forme de bashing très béninois qui prospère grâce aux réseaux sociaux, non pas, à l’analyse, dans une perspective de construction, mais dans une visée de sape, phénomène sans précédent, de l’action gouvernementale et des acteurs aux commandes de la puissance publique en particulier. Une pure bêtise, car c’est une lapalissade que saper l’action gouvernementale, c’est faire non pas du tort à ceux qui tiennent la manette aujourd’hui et qui s’évertuent du mieux qu’ils peuvent à sortir le pays de l’ornière, mais plutôt se tirer soi-même une balle dans le pied.
Loin ici quelque velléité à proscrire la veille citoyenne et abhorrer la contradiction nécessaires au sein d’une démocratie telle que le revendique le Bénin, mais cela saurait-il être sans quelque sens patriotique qui, forcément, fait prendre conscience du caractère corrosif de la désinformation. «On a dit que…Il parait que…», chante la vénérable Patience Dabany qui décrit à perfection les petites misères humaines de nivèlement par le bas, cette quasi hystérie qui s’est emparée de certains compatriotes au point de leur faire perdre le bon sens réputé pourtant la chose la mieux partagée au monde. Petites misères humaines de nivèlement par le bas, phénomène sociologique bien connu chez nous qui a inspiré à l’autre le vocable peu glorieux de « béninoiserie », à orthographier toujours avec un ‘’b’’ minuscule, pour mieux faire la différence avec l’estampille révélatrice de tout ce qui a la faculté de mettre en relief le génie béninois. « C’est tout le sens du Programme Bénin Révélé qui vise à établir un cadre plus propice à l’éclosion des talents et du dynamisme des Béninois de manière à relancer durablement le développement de notre pays », dixit le président Patrice Talon. Mais une telle ambition peut-elle prospérer sans une remise en cause des mauvaises pratiques, sans un examen individuel et collectif de conscience ? Le développement d’un pays ne procède pas par incantation. Pour ce qui concerne le Bénin, un aggiornamento s’impose, un changement de paradigmes tel que diagnostiqué par le Nouveau départ s’avère plus que nécessaire. Aussi, les freins et résistances, portés par les adeptes du statu quo et de l’immobilisme, à cette dynamique sans laquelle point d’avancée qualitative doivent-ils être combattus. Individuellement et collectivement. Au nom du développement du Bénin ! Et pour cela, une sérieuse dose de laxatif pour décongestionner du malware, de l’intoxication ambiante, ne serait pas de trop ! Afin de ne pas avoir à perdre son temps sur des broutilles, mais à se concentrer plutôt sur l’essentiel, sur tout ce qui peut mener large, propulser le pays de l’avant.

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