Les innovations du nouveau Code électoral confortent-elles l’engagement des femmes en politique ? Deux tendances sont observées.

Les innovations du nouveau Code électoral adopté par les députés le lundi 3 septembre dernier confortent-t-elles les femmes ? Sur le sujet, deux tendances sont observées comme ce fut le cas lors du débat sur la réforme visant à assurer une meilleure représentativité des femmes au Parlement. D’un côté, les réticentes et les craintives. De l’autre, celles qui apprécient de fort belle manière le contenu du nouveau texte.
La première catégorie redoute ‘’une exclusion’’ de la gent féminine de la politique à la lumière des nouveautés dudit code. Elle se focalise sur les cautions de 250 millions pour être candidat à la présidentielle et de 249 millions par liste pour les législatives.
Léontine Konou Idohou, présidente du réseau Rifonga apprécie : « les choses se sont tellement mal passées par le passé qu’aujourd’hui on a tendance à toujours comparer la politique à l’argent ». Selon elle, il sera désormais question pour les femmes de murir leur réflexion avant de s’engager en politique.
Pour autant, toutes les politiciennes ne manqueront pas de moyens financiers au point de ne pouvoir dégager les ressources nécessaires pour valider leurs candidatures en ce qui concerne la députation. Idem pour la joute présidentielle, car il est de notoriété publique que lorsque la femme est décidée, elle met tous ses moyens à contribution pour obtenir gain de cause. Du reste, du fait de l’égalité des sexes revendiquée, les femmes doivent se mettre au diapason. Il n'y a donc, pour les femmes, aucun régime de facilité à revendiquer, mais un créneau exploitable pour se mettre en position éligible, car les restrictions s’il en existe le sont également pour les hommes.
A cette fin, en vue des prochaines élections, les femmes gagneraient à développer de nouvelles approches pour améliorer leur effectif numérique peu reluisant au sein des instances décisionnelles. Il n’est pas superflu de rappeler qu’au niveau local, seulement 3 femmes sont élues maires sur les 77 communes, soit 3,9%. Au niveau législatif, 7 femmes sur 83, soit 8,4% et au niveau exécutif, 4 femmes sur 22, soit 18,2%.

Invite aux femmes

En ce qui la concerne, la Ligue des femmes de l’Union fait la Nation (Lf-Un) avait anticipé le vote du code électoral en outillant ses membres sur son contenu. Le diagnostic de la Lf-Un repose sur les enjeux du système partisan et le défi de la représentativité des femmes dans les instances décisionnelles. Les éclairages qu’elle a apportés dans ce sens prennent en compte, entre autres, le fonctionnement des partis politiques à l’aune du nouveau Code électoral.
Selon elle, la loi portant Code électoral a des points de convergence avec la charte des partis politiques. Les dispositions de cette proposition ne s’auraient donc être analysées isolément.
L’une des dispositions de la charte établit que seules les listes ayant recueilli au moins 15% des suffrages valablement exprimés au plan national se verront attribuer des sièges. Toutefois, ce pourcentage est revu à la baisse au cas où le nombre de listes éligibles serait inférieur à quatre.
Pendant ce temps, le code établit que seules les listes qui ont obtenu plus de 10% du suffrage exprimé au plan national peuvent prétendre enlever de sièges.
S’agissant des liens du code avec la charte des partis, ce sont seuls les partis politiques d’envergure nationale tel que formaté par la charte des partis qui présentent les listes. Cette disposition encourage la constitution de grands regroupements politiques. On peut y dégager une invite aux femmes à constituer des groupes dynamiques et forts ou à défaut d’intégrer de grands partis politiques qui puissent porter leurs candidatures. Cela mettrait un frein à la pratique, jusque-là, qui fait la part belle dans le jeu politique aux élites féminines qui œuvrent avant tout pour leurs propres intérêts.
De même, d’habitude, ce sont les femmes qui font la mobilisation pour les hommes politiques à la base. Or, au regard de certaines dispositions du nouveau Code électoral, elles sont tenues désormais de se pencher sur leur propre cas, en œuvrant davantage pour se faire élire. Les données ne peuvent plus être indéfiniment les mêmes. La nouvelle dynamique voudrait qu’elles fédèrent leurs énergies pour arracher le suffrage nécessaire en vue de s’assurer une meilleure représentativité.
Il faut rompre avec les vieilles habitudes qui consistent à mouiller le maillot pour les autres, les hommes en l’occurrence. Si les femmes veulent réellement se faire une place en politique, le moment est arrivé pour elles de revoir leur stratégie, de prendre conscience des défis de l’heure pour des choix conséquents pour se mettre en évidence. C’est en s’inscrivant dans cette dynamique que les femmes pourraient maximiser leur chance et s’assurer une meilleure représentativité, sans qu’aucune loi spécifique ne leur soit dédiée.
Quant à la disposition du Code électoral relative aux cautions aux élections législatives et à la présidentielle, la caution fixée à 10% du montant maximum des frais de campagne plafonnés à 2,5 milliards, soit 250 millions, elle ne doit pas être perçue comme un épouvantail pour les femmes engagées en politique. L’égalité prônée leur fait obligation de trouver les voies et moyens, les mêmes sans doute que les hommes, pour relever le défi.
Les effets induits par une telle mesure visent le regroupement des forces politiques en de grands ensembles, l’assainissement du paysage politique pour permettre aux partis politiques de pouvoir proposer et faire élire un candidat en leur sein. Relativement à cette disposition, la même détermination doit guider les femmes qui doivent militer désormais au sein de grands groupes, forts et capables de les propulser dans les instances de prise de décision.

Corriger les dysfonctionnements

Lucide, le diagnostic que fait la Ligue des femmes de l’Union fait la Nation sur la situation de la gent féminine met toutefois en exergue les efforts supplémentaires que les pouvoirs publics doivent cependant faire pour corriger certains dysfonctionnements. Au nombre desquels, le taux d’analphabétisme chez les femmes qui reste une grande barrière à lever. Sur une population générale de 67,4%, 78,1% de femmes sont analphabètes contre 44% d’hommes.
Aussi, les phénomènes tels les mariages précoces et forcés, les grossesses précoces ne sont pas de nature à favoriser une relève de qualité dans le rang des femmes. La Lf-Un, reste tout de même persuadée que le plus gros effort reste à faire par les femmes. « Ce sont les femmes elles-mêmes qui résistent au changement et qui tiennent un discours conservateur. Elles font souvent référence à la tradition, à la coutume, aux habitudes, à l'ordre établi, à l'impossibilité de modifier le cours des choses », relève-t-elle.

Quelques nouveautés du Code électoral

La loi n°2018-31 portant Code électoral en République du Bénin est un texte de 397 articles réparties en sept livres comportant d’importantes nouveautés par rapport à la loi actuellement en vigueur. Le code définit les règles relatives à toutes les élections en République du Bénin.Ces innovations se rapportent, entre autres, aux questions de cautionnement pour la présidentielle et pour les élections législatives, communales et locales qui ont subi des modifications douaniers et agents des Eaux et Forêts en fonction sont désormais exclus de se porter candidats de toutes les élections politiques (présidentielle, législatives, municipales, communales et locales), à moins de démissionner de leurs fonctions.

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