Remarquables dans la production, et surtout la transformation, les femmes imposent leur dynamisme et leur savoir-faire pour faire de l’ananas une filière à part entière.

Zê, à 40 km environ de Cotonou, la capitale économique du Bénin Afiavi Hounkpatin s’illustre dans la production et la commercialisation de l’ananas frais. Elle totalise trente ans d'exercice dans la filière ananas. Son champ d’ananas s’étend sur une superficie de dix hectares, alors qu’elle n’avait démarré qu’avec un demi-hectare de culture. La dernière récolte lui a permis de réaliser un chiffre d’affaires de plus de 20 millions de francs Cfa.
Classé troisième filière prioritaire après le coton et l’anacarde, l'ananas est une culture d'exportation en forte expansion au Bénin. La production nationale est estimée à environ 316 276 tonnes en 2017.
A l’instar d’Afiavi, la filière ananas doit en partie son regain d’intérêt au dynamisme des femmes. Si dans les localités productrices, on recense de nombreuses parcelles appartenant aux femmes, c’est surtout dans la transformation que la gent féminine a pignon sur rue.
Les difficultés liées à la conservation et à l’écoulement des stocks d’ananas ont inspiré l’idée de sa transformation en jus. Beaucoup de femmes se sont alors positionnées sur ce filon.
« La transformation de l’ananas met du temps à prendre en raison de la réticence des Béninois à consommer du jus local. Mais dans la sous-région, nos produits sont très prisés», confie Amina Bagoudou, trésorière de la Fédération de la coopérative départementale des transformateurs. Elle assure que les femmes, en dépit des contraintes liées à leur statut, s’emploient à se professionnaliser autour de leurs unités de transformation. Pour contourner les obstacles à l’exportation, Amina Bagoudou et ses collègues ont mis en place une stratégie de vente groupée.

Investir dans la qualité

Conscientes de la nécessité de conquérir le marché local, beaucoup de transformatrices s’investissent dans l’amélioration de la qualité du jus béninois. L’unité de transformation ‘’Magnificat’’ dirigée par Félicité Houhouigan collabore avec les universitaires pour rehausser la qualité de ses produits.
Judith Egounléty et sa sœur ne totalisent que trois années d’expérience dans le domaine. Mais elles sont pleines d’imagination pour imposer la marque de son produit aux consommateurs.
« Il a fallu que nous menions des actions commerciales pour réveiller nos devanciers », relève Judith. Pour être compétitives, elles ont enrichi leur marque avec des cocktails originaux aux parfums de pastèque, de menthe, de gingembre. Une particularité qui les distingue et qui génère un avantage comparatif dont elle se vante. « Au début, nous produisons 300 cartons, aujourd’hui, nous sommes à plus de 750 cartons », renseigne Judith Egounléty.
L’engagement des sœurs Egounléty est de proposer de nouvelles saveurs chaque année. En dehors de leurs réseaux de distribution, elles profitent des opportunités des Technologies de l’information et de la communication (Tic), pour asseoir une entreprise stable et pérenne. «Nous faisons beaucoup de recherches sur internet pour améliorer la qualité de nos produits et en profitons aussi pour attirer des clients via des comptes Facebook et WhatsApp», explique Judith Egounléty.
Les femmes savent aussi que pour obtenir du jus d’ananas de qualité, une bonne technologie de transformation ne suffit pas. Elles misent sur le respect des normes de transformation, le recyclage régulier de leurs collaborateurs.
« L’investissement dans le capital humain est primordial ; on ne peut pas avoir des produits de qualité avec un personnel moins qualifié », tranche Judith Egounléty. Même appréciation qu’Amina Bagoudou, qui assure la formation pratique des étudiants dans le domaine. Elle envisage l’inclusion des jeunes handicapés, des enfants démunis afin de constituer une relève forte.

Difficultés

Mais le réel souci des femmes transformatrices reste l’accès au financement. « Aucune banque n’est prête à accompagner l’agriculture et même les activités de transformation. Nous sommes obligées de compter sur nos fonds propres ou de recourir aux institutions de microcrédits qui ont des taux d’intérêt hors de propos », se désole Amina Bagoudou.
Les femmes sont confrontées aux problèmes d’étiquetage, d’emballage, de financement, aux difficultés d’accès au marché local, aux crédits, au foncier, relève Léopold Lokossou, président de la Plateforme nationale des organisations paysannes et de producteurs agricoles du Bénin. En attendant l’agriculture contractuelle envisagée pour l’essor de la filière ananas par l’Association nationale des transformateurs d’ananas du Bénin (Anatrab), il plaide pour un appui du gouvernement aux femmes afin d’aller loin.
Les questions de certification et d’agrément auprès des institutions sous-régionales (Cédéao, Uémoa) sont aussi des facteurs limitant la pénétration du marché extérieur au niveau des pays de l’hinterland.
Au début, la plupart des transformatrices travaillaient avec des bouteilles recyclées. Celles qui ont les moyens s’approvisionnent sur les marchés internationaux. Les défis liés au conditionnement ont amené Solange Houédanou à installer une usine de cartonnerie pour l’identification de la marque béninoise. Elle a le monopole de ce marché et s’inspire souvent des expériences d’autres pays pour parfaire son œuvre. Pour limiter les contraintes liées à l’achat des bouteilles neuves dans d’autres pays, elle élabore un projet en direction de ses partenaires afin d’acquérir les matériels adaptés sur place. Une première dans le domaine de la transformation au Bénin !
Le Programme de productivité agricole en Afrique de l’Ouest (Ppaao), l’une des sous composantes du Programme Cadre d’appui à la diversification agricole (Procad), apporte aussi des réponses aux difficultés des acteurs à travers des formations et le don d’équipements. Les femmes sont bien loties. « Nous les formons à la rédaction de micro-projets et finançons les projets rentables », explique Virginie Assogba Miguel, chef projet Ppaao. Le projet mise également sur l’approche genre. « Nous faisons de la discrimination positive. Nous avons recruté une spécialiste genre qui nous aide à relever les défis concernant les femmes », poursuit-elle.
Le programme d’action du gouvernement (Pag) prévoit d’ici 2021 l’exportation de 12 000 tonnes d’ananas. La transformation est l’une des conditions de réussite. Elle est passée de 2 % en 2000 à 33 % en 2010. Les acteurs projettent 50 % de transformation pour bientôt.
Derrière ces rêves de conquête, l’ananas béninois est aussi une source de devises et d’emplois. « Lorsqu’un producteur produit un hectare d’ananas, il exploite de façon permanente trois ouvriers. Avec 200 hectares, vous pouvez imaginer le nombre d’emplois. L’Association nationale des transformateurs de l’ananas du Bénin, emploie environ 350 mille femmes », précise Gafarou Moussa, président de l’Anatrab.
L’ananas contribue au Produit intérieur brut et aux recettes d'exportation du pays. La contribution des femmes s’apprécie par le volume d’ananas qu’elles produisent, commercialisent et transforment. Le Bénin produit au moins 300 000 tonnes par an. Les femmes assurent la moitié de la production. 80 % des unités de transformation sont dirigées par elles.

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