Le leadership féminin est déterminant pour l’accès des femmes rurales à la terre. Outre la bonne maîtrise des lois relatives au foncier, les femmes leaders doivent également développer certaines aptitudes en vue d’une citoyenneté exigeante. Sylvain Zinsou, juriste, consultant à la Fondation Konrad Adenauer et spécialiste des questions foncières, souligne le rôle qui doit être les leurs dans la promotion des droits fonciers.

La Nation : L’accès des femmes à la terre doit rimer, selon vous, avec le leadership féminin. Comment cela est-il possible ?

Sylvain Zinsou : La féminisation de la pauvreté semble être reliée en grande partie à la difficulté des femmes d’accéder aux ressources, notamment à la terre. Des modes patrilinéaires d’organisation sociale persistent malgré l’existence des dispositions légales protégeant les droits de la femme. Selon nos mœurs, il n’est pas évident que les femmes jouissent de la terre, bien que la loi leur confère ce droit. Entre 2014 et 2017, le Bénin a déployé des efforts pour adopter des textes visant à donner les mêmes droits fonciers aux hommes et aux femmes. Mais beaucoup évoquent les pesanteurs sociologiques qui limitent leur accès à l’immobilier, parce qu’elles sont appelées à évoluer hors du cercle familial initial et donc ne peut rejoindre leur foyer avec la terre familiale. Au regard de ces difficultés, quels sont les comportements qu'elles doivent avoir pour bénéficier pleinement des lois relatives à leur accès à la terre ? D’où la notion du leadership en lien avec l’accès à la terre pour montrer aux femmes leaders qu’il s’agit d’une question de comportement et qu’il leur est nécessaire de maîtriser les notions essentielles du leadership, les caractéristiques et les fonctions clés d’une femme leader.

Quelles doivent-être les aptitudes d’une femme leader dans le domaine de l’immobilier ?

Avant tout, les femmes doivent profiter des lois. Cela suppose leur bonne maîtrise et une bonne connaissance des procédures que prévoient ces textes pour acquérir la terre, l’hériter, l’obtenir par mode de succession et pour y avoir accès lorsque les lois le permettent dans les collectivités afin d’en jouir pleinement. Il faut que la femme sache qu’elle appartient à une communauté et qu’en tant que citoyenne, elle a des droits et devoirs qu’elle doit connaître. Il en est de même des structures de gestion des problèmes fonciers et domaniaux au Bénin.

Comment les femmes peuvent-elles s’acquitter de leurs devoirs et revendiquer leurs droits quand on sait que la question de l’analphabétisme demeure encore une réalité dans les milieux ruraux ?

C’est en cela que le rôle des leaders féminins est déterminant. Ces leaders ont pour responsabilité d’aller partager avec les femmes analphabètes des communautés rurales leur connaissance du leadership et de l’accès des femmes à la terre quel que soit le dialecte utilisé. C’est la principale responsabilité des femmes leaders.

Entre autres obstacles, la Fondation Konrad Adenauer relève également la faible implication des pouvoirs publics en ce qui concerne l’accès des femmes à la terre. Pensez-vous qu’être leader suffit aux femmes pour relever ce défi ?

L’accès des femmes à la terre doit préoccuper tout le monde. Aussi bien les autorités communales, les leaders religieux et coutumiers, les autorités modernes, administratives et nationales. Toutefois, nous insistons sur l’implication des femmes leaders parce que la question touche fondamentalement les femmes elles-mêmes. Etant généralement responsables de groupements, d’associations ou de centres de promotion sociale, les femmes leaders sont à même de sensibiliser et d’orienter leurs pairs des milieux ruraux pour leur faire comprendre les enjeux liés à leur accès à la terre. Notre souhait est que les femmes leaders puissent développer sur le terrain les aptitudes pouvant leur permettre de s’engager dans le combat pour les droits fonciers des femmes en milieu rural au Bénin.

La question de l’insécurité foncière se pose avec acuité au Bénin. Quelle doit être l’implication des femmes leaders dans la réduction de ce phénomène ?

La première condition, c’est la connaissance et la maîtrise des lois relatives à l’accès des femmes à la terre. C’est la condition sine qua none pour réduire les inégalités et les obstacles dans le domaine de l’immobilier. Les échanges réguliers des femmes leaders avec les leaders communaux et religieux peuvent également favoriser les choses. On ne demande pas aux femmes leaders d’aller réclamer des terres, ou d’aller livrer une guerre aux autorités, mais de pouvoir partager l’information avec les communautés à la base en vue de la mise en application des lois dans ces milieux.

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