Les réformes foncières engagées en Afrique de l’Ouest doivent permettre de protéger les petits exploitants agricoles pour que survive l’« agriculture familiale » garante de la sécurité alimentaire et de la quiétude sociale. C’est la conclusion d’un rapport intitulé « Les dernières évolutions dans l’accès au foncier en Afrique de l’Ouest », un rapport que vient de publier l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao), en collaboration avec l’Association pour la gouvernance de la terre, de l’eau et des ressources naturelles (Agter).

Face au phénomène des accaparements de terres et à l’appétit des multinationales, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao) ne veut pas rester bras croisés. En collaboration avec l’Association pour la gouvernance de la terre, de l’eau et des ressources naturelles, elle a initié une étude dont le rapport a été rédigé par le chercheur sénégalais Sidy Ba dans le cadre des activités du Forum mondial sur l’accès à la terre et aux ressources naturelles (Fmat) en 2016. 

Selon le rapport qui vient d’être publié, la terre constitue le ciment de la spiritualité des peuples dans la culture africaine. Elle est le gage de leur existence et fait partie du patrimoine incessible et inaliénable des communautés. La terre est également intrinsèquement liée aux modes de vie des peuples africains, à leurs pratiques séculaires, à leur histoire et porte en elle la promesse de leur avenir.
Ce rapport indique la terre et la nature elle-même sont restées, depuis la nuit des temps, l’objet de tous les soins possibles pour le bonheur de ces civilisations. Elles ont d’ailleurs développé une somme incommensurable de savoirs, de savoir-être et de savoir-faire reconnus aujourd’hui par la communauté scientifique.

Instrument de souveraineté

Aujourd’hui en Afrique et en Afrique de l’Ouest en particulier, le foncier est un instrument de souveraineté reconnu et considéré comme tel par l’ensemble des pays. Mais, regrette le chercheur sénégalais Sidy Ba, dans son rapport, certains dirigeants, souvent dans les pays les plus pauvres de la planète, ont une conception restrictive de la souveraineté. Plusieurs pays, ou parfois même des entreprises multinationales, souligne le rapport, se sont lancés ces dernières années à la recherche, voire à la conquête de cette denrée loin de leurs bases pour des raisons liées à la satisfaction des besoins alimentaires, énergétiques de leurs citoyens, des retombées économiques/financières ou parfois avec des visées purement spéculatives. Ce qui a eu pour conséquence de modifier profondément les pratiques foncières surtout dans les pays d’Afrique où l’on note une relative disponibilité foncière.
En effet, aux niveaux social et économique, l’acquisition massive des terres en Afrique de l’Ouest exacerbe les conflits intercommunautaires liés au foncier, notamment les conflits entre autochtones et allochtones.
Le rapport indique que l’arrivée massive d’étrangers dans certaines localités se traduit par une augmentation du coût de la vie, une plus grande pression sur des infrastructures socio-économiques souvent insuffisantes, le développement de comportements sociaux négatifs comme la prostitution, l’abus de drogues, le travail des enfants, etc. De façon plus spécifique, les femmes des pays de l’Afrique de l’Ouest sont plus affectées par ces acquisitions massives de terres, signale également le rapport.
Dans ce contexte, les réformes foncières entamées, voire achevées par les pays de la sous-
région doivent veiller à concilier les impératifs économiques et les
réalités endogènes liées au foncier.
Selon le rapport, « Beaucoup de pays du Sud, en Afrique de l’Ouest en particulier, ont entamé ces dernières années des processus de réforme foncière souvent sous la houlette ou sur encouragement des bailleurs de fonds et autres partenaires au développement ».

Les cas du Bénin, du Burkina et du Sénégal

Dans certains pays, comme le Bénin et le Burkina Faso, le rapport souligne que ces réformes ont abouti à un bilan à court terme très mitigé selon de nombreuses Organisations de la Société civile qui en ont observé la définition et la mise en œuvre. Dans d’autres pays, comme le Sénégal, les réformes sur le foncier tardent à être mises en place. Les blocages se situent soit au niveau de l’Etat qui peut faire montre d’un manque de volonté politique, soit au niveau de la Société civile. Comprenant les enjeux et implications de telles réformes, ils se mobilisent pour préserver les intérêts des acteurs ruraux en posant des actes qui, de manière incidente, contribuent à ralentir le processus de réforme.
La sécurisation de l’accès des acteurs ruraux aux ressources naturelles passe certes par la mise en œuvre de mesures législatives reconnaissant et confirmant leurs droits sur la ressource mais aussi des mesures volontaristes en termes de politique agricole globale de soutien à l’agriculture familiale dans le sens de leur transformation pour ne pas dire modernisation, précise le rapport.
Pour rappel, selon la Banque mondiale, entre octobre 2008 et août 2009, 56 millions d’hectares de terres dans le monde ont été ciblées par des investisseurs étrangers dont plus des deux tiers en Afrique subsaharienne.

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